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23 Sep '26
AH OUAIS, QUAND MÊME, ON EN EST LÀ !
by Ploum on 2026-09-23
https://ploum.net/2026-09-23-on_en_est_la.html
À ce point immergé dans notre propre stupidité.
===============================================
Durant la dernière vague de chaleur, je suis tombé sur un article dans
la presse nationale belge vantant les mérites d’une application
permettant de mieux survivre à la canicule. Il suffisait d’entrer sa
position et quelques données techniques sur son habitation (volume, type
d’isolant, exposition…) et l’application vous disait quand ouvrir et
fermer vos fenêtres pour garder un maximum de fraîcheur.
Cet article m’a frappé. Ni le journaliste ni l’auteur de l’app ne se
rendait compte à quel point le principe était complètement
irrémédiablement débile. D’une connerie sans nom.
Car, pour conserver autant que possible la température de votre
logement, il suffit de tout fermer quand l’air est plus chaud dehors et
de tout ouvrir quand l’air est plus frais dehors. Si vous avez deux
thermomètres, le tour est joué.
J’ai beau me creuser la tête, je n’arrive pas à trouver un seul cas de
figure différent. Et si un cas très spécifique existe (baie vitrée par
exemple), ce n’est pas une app qui va pouvoir vous aider.
Dans l’article, l’auteur de l’application reconnaissait n’avoir aucune
formation de développeur et d’avoir « vibecodé » tout le bazar. Lui-même
n’a donc aucune idée de comment fonctionne son app, même
approximativement. Et le résultat est là : sans avoir testé l’app moi-
même, je peux garantir que l’app ne fonctionne pas, qu’elle ne fait
qu’afficher des recommandations purement aléatoires.
Et le journaliste ne s’est posé aucune question.
Ah ouais, quand même, on en est là !
Un outil pour les idiots
========================
Si le créateur de l’app avait été un entrepreneur et avait engagé un
développeur, il aurait été forcé de se confronter à des questions telles
que « sur quelles bases scientifiques nous basons-nous pour le
calcul ? ». Mais, grâce aux chatbots, plus besoin de cela. On peut
désormais faire semblant de réaliser nos idées les plus stupides sans
garde-fou. Je dis bien « faire semblant » car, comme le prouve
l’exemple, au final cela ne marche pas.
Comme le dit Cory Doctorow: les patrons adorent les chatbots non parce
qu’ils font le travail, mais parce qu’ils disent toujours oui et
trouvent toutes vos idées géniales. C’est peut-être pour ça que je
n’aime pas les chatbots: quand quelqu’un trouve toutes mes idées
géniales, je me dis qu’il réfléchit encore moins que moi au sujet !
Un autre cas avait fait le buzz : une personne qui avait patiemment
développé une app à travers ChatGPT, pendant des semaines. App qu’elle
demandait à ChatGPT de faire tourner pour la déboguer à travers des
captures d’écran générées par ChatGPT. Au final, quand cette personne
avait voulu accéder au code source, ChatGPT avait fini par reconnaître
qu’il n’y avait pas d’app, pas de code source, que tout était inventé en
direct.
Cory Doctorow a mis le doigt sur un point crucial de cette bulle IA : si
les chatbots devaient soudainement disparaître demain, rien ne
changerait à part quelques collégiens qui devraient réapprendre à copier
les uns sur les autres pour leurs devoirs. Les états s’empressent de
vouloir développer une « IA souveraine », mais si demain Trump bloquait
ChatGPT et Claude dans toute l’Europe, l’impact serait nul. Voire
positifs argueront certains.
Pluralistic: Why businesses lie about AI (01 Aug 2026) (pluralistic.net)
https://pluralistic.net/2026/08/01/dare-snot/
Comparez cela au chaos total si, soudainement, Trump bloquait Outlook,
Whatsapp ou Gmail dans toute l’Europe.
Non, l’IA n’est pas la nouvelle bulle Internet
==============================================
Comme le dit Cory, la bulle Internet s’est construite sur des employés
qui voulaient utiliser Internet pour être plus efficaces alors que leurs
patrons leur interdisaient. Des milliers de nouvelles entreprises
apparaissaient chaque jour pour tenter de coloniser ce nouvel espace. La
bulle IA, au contraire, est imposée par les patrons et j’ai déjà entendu
de première main des témoignages de gens qui prétendent que le code
qu’ils ont écrit manuellement a été généré, juste pour faire plaisir à
leur boss. Certains des employés m’ont personnellement raconté faire
tourner les chatbots sur des questions sans intérêt juste pour montrer à
leur patron qu’ils ont utilisé des tokens.
Une personne a même reçu une réprimande pour n’avoir pas utilisé assez
de tokens. Donc pour avoir fait son travail en utilisant moins d’argent
que prévu.
Ah ouais, quand même, on en est là !
Et, malgré tout le ramdam, nous n’avons pas encore la moindre success-
story d’une entreprise qui aurait fait fortune grâce à un produit au
moins partiellement conçu par l’IA.
Si l’IA était une ruée vers l’or, des milliards seraient utilisés pour
nous convaincre que les nouvelles pelles intelligentes sont la panacée,
les blogs seraient remplis de témoignages comme quoi la pelle
intelligente fait vraiment gagner du temps pour planter ses bégonias
dans son jardin de banlieue, mais personne n’aurait encore trouvé la
moindre pépite d’or. Toute la bulle tiendrait sur le fait que « Vu comme
on creuse, on va forcément trouver de l’or et si un jour on trouve de
l’or, mieux vaut être habitué à utiliser une Pelle Intelligente (TM)
pour en profiter ».
Chose marrante, certains patrons qui poussent l’utilisation de l’IA
commencent à se demander pourquoi leurs employés font de la merde.
Shopify CEO Who Pushed Staff to Use AI Is Now Horrified by What He's
Wrought (futurism.com)
https://futurism.com/artificial-intelligence/shopify-ceo-ai-workplace-staff…
Le culte de l’idée
==================
Le problème majeur, je l’ai déjà expliqué, c’est nous sommes biberonnés
au concept de « La grande idée ». Il n’est pas un film d’action,
d’aventures ou d’espionnage qui ne repose sur la découverte ou le vol
d’un objet représentant « une grande idèe ». Hitchock appelle d’ailleurs
ces objets des « McGuffin ».
De la mystification de la Grande Idée (ploum.net)
https://ploum.net/2025-09-18-idees-mystifiees.html
Or, je me répète, l’idée seule ne vaut rien. Strictement rien ! Et une
idée doit être confrontée, discutée, mise en balance pour s’affiner, se
transformer et, après bien des efforts, exister.
Comme le soulignait très bien Marcello Vitali-Rosati dans « Éloge du
bug », cette croyance imprègne la philosophie occidentale depuis
Platon : il y a les penseurs-décideurs et les exécutants. Rien
d’étonnant donc qu’un produit qui vous fait croire que vous êtes un
décideur avec accès à une puissance d’exécution ait du succès. Marcello
compare cette croyance au génie de la lampe d’Alladin qui, sous prétexte
d’obéir à Alladin, le manipule en réalité à sa guise.
Qu’est-ce que l’outil va faire de moi ? (ploum.net)
https://ploum.net/2025-10-27-outil-va-faire-de-moi.html
Décrire une idée dans ses moindres détails revient, en réalité, à la
réaliser. Il est tellement compliqué de faire des spécifications exactes
d’un logiciel qu’on a littéralement inventé des règles pour traduire ces
spécifications en langage machine. Cela s’appelle « un langage de
programmation ». Et si vous n’êtes pas capable de programmer, vous
n’êtes tout simplement pas compétent pour demander à un chatbot de le
faire à votre place.
