CAPITALISME, IA ET ÉDUCATION
by Ploum on 2026-02-21
https://ploum.net/2026-02-21-capitalisme_et_education.html
Extrait de mon journal du 29 janvier, en lisant "Comprendre le pouvoir"
de Chomsky.
Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais
parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la
croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de
l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se
trouvait réduite à se mettre au service des machines.
Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu
qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes
comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un
système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés
capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.
Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent
en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause
des limites écologiques.
Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le
totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a
minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la
principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale
de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques
rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.
La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation
tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut
redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un
Fordisme intellectuel.
Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation,
l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils
pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme
de production.
Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur
groupe Facebook "anticapitaliste" ou un groupe Whatsapp "centrale
d’achat solidaire du quartier", c’est encore mieux ! C’est plus subtil !
De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent
d’une image du monde générée par Google ou Meta.
Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par
Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google.
Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de
réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin
d’améliorer leur servilité.
PRÉFACE À « LA DÉCEPTION INFORMATIQUE »
by Ploum on 2026-02-16
https://ploum.net/2026-02-16-preface_deception_informatique.html
> Ce texte est la préface que j’ai écrite pour le livre « La déception
informatique » d’Alain Lefebvre ». Le livre n’est malheureusement
disponible en version papier que sur… gasp… Amazon ! Mais les versions
epub et pdf sont librement téléchargeables !
La déception informatique ! (www.alain-lefebvre.com)
https://www.alain-lefebvre.com/enfin-un-nouveau-livre-la-deception-informat…
La déception informatique-V1.0.epub (drive.google.com)
https://drive.google.com/file/d/1bZaHcHkDQsDBCe281QR81OcFJ0GyxKcd/view?usp=…
La déception informatique-V1.0.pdf (drive.google.com)
https://drive.google.com/file/d/1unWR51ynFyxo--rcEErt2i3RTIsuVat0/view?usp=…
La déception informatique, format Kindle (www.amazon.fr)
https://www.amazon.fr/dp/B0GG53XQT9
La déception informatique, version papier (www.amazon.fr)
https://www.amazon.fr/dp/B0GG6TT6YQ/ref%3Dtmm_pap_swatch_0
La déception informatique, par Alain Lefebvre
https://ploum.net/files/deception_informatique.jpg
Depuis quelques années, lorsque je dois acheter un équipement
électroménager ou même une voiture, j’insiste auprès du vendeur pour
avoir une solution qui fonctionne sans connexion permanente et ne
nécessite pas d’app sur smartphone.
La réaction est toujours la même : « Ah ? Vous avez du mal avec la
technologie ? »
Oui, j’ai du mal. Et pourtant j’ai publié mon premier livre sur
l’informatique en 2005. Et pourtant, j’enseigne depuis 10 ans dans le
département informatique de l’École Polytechnique de Louvain.
Alain et moi sommes des professionnels de l’informatique qui avons,
chacun dans notre genre, bâti une carrière dans l’informatique et la
technologie. Nous pouvons même nous enorgueillir d’une certaine
reconnaissance parmi les spécialistes du domaine. Nous baignons dedans
depuis des décennies. Bref, Alain et moi sommes des "geeks", de celles
et ceux qui perçoivent un ordinateur comme une extension d’eux-mêmes.
Alors, je me contente le plus souvent de répondre au vendeur : « Quand
on sait comment est fabriqué le fast-food, on arrête d’en manger… » La
discussion s’arrête là.
rMais au fond, le vendeur a raison : Alain et moi avons du mal avec la
technologie moderne. Pas parce que nous ne la comprenons pas. Au
contraire, parce que nous la comprenons trop bien. Nous savons ce
qu’elle a été, ce qu’elle aurait pu être. Et nous pleurons sur ce
qu’elle est aujourd’hui.
En toute transparence, je me suis souvent demandé si ma réaction n’était
pas une simple conséquence de l’âge. Un très traditionnel syndrome du
« C’était mieux avant » par lequel semble passer chaque génération. Il y
a certainement un peu de ça.
Mais pas que…
Alain pourrait être mon père. Il est de 21 ans mon aîné et a construit
l’essentielle de sa carrière alors que je tentais de faire fonctionner
des lignes de BASIC sur mon premier 386. Alors que je concevais mes
premiers sites web, Alain introduisait sa société en bourse en pleine
implosion de la bulle Internet.