Cela fait 60 ans que nous avons des langages de programmation, cela fait
60 ans que l’on tente de trouver un moyen de se passer des programmeurs
(genre avec des schémas graphiques, avec des "langages de
spécification"). Mais c’est impossible : les idées humaines sont par
définition imprécises et floues, un ordinateur ne peut pas faire quelque
chose de précis à partir d’idées floues.
Les chatbots sont un produit qui prétend réaliser votre idée sans la
discuter, en acceptant tout. Les chatbots sont donc, essentiellement,
une arnaque parfaite pour ce que Ed Zitron appelle les « business
idiots » et que j’appelle les « Juliuses ».
Mon collègue Julius (ploum.net)
https://ploum.net/2024-12-23-julius-fr.html
Le résultat issu d’un chatbot est soit non-fonctionnel, ce qui est
parfois marrant, soit fonctionnel, ce qui est terrifiant. Parce que cela
signifie que des centaines voire des milliers de décisions n’ont pas été
prises. Les choix que vous n’avez pas vus ont été aléatoirement faits
par le génie d’Alladin, un algorithme opaque d’une grande entreprise
américaine. Si cela ne vous terrifie pas, c’est que vous n’y avez pas
réfléchi assez.
Des outils incompétents pour personnes compétentes
==================================================
Nombre de projets Open Source que je fréquente sont désormais envahis de
contributions générées par chatbots. J’ai été témoin d’un
pseudocontributeur qui disait, en substance « voici un patch pour
corriger le bug XXX. Je l’ai généré et n’étant pas codeur, je n’ai pas
la compétence de savoir s’il fonctionne ».
Reconnaissons à cette personne d’être honnête et transparence. Mais si
j’avais cette personne en face de moi, j’aurais envie de lui demander si
elle avait réfléchi deux minutes à ce qu’elle fait. Quelle est la valeur
qu’elle espère ajouter au projet ? Si résoudre le bug était juste une
question de demander un patch à un chatbot, ne serait-ce pas fait depuis
longtemps ?
Ah ouais, quand même, on en est là !
Il faut être honnête : j’ai été témoin de cas où je reconnais l’utilité
des chatbots. Mais, sans exception, il s’agissait à chaque fois d’une
personne compétente. D’une personne qui aurait pu réaliser le travail
sans chatbot et a réussi à gagner un peu de temps. De l’ordre de
quelques minutes à quelques jours selon ses dires. Sûrement moins, mais
passons…
AI Isn’t Breaking Work. It’s Already Broken. (calnewport.com)
https://calnewport.com/ai-isnt-breaking-work-its-already-broken/
Dans 100% des cas que j’ai entendu, il faut préciser qu’il s’agissait
soit de prototypage très expérimental, soit de réaliser une tâche
parfaitement absurde, mais administrativement nécessaire. J’ai moi-même
codé, à la main, un générateur aléatoire de timesheets lorsque j’ai été
soumis à ce régime.
Force est de constater que si vous vous posez la question de développer
une app et que vous n’avez pas envie de concevoir un prototype, un petit
test vibecodé pourrait éventuellement vous permettre de "tester".
Mais comme le démontre amplement l’exemple de l’application anti-
canicule, même le prototypage nécessite un minimum de compréhension du
problème, de compétence, bref, d’intelligence.
L’effet Tetris
==============
Une l’intelligence qui nécessite de l’attention, de la concentration.
Vous vous souvenez de vos heures passées à jouer à Tetris ? Le soir, en
vous endormant, est-ce que vous ne voyiez pas des pièces tomber devant
vos yeux ? Moi j’ai eu ça très fort en jouant à démineur sur mon 386 et
en écoutant en boucle un CD de 2unlimited (oui, je sais, mais il y a
prescription). Lorsque j’entends 2unlimited aujourd’hui, 35 ans plus
tard, je revois des carrés de démineur devant mes yeux.
Ce que nous apprend cette expérience c’est à quel point notre cerveau
est déformé par ce à quoi nous donnons notre temps et notre attention.
Ce qui peut être une bonne chose lorsque c’est intentionnel.
Mais la notification qui vient de vous interrompre est-elle
intentionnelle ? La 7ème vidéo Youtube que vous regardez durant votre
« pause » est-elle intentionnelle ? Et ce n’est pas parce que c’est
libre que c’est mieux. Ce enième toot mastodon sur le réchauffement
climatique est-il intentionnel ?
Non ? Pourtant, il déforme votre cerveau comme le faisait Tetris ou chez
moi, démineur…
Attention is all you have (alicegg.tech)
https://alicegg.tech/2026/09/21/attention
Du coup, je n’ose pas imaginer l’état du cerveau des gens qui chattent
avec une IA toute la journée, ne s’interrompant que pour les
notifications de leur smartphone. Surtout si ces personnes ont du
pouvoir.
Ah ouais, peut‑être que ça explique pourquoi on en est là !
Photo par Basile Morin
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Water_buffalo_bathing_with_water_re…
1
0
21 Sep '26
FUIR LE NUMÉRIQUE OU BIEN LE RECONQUÉRIR ?
by Ploum on 2026-09-21
https://ploum.net/2026-09-21-fuir_ou_reconquerir.html
Le numérique est-il intrinsèquement mauvais ?
=============================================
Comme le souligne Sandra, le minimalisme numérique ne vient pas du fait
que le numérique soit mauvais en soi, mais juste qu’on a réussi à le
rendre le pire possible sur tous les niveaux. Au niveau physique : on
fait tout sur un petit écran trop brillant sans aucune sensation tactile
et qui nous force à plier la nuque, au niveau psychologique avec
l’addiction et l’optimisation pour les pertes de temps ainsi qu’au
niveau économique : votre smartphone ne vous appartient pas vraiment,
vous n’avez aucun contrôle dessus et, pire, il sert à vous espionner. Et
vous allez racheter exactement le même rectangle noir tous les ans ou
tous les deux ans.
Minimalism vs Digital Minimalism (idiomdrottning.org)
gemini://idiomdrottning.org/minimalism-vs-digital-minimalism
Car comme le dit très bien Solderpunk, le créateur du protocole Gemini,
nous croulons sous les appareils électroniques de mauvaise qualité qui
envoyés au rebut (ou dans un tiroir) parce que « plus supporté par la
société qui les a produit ».
Le contrôle de nos appareils nous pousse à en racheter de nouveaux, mais
modifie également nos pensées au point de considérer que s’il n’y a plus
de mise à jour, l’appareil se transforme soudain en presse-papier. Nous
sommes tellement formatés à obéir aux grandes entreprises que nous en
perdons toute créativité et toute compétence réelle avec des appareils
qui sont des miracles de technologie.
Lateral Thinking with Withered Technology (solderpunk)
gemini://zaibatsu.circumlunar.space/~solderpunk/gemlog/lateral-thinking-with-withered-technology.gmi
Des miracles de la technologie qui fonctionne contre nous et non pas
pour nous.
CodeTiger achète un robot « intelligent » et décide de bloquer l’envoi
de données vers le fabricant. Ce qui entraîne à chaque fois une panne
après quelque jour. Fâché, iel décide d’investiguer les entrailles de
l’appareil : le robot est en fait un ordinateur tournant sous Linux qui
envoie toutes ses données au fabricant, y compris la configuration de la
maison, les habitudes des occupants, les codes wifi. On s’y attendait un
peu. Mais, en plus, il est piloté à distance !
Une fois qu’il cesse d’envoyer ses données, quelqu’un envoie une
commande pour désactiver l’appareil volontairement !
The Day My Smart Vacuum Turned Against Me (codetiger.github.io)
https://codetiger.github.io/blog/the-day-my-smart-vacuum-turned-against-me/
La fuite ?
==========
Ce n’est pas un hasard si de plus en plus d’experts du numérique se
tournent vers le retrocomputing ou le technopunk.
La complainte du technopunk ringard (ploum.net)
https://ploum.net/2025-11-17-techpunk.html
Un manifeste Offpunk (ploum.net)
https://ploum.net/2026-08-03-offpunk_manifesto.html
Par exemple, le vénérable et très minimaliste navigateur web Dillo,
relancé en 2024, après une petite décennie d’abandon.
Mais à quoi peut servir un navigateur qui ne supporte pas le
JavaScript ? Bobby Hiltz explique comment il s’est mis à l’utiliser de
plus en plus pour faire des recherches, lire les blogs et même écouter
de la musique sur Bandcamp !
Dillo Web Browser (bobbyhiltz.com)
https://bobbyhiltz.com/posts/2025/02/dillo/index.html
Et non, ça ne scale pas. Le technopunk s’en fout de la mise à l’échelle
ou de convaincre les investisseurs, il veut juste que ça fonctionne pour
lui et ses potes.
Against scale (tante.cc)
https://tante.cc/2025/01/26/against-scale/
Cette même population fuit également de plus en plus la nocivité
intrinsèque des réseaux sociaux.
Car suivre nos proches sur les réseaux sociaux serait en fait une
mauvaise idée. Si les réseaux peuvent rapprocher des inconnus aux
intérêts similaires, ce qu’ils ont fait à leurs débuts, ils peuvent
également éloigner des gens proches dont les intérêts spécifiques ou les
opinions diffèrent. Ils emprisonnent des groupes d’humains pleins
d’énergie et de motivation dans un carcan consumériste (dédicace aux
groupes Facebook qui se disent "anticapitalistes").
Du risque de transformer nos amitiés IRL en relations parasociales
(lalunemauve.fr)
https://lalunemauve.fr/amitie-internet/
Alors, certes, quitter Whatsapp n’est pas évident. Mais c’est possible.
Résolution de la rentrée : quitter WhatsApp (www.baudelot.eu)
https://www.baudelot.eu/2026/08/10/resolution-de-la-rentree-quitter-whatsap…
C’est par contre plus facile de quitter X…
Une image d’un meeting d’Hitler où une voix au milieu de la foule dit
"Je reste sur X, mais c’est uniquement pour apporter de la
contradiction" (posté par raphj(a)mamot.fr sur Mastodon)
https://ploum.net/files/xmeme_by_raphj_mamot.png
C’est marrant, car ça me fait penser à ma nouvelle humoristique « Le
dernier espoir » dans laquelle je mets justement en scène un handicapé
numérique qui tente de lutter contre l’espionnage de toutes ces
plateformes alors que sa famille essaye de le convaincre de les
rejoindre. La nouvelle est dans le recueil « Stagiaire au spatioport
Omega 3000 et autres joyeusetés que nous réserve le futur », disponible
dans toutes les bonnes librairies, sur le site de l’éditeur (sans DRM)
ou dans les archives d’Anna la pirate.
Stagiaire au spatioport Omega 3000 (pvh-editions.com)
https://pvh-editions.com/product/stagiaire-au-spatioport-omega-3000-papier
Un problème politique et social
===============================
Le pire, c’est qu’on ne vous ment (presque) pas : tout est dans les
conditions que vous avez acceptées.
Nicolas Vivant insiste sur ce point : en cliquant "J’accepte", nous
marquons notre accord pour être espionnés, mais, également, nous
prétendons avoil l’accord de nos amis pour qu’elleux soient espionnés.
C’est notamment le cas de Whatsapp qui envoie toutes les infos de votre
carnet d’adresses à Meta.
Nous ne lisons pas les conditions d’utilisation, et c’est problématique
(grenoble.ninja)
https://grenoble.ninja/nous-ne-lisons-pas-les-conditions-dutilisation-et-ce…
Bien que n’ayant plus de compte Meta sous quelque forme que ce soit, il
existe un profil avec mon numéro de téléphone, tous les noms sous
lesquels je suis renseigné dans les carnets d’adresses, un graphe de
contacts qui permet de me situer précisément dans le tissu social. Sans
compter les infos que j’ai données lorsque j’étais jeune et naẗf.
Le suicide de mon compte WhatsApp (ploum.net)
https://ploum.net/le-suicide-de-mon-compte-whatsapp/index.html
Le plus effrayant, c’est que le fait que j’aie supprimé tous mes comptes
doit certainement me faire apparaître dans une liste particulière qui
peut-être utilisée pour tenter de me cibler avec des pubs qui vont me
convaincre, puis pour s’assurer de me pourrir subtilement la vie et,
enfin, pour me mettre sur la liste de "potentiels terroristes" le jour
où le gouvernement de mon pays se mettra à suivre cette mode mondiale du
fascisme.
Si j’étais Meta, par exemple, et que j’avais des infos sur un
"réfractaire" à Meta et Google, je demanderais à Google de faire en
sorte que les messages qu’il envoie via SMS se perdent un peu plus
souvent. Que ses appels sonnent un peu plus dans le vide.
Nicolas oublie de préciser qu’il avait été estimé que si nous devions
lire les conditions d’utilisation de tous les logiciels que nous
utilisons, et leur mise à jour, 24h par jour n’y suffirait pas.
L’acceptation des conditions d’utilisation est donc une pure fiction.
Le problème n’est donc pas que nous ne lisons pas les conditions
d’utilisation. Le problème est que cette fiction permet aux entreprises
de faire n’importe quoi. « Bien sûr que nous allons enlever son premier
né pour boire son sang ! L’utilisateur a accepté ! »
Et il suffit d’une seule personne dans vos cercles sociaux qui accepte
ces conditions en votre nom pour vous faire espionner.
Autrement dit, ce n’est pas de la faute de l’individu, c’est un problème
100% politique.
La preuve, c’est l’impact qu’a eu le RGPD dans le monde. Alors, certes,
il n’est pas idéal et, en réalité, ne fonctionne pas vraiment.
GDPR is a failure (nikolak.com)
https://nikolak.com/gdpr-failure/
Mais, quand même, le fait que tout le monde déteste le GDPR est un signe
que c’est un pas dans la bonne direction. Il ne fonctionne pas vraiment,
mais il fait très très peur aux grandes entreprises.
matduggan.com
https://matduggan.com/you-know-gdpr-is-good-based-on-who-hates-it/
Reconquérir notre indépendance
==============================
Il est temps de réactiver vos comptes "indépendants" que vous n’utilisez
pas, car "moins facile", "moins de personnes", "moins de dopamine",…
Votre site perso, votre compte sur le Fediverse, vos expérimentations
sur Gopher ou Gemini…
Eternal 2020 (or not) (midnight.pub)
gemini://midnight.pub/posts/2851
Et surtout, de le faire avec vos petites mains, votre petit cerveau et
toutes vos maladresses humaines.
Car quand vous publiez un billet de blog ou un post sur les réseaux
sociaux qui a été généré par un chatbot, vos lecteurs s’en rendent
compte. Très vite. Et ils arrêtent de vous lire instantanément. Et ils
arrêtent de vous lire pour toujours.
Croire que ça ne se voit pas, c’est comme un fumeur qui pense que parce
qu’il a éteint sa clope avant de rentrer dans une pièce, il n’empeste
pas. C’est juste que le monde autour de vous est juste trop poli pour
vous le dire franchement.