Nous sommes de générations différentes, nous avons un vécu informatique
sans aucun rapport. Et pourtant, nous arrivons à des réflexions
similaires.
Réflexions qui semblent partagées par des lecteurs de mon blog de toutes
cultures et de tout âge (certains étant adolescents). Réflexions
auxquelles se joignent aussi parfois certains de mes étudiants.
Nous avions cru que l’ubiquité des ordinateurs nous permettrait de faire
ce que nous voulions, de programmer ceux-ci pour obéir aux moindres de
nos désirs.
Mais, dans nos poches, se trouvent désormais des ordinateurs qu’il est
interdit ou très compliqué de modifier. La programmation est désormais
balisée et réservée à ce que trois ou quatre multinationales américaines
veulent bien nous laisser faire.
Nous pensions que l’informatisation de la société nous libérerait de la
paperasserie administrative qui deviendrait rationnelle et
automatisable.
Au lieu de ça, nous sommes en permanence en train de lutter pour remplir
des formulaires qui n’acceptent pas nos réponses, nous devons
régulièrement faire la mise à jour de tous nos appareils électroniques
et nous devons nous battre contre des procédures informatiques dont nous
savons, de par notre expérience, qu’elles ont été explicitement
construites pour nous décourager.
Nous croyions que la possibilité pour tout un chacun de s’exprimer et
d’échanger sur un réseau mondial allait ouvrir une nouvelle ère de
coopération et de partage de connaissances et de culture.
À la place, nous avons créé l’infrastructure parfaite où les beuglements
de fascistes sont entourés des publicités les plus éhontées.
Techniquement, nous étions conscients que se servir d’un ordinateur
nécessitait un apprentissage. Nous étions certains que cet apprentissage
serait de moins en moins difficile.
Mais, bien que les couleurs soient devenues plus vivantes, les photos
plus précises, les interfaces se sont complexifiées à outrance, forçant
l’immensité des utilisateurs à rester dans les deux ou trois fonctions
connues et balisées. Ce qui était à la portée d’un amateur il y a 20 ans
nécessite aujourd’hui une armée de professionnels.rrrrrr
Au nom d’intérêts financiers, le partage de culture a très vite été
criminalisé alors que les injures et les discours de haine, eux, étaient
amplifiés pour servir de support aux messages publicitaires
omniprésents.
Nous avions cet espoir que la démocratisation de l’informatique
transformerait graduellement chaque personne en citoyen intéressé,
curieux, éveillé.
Au lieu de cela, nous observons des masses faire la file pour dépenser
un mois de salaire afin d’acquérir un petit écran brillant conçu
explicitement pour être addictif et abrutir, n’encourageant qu’à une
chose : consommer toujours plus.
« Avec l’informatique, tout le monde aura accès au savoir et à
l’éducation » criions-nous !
Aujourd’hui, la plupart des écoles ont un cursus informatique qui se
réduit à surtout arrêter de penser et, à la place, produire des
transparents dans Microsoft PowerPoint.
Quand on a eu de tels rêves, lorsqu’on sait que ces rêves sont à la fois
technologiquement possible mais, surtout, que nous les avons touchés du
doigt, il y a de quoi être déçu.
Ce n’est pas que l’informatique n’ait pas exaucé nos rêves ! Non, c’est
pire : elle a produit exactement le contraire. Elle semble avoir
amplifié les problèmes que nous souhaitions résoudre tout en créant des
nouveaux, comme l’espionnage permanent auquel nous sommes désormais
soumis. Les atrocités technologiques que j’exagérais dans « Printeurs »,
mon roman cyberpunk dystopique, semblent aujourd’hui banales voire en
deça de la réalité.
Déçus, nous le sommes, Alain et moi. Et le titre de son livre le résume
admirablement : la déception informatique.
Un livre qui est peut‑être aussi une forme de mea culpa. Nous avons
contribué à faire naître ce monstre de Frankeinstein qu’est
l’informatique moderne. Il est plus que temps de tirer la sonnette
d’alarme, de réveiller celles et ceux d’entre nous qui se voilent encore
la face…
14 février 2026