Comme le dit Bryan Cantrill, si vous pensez que personne ne va le
remarquer, c’est que soit vous n’avez pas lu vous-même ce que vous
postez, soit vous êtes devenu tellement incompétent en termes de lecture
(pas d’écriture, de lecture) que vous n’êtes plus capable de lire
correctement.
The revolt of the reader (bcantrill.dtrace.org)
https://bcantrill.dtrace.org/2026/09/05/the-revolt-of-the-reader/
Comme je le disais, si vous ne prenez pas le temps de l’écrire, pourquoi
devrais-je prendre le temps de le lire ?
Soyez humains, communiquez ! (ploum.net)
https://ploum.net/2026-09-14-ecrire_et_ia.html
Et si il n’y que la « performance » qui compte pour vous, vous êtes en
train de détruire votre réputation. Pareil avec les illustrations
générées. Le moteur de recherche Kagi permet de signaler les contenus
qui sont du « slop » de manière à les cacher. Petit à petit des réseaux
vont se mettre en place pour exclure les contenus générés. Et la
réputation que vous êtes en train de construire aujourd’hui aura un
effet demain. Plus vite que vous ne le pensez…
J’utilise personnellement le filtre AI Blacklist pour uBlock Origin. Il
m’a arrêté bien des fois lorsque je suivais un lien. Et vous savez quoi?
Je ne l’ai jamais regretté jusqu’à présent !
AI uBlock Origin Blacklist (github.com)
https://github.com/alvi-se/ai-ublock-blacklist
D’ailleurs, il est grand temps de mettre vos filtres uBlock à jour vu
qu’OpenAI tente désormais d’espionner votre comportement en ligne, même
si vous êtes déconnecté de votre compte ChatGPT. J’avoue être bien
content de n’en avoir jamais créé, même « pour tester ».
ChatGPT now knows what you do on other websites via ad collector
(www.buchodi.com)
https://www.buchodi.com/chatgpt-now-knows-what-you-do-on-other-websites-via…
Évitez le slop, évitez d’en générer et tentez de créer et de communiquer
le plus loin possible des grandes plateformes privatrices. Bref,
cultivez votre indépendance !
Vous allez voir, on y prend vite goût !
Illustration : La Liberté guidant le peuple, de Delacroix
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:La_Libert%C3%A9_guidant_le_peuple_-…
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SOYEZ HUMAINS, COMMUNIQUEZ !
by Ploum on 2026-09-14
https://ploum.net/2026-09-14-ecrire_et_ia.html
Pourquoi le moindre humain écrira toujours mieux que le chatbot le plus
=======================================================================
perfectionné.
=============
Dans ma vie, j’ai écrit plusieurs millions de mots, sur des myriades de
sujets et pour des dizaines ou des centaines d’audiences différentes.
Rien que ce blog en fait 250.000. J’estime également en lire plusieurs
millions chaque année.
Bref, j’ai une relation profonde et intime avec l’écriture et la
lecture. C’est ma passion, mon métier et même une manière de vivre. Je
suis capable, en me concentrant, de lire particulièrement vite. À une
époque, je pouvais lire "photographiquement". De même, j’ai l’écriture
très facile. Lancez-moi sur un sujet et je peux discourir pendant des
pages et des pages sans effort.
À celleux qui me demandent comment écrire, je n’ai qu’un conseil :
réduisez la friction entre votre cerveau et les mots en apprenant la
dactylo (mes passages au Bépo puis à Ergol ont été des étapes
incroyables dans mon processus d’écriture). Pour le reste, il suffit de
prendre goût au fait d’écrire.
Le bépo sur le bout des doigts (ploum.net)
https://ploum.net/216-le-bepo-sur-le-bout-des-doigts/index.html
Ergo‑L (ergol.org)
https://ergol.org/
Écrire c’est très facile si on accepte de se laisser aller, si on prend
confiance en soi.
Essayez, vous verrez !
La concision fait la qualité de l’écriture
==========================================
Bien écrire, c’est évidemment beaucoup plus difficile, en tout cas pour
moi. Mais l’essence de « bien écrire » est très simple. Il faut que
chaque mot ait une utilité.
Bien écrire, ce n’est pas écrire beaucoup. Au contraire ! Bien écrire,
c’est couper, supprimer pour aller à l’essentiel. Chaque mot doit être
une manière d’amener subtilement votre idée, votre émotion, votre raison
d’écrire à se clarifier dans votre cerveau et dans celui du lecteur.
L’écriture est une forme de télépathie. La qualité de l’écriture est la
mise au point, la netteté.
C’est la raison pour laquelle les textes générés par
chatbots/IA/pouetpouetGPT me sont insupportables. Ils sont creux, longs,
verbeux.
Même les résumés automatiques sont une catastrophe. Ils trahissent le
cheminement de l’auteur, ils se trompent régulièrement sur les points
subtils, mais cruciaux et, comble de la bêtise, ils sont souvent plus
longs que le texte original qu’ils sont censés résumer. Un résumé ou un
surlignage est intrinsèquement personnel. Il doit vous permettre de vous
rappeler votre expérience de lecture.
Et ce n’est pas une question de qualité du modèle. Non PouetPouetGPT
42.3 n’est pas révolutionnaire ! Il ne peut pas l’être.
Parce qu’il ne peut pas inventer l’information. Il ne fait que diluer le
prompt que vous lui donnez, le mettre en forme selon ses standards,
l’agglomérer à des milliards de statistiques. Mais il ne peut pas lire
dans vos pensées et deviner ce que vous voulez me dire.
Le message utile sera toujours plus court que le prompt pour l’obtenir
======================================================================
Si vous demandez à PouetPouetGPT d’envoyer un mail à Ploum pour savoir
comment il va, la seule information valable, la seule écriture
qualitative est:
> Salut, Ploum, comment ça va ?
Tout le reste n’est que du bruit. De la mauvaise écriture (et je m’y
connais en mauvaise écriture). C’est juste que la mise en page,
l’orthographe, le respect de certains styles peuvent donner l’apparence
que c’est « bien écrit ». Ça ne l’est pas. Ça ne le sera jamais parce
que « bien écrire » c’est avant tout « bien communiquer ». Et rajouter
du bruit ne permet pas de bien communiquer.
L’équation est simple : un message bien écrit sera toujours plus court
que le prompt équivalent. Les agents d’aide à l’écriture exploitent le
manque de confiance. « J’écris mal, je vais demander à l’IA ».
L’apparence du résultat fera encore plus baisser l’estime de l’auteur
qui, pour couronner le tout, pratiquera de moins en moins l’écriture et
sera de moins en moins au clair avec ses propres idées.
Ne rien avoir à penser (ploum.net)
https://ploum.net/2026-04-10-rien-a-penser.html
Imaginez une conversation téléphonique. Le réseau est mauvais. On vous
entend mal. Vous décidez alors de mettre de la musique à fond en
arrière-plan parce que la musique est jolie. Avez-vous amélioré votre
capacité à communiquer ?
Et, surtout, pensez-vous que c’est respectueux de votre interlocuteur ?
Lorsque l’écriture n’est plus le fruit d’un effort intellectuel
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Jusqu’il y a peu, lorsque je tombais sur un billet de blog, lorsque je
recevais un email, je partais du principe qu’un humain avait fait
l’effort de l’écrire. Je faisais donc l’effort de le lire, au moins
rapidement. J’abordais tout texte avec cette question en tête :
« Qu’est-ce que l’auteur essaye de me dire ? »
Ce n’est aujourd’hui plus le cas. Je dois traiter chaque email, chaque
site web inconnu comme étant potentiellement généré et n’ayant demandé
aucun effort humain. Dans le doute, je vais désormais m’abstenir de lire
et de répondre. Après tout, si vous n’avez pas pris le temps de
l’écrire, je prends comme une insulte que vous pensiez que je puisse
prendre le temps de lire.
I Don’t Want to Interact With Stochastic Parrots (ploum.net)
https://ploum.net/2026-09-09-ai_policy.html
Bien entendu, je n’ai pas de détecteur IA parfait. Je me fie à mon
instinct. Mais, comme je l’ai dit en introduction, celui-ci est
particulièrement développé pour l’écrit. Un message qui porte une énorme
attention au style, à l’orthographe, qui est long, mais qui est
particulièrement pauvre en information est soit généré, soit écrit par
quelqu’un qui fait du remplissage et ne vaut guère mieux (typiquement,
un marketeux).
Mon expérience de prof joue aussi peut-être : les textes générés
ressemblent de manière frappante aux examens que je fais passer à des
étudiants qui ont beaucoup de charisme, mais qui n’ont rien compris. Ils
brodent, tournent autour du pot, tentent de camoufler leur ignorance
avec une assurance déconcertante. Mais aucun prof ne s’y trompe :
l’étudiant sera recalé ! Et encore plus sévèrement que l’étudiant qui
avoue son ignorance de manière transparente.
Un humain qui écrit très peu et a du mal à structurer ses idées ne fera
pas autant d’efforts pour faire "de belles phrases" bien creuses. Ça n’a
aucun sens ! Au contraire, les personnes les moins à l’aise avec
l’écriture ont tendance, malgré leurs maladresses de style bien
excusables, à donner beaucoup d’informations, à avoir envie d’exprimer
des choses.
Et, oui, vous pourriez certainement générer un message qui me
tromperait. C’est peut-être déjà arrivé. Mais, pour être sûr de votre
coup, générer le prompt vous demandera sans doute beaucoup plus de
travail que d’écrire le message directement. Ce qui est fondamentalement
stupide, non ? Quelle est la finalité de tout ça ? À un certain point,
votre grossièreté devient de la malveillance.
De nos belles et humaines maladresses
=====================================
La maladroite phrase d’une personne à peine lettrée aura toujours plus
de valeur, sera toujours une meilleure manière de communiquer que
l’apparence formelle d’un message généré. Et même le modèle
PouetPouetGPT le plus parfait au monde ne pourra jamais rien y changer.
Si vous pensez que la version 42.3 s’est justement grandement améliorée,
que je devrais tester, c’est juste que vous vous êtes habitué à l’outil,
que vous cédez à la normalisation, que vous avez atteint votre propre
seuil d’incompétence. Que vous n’avez pas compris à quoi servent
l’écriture et la lecture. Que vous êtes en train de perdre votre
confiance en vous et votre capacité à écrire.
Alors, par pitié, continuez de penser, d’écrire. Ne déléguez pas votre
libre arbitre. Et si vous voulez communiquer avec moi, acceptez vos
maladresses, vos fautes et votre humanité. Un simple correcteur
orthographique peut aider à améliorer la lisibilité et votre confiance
en vous. Mais ce n’est pas nécessaire lorsqu’on communique
informellement entre humains.
Respectez votre correspondant : soyez humain !
Détail d’une statue de scribe de la Vème dynastie égyptienne (photo par
Rama)
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Scribe-A_42-IMG_9257.JPG
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17 Aug '26
L’ONANISME DES UTILISATEURS DE CHATBOTS
by Ploum on 2026-08-17
https://ploum.net/2026-08-17-onanisme_ia.html
Quand bien même les chatbots ne seraient pas les produits de
gigantesques entreprises centralisées qui cherchent à nous exploitent en
pourrissant nos cerveaux, Internet tout en étant une catastrophe
écologique et sociale, je le les utiliseraient pas.
Quand bien même l’outil serait éthique à tous les points de vue, je le
détesterais !
Le guitariste et le joueur de Guitar Hero
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John Scalzi explique enfin pourquoi je n’aime pas ça. Parce que ç’est
littéralement une perte de temps, un jeu vidéo qui ne sert à rien.
Generative “AI”: The Guitar Hero of Creativity (whatever.scalzi.com)
https://whatever.scalzi.com/2026/08/06/generative-ai-the-guitar-hero-of-cre…
Il prend l’analogie de Guitar Hero : oui, c’est fun. Mais,
fondamentalement, c’est inutile. Vous n’apprenez rien ! En demandant à
un chatbot de répondre à une question, de produire un texte ou une
image, vous n’avez littéralement rien appris. Les études le montrent :
un étudiant qui répond à une question d’un prof en utilisant ChatGPT est
incapable de répéter cette réponse quelques minutes plus tard.
L’investissement intellectuel est nul. L’étudiant est comme une
interface transparente entre le chatbot et le prof.
Je l’ai vécu lors d’un examen où j’avais autorisé l’usage de l’IA : un
étudiant a été incapable de répondre à une question alors que la réponse
était affichée sur son écran.
Giving University Exams in the Age of Chatbots (ploum.net)
https://ploum.net/2026-01-19-exam-with-chatbots.html
Mais, comme Guitar Hero, jouer avec un chatbot est amusant, voire
addictif.
Je le comprends très bien. J’ai pris une demi-heure pour jouer avec la
génération d’images de Lumo, le chatbot de Proton. Je lui ai demandé une
couverture de Bikepunk et j’ai itéré en notant les défauts. J’avais
plein de choses à dire sur l’output (notamment que, quoi qu’on fasse,
une jeune femme à vélo doit obligatoirement porter un crop top). C’était
très marrant de voir que quand j’ai précisé que je voulais que le
personnage masculin ressemble à Thierry Crouzet, il a soudainement
acquis une musculature impressionnante. Ce n’est pas que Thierry n’est
pas musclé en vrai, mais, quand même, j’évite d’éternuer trop fort dans
sa direction.
Et là, vous voyez le truc : c’était amusant. Ça me donnait envie de
partager les différentes images.
Mais, en réalité, quand on n’est pas dans le délire, c’est juste nul.
C’est comme regarder un pote jouer à Guitar Hero : il s’éclate, mais
c’est un peu emmerdant pour le public. Voir c’est gênant. Un peu comme
si vos amis vous racontaient à quel point leurs dernières séances
masturbatoires étaient jouissives.
L’utilisation de l’IA est un plaisir solitaire. Je n’ai rien contre le
fait que ça vous amuse, mais, par pitié, ne le partagez pas avec moi !
On ne gagne pas du temps en poussant sur un bouton
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Les gens disent gagner du temps avec l’IA, mais ils n’améliorent
pourtant pas leur productivité. Le paradoxe viendrait que le temps pris
à utiliser l’IA lui-même ne serait, intuitivement, pas pris en compte.
AI Isn’t Breaking Work. It’s Already Broken. (calnewport.com)
https://calnewport.com/ai-isnt-breaking-work-its-already-broken/
C’est un paradoxe bien connu des bons managers : le management prend du
temps et de l’énergie. Souvent plus que faire les tâches soi-même. Si tu
engages un jardinier pour tondre ta pelouse, tu dois trouver le
jardinier, le contacter, convenir d’un rendez-vous, négocier un tarif
puis, une fois qu’il est là, lui expliquer le travail, vérifier qu’il a
bien compris et puis vérifier qu’il a fait tout correctement.
Outre l’argent que ça coûte, cela n’est clairement pas une tâche
anodine. En fait, si c’est juste pour faire une seule fois un petit
jardin, c’est beaucoup plus rentable de tondre ta pelouse toi-même. Le
bénéfice ne se fait sentir que lorsque tu as confiance et que tu as un
accord pour que le jardinier vienne une fois par mois tondre une grande
pelouse, sans même avoir besoin de te prévenir.
Les jeunes parents connaissent tous cela : junior veut absolument aider
au montage du meuble Ikea, mais, honnêtement, ça te prend cinq fois plus
de temps que de le faire tout seul.
On en est là avec l’IA. Parfois on gagne un peu de temps (une vraiment
grande pelouse à tondre), parfois on en perd (l’armoire Ikea), mais
l’attrait de la nouveauté fait que c’est fun. Un peu comme le fait de
regarder un jardinier travailler depuis son salon en lui donnant des
ordres. Cela donne un sentiment de puissance. C’est littéralement
masturbatoire.
Le problème c’est que la rentabilité à long terme de notre jardinier se
base sur le fait de créer une confiance, un automatisme. Et là, on est
face à une entreprise de jardinage qui a un monopole mondial, qui
augmente ses tarifs arbitrairement et envoie, à chaque fois, un nouvel
ouvrier qui ne connait pas votre jardin, mais fait semblant du
contraire. En plus, il est sous ecstasy.
Vos outputs de chatbots sont de la pollution
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Mon principal grief, c’est que les utilisateurs des chatbots sont
persuadés d’avoir une compétence ou une valeur ajoutée quelconque. J’en
ai été témoin de première main : les projets open source sont noyés de
contributions générées. Souvent, les utilisateurs sont de bonne foi :
ils ont réellement trouvé un bug et plutôt que de le rapporter, ils
demandent à un LLM de générer un patch.
Parfois, ils poussent le vice jusqu’à faire écrire le rapport de bug par
le LLM. Ils sont très fiers.
Fier de quoi ? D’avoir cliqué sur l’icône Claude ou ChatGPT ?
Et c’est une catastrophe : parce que le mainteneur doit désormais tenter
de comprendre dans tout ce charabia et ce jargon quel est le problème de
base. Au lieu d’avoir un utilisateur qui se plaint, parfois un peu
maladroitement, nous sommes face à une machine qui réinterprète tout et
il faut deviner ce que l’utilisateur avait en tête. En gros, il faut
essayer de déduire le prompt.
Ce n’est déjà pas évident de se comprendre entre humains en
communication directe alors si un chatbot sert d’intermédiaire…
Ou cette connaissance à qui je pose une question et qui m’envoie la
réponse de ChatGPT. Comme si c’était d’une aide quelconque. Parce que si
je demande quelque chose à quelqu’un, c’est vraisemblablement parce que
je ne trouve pas de réponse facile et que je pense que cette personne a
une expertise du domaine. Me renvoyer la réponse de ChatGPT est à la
fois injurieux (tu n’en as rien à foutre de m’aider) et hautain (tu
penses que je ne suis pas capable de faire une recherche Web).
Que ce soit clair : un output de chatbot n’est pas fait pour être
partagé. Si vous souhaitez le faire, alors partagez juste le prompt, ce
sera beaucoup plus efficace.
De plus en plus d’artistes professionnels se plaignent : plutôt que
d’avoir des instructions claires, les clients leur envoient des
« idées » générées par IA. Et les artistes doivent deviner ce que
veulent leurs clients.
Le chatbot, c’est comme la masturbation : pratiquez-le seul ou dans un
cercle restreint d’adultes consentants. Jamais en public. Jamais en
présence de personnes non consentantes. Jamais dans un cadre
professionnel.
Apprendre de ses expériences
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Mais le principal problème, outre l’opacité de la communication, c’est
ce que dit Scalzi avec Guitar Hero ou comme le montre l’analogie de la
masturbation : vous n’apprenez rien.
Vous ne saurez pas jouer bon anniversaire à la guitare même après des
centaines d’heures de Guitar Hero. Vous ne rencontrerez jamais un
partenaire amoureux en vous masturbant. Ce n’est pas un jugement de
valeur : c’est juste que ces activités n’ont pas le moindre rapport
entre elles !
L’énorme majeure partie des patches que je reçois pour mes projets Open
Source me prennent plus de temps à relire et à intégrer que si je le
faisais moi-même. Pourtant, j’apprécie cela, car je sais que la personne
a dû fournir un effort pour comprendre mon code. Elle a appris. Et,
petit à petit, elle va être de plus en plus à l’aise pour faire des
changements plus importants tandis que moi, j’aurais appris à lui faire
confiance. Je peux également poser des questions sur les choix
techniques qui ont été faits, en discuter, remettre en question mes
propres perspectives, mes propres choix.
Accepter un patch n’est jamais un gain de temps, c’est un investissement
sur le futur. C’est également une manière de faire grandir deux
personnes.
Ce qui n’est pas le cas avec les patchs générés. C’est même exactement
le contraire : accepter un patch généré va introduire dans le projet du
code qui fonctionne peut‑être aujourd’hui, mais que personne ne comprend
et, surtout, dont on ne peut même pas présupposer qu’il a une logique.
Si vous n’avez rien appris en utilisant un chatbot et si la personne qui
reçoit l’output n’apprend rien, pourquoi le faire tout court ?
Un tas de débris aléatoire n’est pas une maison
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Vous vous souvenez de l’expérience de pensée qui dit que si on assied
assez de chimpanzés qui tapent aléatoirement sur des machines à écrire,
on va finir par générer du Shakespeare ou du Proust ?
Et bien c’est exactement ce que font les chatbots avec le code : ils
génèrent presque aléatoirement des morceaux de code jusqu’à ce que le
code en question réponde superficiellement à la question. Ça fonctionne,
parfois, ici et maintenant, mais, bien entendu, ça va craquer de partout
dès qu’on bouge quelque chose.
Un peu comme si on construisait une maison en jetant aléatoirement des
poutres et des briques jusqu’à ce que, ô miracle de la loi des grands
nombres, l’édifice de matériau dégage un espace assez grand pour qu’on
l’appelle "chambre" avec une ouverture appelée "porte". Ce serait
cool.On prendrait des photos.
Mais pensez-vous sérieusement que cette "maison" tiendrait face à la
première pluie, au premier souffle de vent ou à la première vibration
d’un camion sur la route ?
De la même façon, communiquer par écrit est une compétence qui se
travaille. C’est même plus important que cela : l’écrit permet de
structurer ses propres pensées. Tant que vous n’avez pas écrit vos
idées, elles ne sont pas réelles, pas claires.
Tant que vous n’avez pas fixé votre idée sur un support, elle ne vaut
rien. Et si ce n’est pas vous qui la fixez, ce n’est pas votre idée.
Votre idée ne vaut rien (ploum.net)
https://ploum.net/votre-idee-ne-vaut-rien/index.html
En déléguant l’écriture de vos emails et de vos rapports, non seulement
vous perdez la compétence communicationnelle, mais, pire, vous perdez
simplement vos idées.
Les singes bientôt remplacés ?
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Dans le cliquetis des milliards de machines à écrire actionnées par les
singes, une feuille tomba soudainement sur le sol. Un entrepreneur s’en
saisit et lu : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure… »
— Ça y est, hurla-t-il ! Nous avons réussi ! Ce singe écrit du Proust !
Le singe en question fut mis sur un piédestal, choyé, dorloté. Mais les
entrepreneurs avaient beau faire, il n’écrivait plus que du charabia
sans signification.
— Dommage, fit un entrepreneur. Peut-être n’est-ce pas la bonne
approche.
— Et si nous remplacions les singes par des utilisateurs de ChatGPT ?
— Pas bête. Statistiquement, ça devrait fonctionner…
— Et puis, on ferait des économies de bananes !
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L’ARNAQUE DU BILAN CARBONE
by Ploum on 2026-08-10
https://ploum.net/2026-08-10-bilan_carbone.html
Pourquoi nous nous sommes fait avoir dans notre soi-disant lutte contre
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le réchauffement climatique
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Ne plus prendre l’avion, acheter des électroménagers de moindre
consommation ou se déplacer en voiture électrique semblent être les
mesures antiréchauffement climatique dont j’entends le plus parler. Ça
et guillotiner les milliardaires qui voyagent en jet privé. D’ailleurs,
les estimateurs de bilan carbone pullulent.
Mais je suis de plus en plus convaincu que c’est une grossière erreur.
Nous sommes en train de compter nos grammes de CO² produits et cela a
probablement autant d’impact que faire pipi sous la douche. Cela nous
occupe pour nous donner l’impression de faire quelque chose tout en
permettant aux politiciens de ne surtout rien changer.
Comprendre le réchauffement climatique.
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Revenons à la base. Il existe sur la planète une quantité fixe de
carbone qui est invariable (on peut oublier les très rares apports de
météorites). De ce carbone, une grande quantité est prisonnière dans le
centre de la terre dont elle s’échappe parfois lors des éruptions
volcaniques. Mais simplifions et oublions cela.
Nous avons donc une quantité de carbone fixe pour la surface et
l’atmosphère, que j’appelle « le système surface ».
Il y a des milliards d’années, il n’y avait pas d’oxygène dans
l’atmosphère, mais énormément de gaz carbonique. L’abondance de CO² a
permis une explosion de la vie, principalement le plancton, extrayant le
carbone de l’atmosphère grâce à la photosynthèse. Mais la photosynthèse
produit un déchet éminemment toxique pour beaucoup de formes de vies :
l’oxygène !
Cette période porte le nome de « Grande Oxydation ».
Grande Oxydation (fr.wikipedia.org)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Oxydation
Heureusement, ce processus ayant eu lieu sur des centaines de millions
d’années, des formes aérobiques ont eu le temps d’évoluer, formes de vie
qui survivaient grâce au processus inverse : consommer de l’oxygène et
produire du CO². Nous faisons nous-mêmes partie de cette forme de vie.
Nous devons donc ingérer du carbone, via l’alimentation, afin de le
brûler avec de l’oxygène pour produire de l’énergie et expirer le
déchet, le CO².
Un point particulièrement important est que la somme du carbone de la
surface et du carbone de l’atmosphère n’est jamais modifiée. S’il y a
plus de plantes et de planctons, le carbone est fixé sur la surface et
dans les océans. S’il y a plus d’humains et d’animaux, il y a un peu
plus de carbone dans l’atmosphère. Mais la somme des deux reste
constante.
Lorsqu’un être vivant meurt, quel qu’il soit, son carbone est soit rendu
à l’atmosphère via la décomposition (qui est une forme de combustion),
soit intégré à un autre être vivant via l’alimentation.
La fossilisation du carbone
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Une troisième voie est cependant possible. Lorsqu’un « cadavre »
s’enfonce dans le sol ou dans un fond marin, son carbone est comme
capturé par la planète. Il ne peut plus rejoindre l’atmosphère ni être
consommé. Avec le temps et les très hautes pressions, ce carbone se
fossilise.
Les plantes fossilisées deviennent essentiellement du charbon tandis que
les autres formes de vie, principalement les espèces de planctons, se
transforment en hydrocarbures : pétrole et gaz fossile (aussi appelé
« gaz naturel »).
Le point le plus important de cette fossilisation est qu’elle a retiré
énormément de carbone de la surface. Au fil des milliards d’années, le
taux de CO² de l’atmosphère a donc chuté de manière extrêmement
importante, entraînant un refroidissement climatique. Le CO² a en effet
la propriété de « capturer » la chaleur du soleil comme le ferait une
serre. Cette particularité du CO² a été mainte fois observée et prouvée
depuis la moitié du 19e siècle.
Eunice Newton Foote (fr.wikipedia.org)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Eunice_Newton_Foote
Avec moins de CO² dans l’atmosphère, la terre s’est lentement refroidie,
au détriment de certaines espèces, mais au plus grand bonheur d’autres
dont l’Homo Sapiens Sapiens. Le « lentement » est important. On parle de
dizaines de millions d’années.
L’extraction du fossile
=======================
Le grand malheur de notre espèce est que, depuis la révolution
industrielle, nous avons découvert que ce carbone fossile brûle très
bien. C’est donc un formidable réservoir d’énergie, de joules, que
chacun veut exploiter. En fait, on sait depuis longtemps qu’il brûle
bien, mais les réserves étaient inaccessibles : il fallait plus de
joules pour extraire du charbon que ce qu’il produisait en brûlant.
L’invention du moteur à vapeur va changer la donne et permettre
l’industrialisation des mines de charbon puis des puits de pétrole
(relisez « À l’ombre des derricks »).
Comme me le disait Philippe Samyn, le Joule est l’unité qui fait tourner
le monde. Et le carbone fossile en est une fameuse réserve.
Qucocoma Philippe Samyn ? (ploum.net)
https://ploum.net/2026-06-01-samyn.html
Mais, en brûlant ce fossile, nous remettons en circulation dans
l’atmosphère du carbone qui était séquestré depuis des millions ou des
milliards d’années.
Le changement climatique est bel et bien humain, la question ne devrait
même pas se poser vu que chaque puits de pétrole, chaque mine de charbon
et chaque gisement de gaz n’a, au fond, qu’une seule utilité : remettre
dans l’atmosphère du carbone qui n’y était plus depuis des milliards
d’années.
J’espère que cette explication cloue aussi définitivement le bec aux
idées absurdes comme le fait que les cyclistes contribuent également au
réchauffement climatique en respirant et en mangeant des côtelettes. Que
vous mangiez un steak ou une salade de pois chiche, tout le carbone que
vous consommez était encore dans l’atmosphère il y a quelques jours.
Vous n’ajoutez aucun atome au système de la surface. Par contre, allumez
la flamme d’un briquet et vous êtes littéralement en train d’envoyer
dans l’atmosphère du carbone qui n’y était plus depuis des milliards
d’années.
Ce billet est également la réponse à l’idée parfois entendue que cette
recarbonisation serait « naturelle ». Il a fallu des milliards d’années
pour capturer ce carbone que nous relâchons presque totalement en moins
de 200 ans ! C’est 10 millions de fois plus vite ! Aucune adaptation du
vivant ne peut se faire à cette vitesse !
Le renouvelable est-il la solution ?
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Intuitivement, vous vous dites qu’il suffit de ne pas utiliser de
briquet et de passer à une énergie dite « renouvelable », des joules
propres produits sans carbone fossile. Qu’il faudrait consommer
« intelligemment » pour savoir combien de grammes de CO² ont été
produits pour tel ou tel objet.
Mais c’est à la fois très compliqué à calculer et complètement inutile.
Tout l’effort pour passer vers le renouvelable se base sur la théorie
(essentiellement fausse dans le monde réel) de l’offre et la demande en
se disant que « si le renouvelable devient moins cher, les gens
n’achèteront plus de pétrole et les puits ne seront plus rentables et
donc se fermeront ».
Cela permet aux néolibéraux de se déclarer écologistes, mais c’est
évidemment complètement et dangereusement faux. À l’heure actuelle, la
moitié du pétrole extrait sert à déplacer l’autre moitié jusqu’aux
pompes ou aux centrales tout en restant l’un des produits les plus
rentables du monde !
Tout le pétrole, charbon et gaz déjà extrait sera consommé, quoi que
vous fassiez. Une fois extrait, le carbone fait littéralement partie du
système de la surface. À moins d’arriver à convaincre 100% des humains
de ne plus utiliser de pétrole ou de charbon et de laisser intactes les
réserves mondiales, ce dont je doute fort, il sera brûlé. Même si le
pétrole devenait soudain beaucoup trop cher, il serait revendu à perte
(vu que déjà extrait). Et il restera toujours un atout stratégique
essentiel des armées, ce qui lui confère une valeur intrinsèque
importante (le jet supersonique, le missile balistique et le char
d’assaut sont difficilement imaginables en version électrique).
La seule mesure réaliste et efficace pour lutter contre le réchauffement
climatique est d’arrêter l’extraction de carbone fossile. Point à la
ligne. Tout le reste n’est que poudre aux yeux malhonnête ou confondante
naïveté.
Entendons-nous bien : toutes les mesures « écologiques » sont
généralement positives et procurent bien des avantages (moins de
particules fines, moins de pollution dans les océans ou les sols …). Je
les encourage fortement. Mais, quand on parle du réchauffement
climatique, elles nous distraient de l’essentiel.
Capturer le carbone
===================
Planter des arbres, c’est pas mal. J’aime beaucoup les arbres. Cela
permet de modifier l’équilibre sol/atmosphère, ce qui est toujours
appréciable. Mais il faut en planter beaucoup et s’assurer qu’ils ne
brûlent pas. Même avec beaucoup d’arbres, le carbone fait désormais
partie de notre cycle de surface !
Prétendre que planter des arbres contrebalance l’extraction fossile est
une escroquerie pure et simple, car, en pourrissant ou en brûlant, le
carbone de l’arbre va bientôt revenir dans l’atmosphère. Et quand bien
même c’est utile, le mécanisme économique des certificats de
compensation carbone est une arnaque qui entraîne plus d’émissions !
Les mécanismes de compensation carbone expliqués à mon hamster
(ploum.net)
https://ploum.net/2024-06-17-compensation-carbone.html
C’est également la raison pour laquelle les tentatives d’extraction
industrielles du carbone de l’atmosphère sont vouées à l’échec. Il
faudrait non seulement extraire plus de carbone qu’on en produit, mais
aussi arriver à le fossiliser, à faire en sorte que celui-ci ne puisse
plus jamais revenir dans l’atmosphère.
Certains imaginent capturer le carbone dans le béton de constructions,
mais l’échelle est ridicule par rapport à la quantité de carbone fossile
qui est extraite à chaque seconde. Et, au fond, mettre du carbone dans
nos constructions, ça s’appelle des planches en bois. Mais comparez cela
avec la quantité de barils de pétrole extrait à chaque instant.
De nouveau, on tente de se distraire, d’imaginer toutes les solutions
les plus absurdes les unes que les autres. Toute sauf la seule réelle :
arrêter l’extraction.
Parce que je ne vois pas d’autres solutions
===========================================
Il suffira de quelques jours froids cet hiver pour faire oublier les
canicules de 2026 et entendre les habituels poncifs sur le déni du
réchauffement climatique. Et puis, quand bien même le sujet reviendrait
dans l’actualité, les militants accuseront les jets privés et les
politiques annonceront une prime pour l’installation de panneaux
photovoltaïques. Les geeks se rassureront en achetant un smartphone
« éthique » avec un chiffre arbitraire de grammes de CO² sur la boîte
(qui est bien, car entouré en vert).
Il n’en reste pas moins que chaque litre de pétrole, chaque kilogramme
de charbon extrait contribue au réchauffement climatique. Que les
entreprises qui se livrent à cette activité sont criminelles, que leurs
cadres devraient être traduits en justice pour tous les morts et toutes
les catastrophes climatiques. Bref, pour crime contre l’humanité.
Les états devraient en prendre la mesure et interdire toute importation
de produits issus de l’extraction du carbone fossile.
C’est la seule solution réelle si nous voulons efficacement ralentir
puis stopper le réchauffement climatique. Il n’y a pas de demi-mesures
possibles. Et, en plus, c’est techniquement assez simple. Il
« suffirait » d’une résolution de l’ONU suivie d’un Nuremberg du climat.
Mais, franchement, vous y croyez vous ?
Vous connaissez un seul politicien qui pourrait être élu avec cette
idée ?
Alors on va aller faire pipi sous la douche en tentant de se convaincre
que la fameuse parabole du colibri n’est pas une pure intoxication
néolibérale pour rejeter la culpabilité d’une catastrophe planétaire sur
les choix de consommation de l’individu.
Je suis sans cesse tiraillé entre l’idée qu’il faut que je produise
moins de CO² et la certitude que, de toute façon, cela ne sert à
rien : tout carbone fossile extrait sera bientôt dans l’atmosphère, que
ce soit demain ou dans dix ans.
Il n’y a pas de bilans carbone honnêtes. Il n’y a que le carbone de
surface et le carbone fossile. Si nous ne condamnons pas rapidement et
durement ceux qui extraient le carbone fossile, le trou qu’ils sont en
train de creuser sera la tombe de l’humanité…
Photo d’un puit de pétrole en feu au Koweit par Habib Hassan Kuwait
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kuwaiti_oil_fires_in_Al-Maqwa_0.tif
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UN MANIFESTE OFFPUNK
by Ploum on 2026-08-03
https://ploum.net/2026-08-03-offpunk_manifesto.html
> Ce texte est une traduction en français du Offpunk Manifesto rédigé
par Arlon de Serra Grande et que j’ai co-signé
An Offpunk Manifesto (English version)
https://blog.ayom.media/ideiasdechirico/offpunk-manifesto
Versão em português
https://blog.ayom.media/ideiasdechirico/manifesto-offpunk
La révolution ne sera pas numérique
===================================
Alors que l’hyperconnexion apparait comme le symptôme d’un futur
inéluctable, un timide mouvement semble prendre de l’ampleur : celui de
la déconnexion volontaire et intentionnelle. L’adoption des « dumb
phones » est en train de croître. Les appareils photo numériques font
leur retour. Tout comme les cassettes audio et les machines à écrire… Il
existe un mouvement pour se réabonner à la presse papier. Même le
minidisc, vite oublié après le succès des lecteurs MP3, semble renaître
de ses cendres.
Au début du siècle, Internet semblait être la dernière pièce pour mettre
en place le fameux « village global » de Marshall McLuhan. Les
ordinateurs, rares et chers (et donc parfois partagés) étaient des
portails vers un autre monde. Les gouvernements consacraient beaucoup
d’argent pour s’assurer que même les plus pauvres ne soient pas des
exclus numériques.
Et nous y sommes arrivé ! Nous allons bientôt passer le cap de trois
appareils connectés par humain, selon l’estimation du Cisco Visual
Network 2020.
Global_2020_Forecast_Highlights.pdf (www.cisco.com)
https://www.cisco.com/c/dam/m/en_us/solutions/service-provider/vni-forecast…
Le numérique est partout et considéré comme acquis. Que nous le voulions
ou nous, nous sommes tous connectés en permanence. Car nous ne nous
connectons plus à Internet : nous y vivons sans plus jamais le quitter !
Comme si nous portions un uniforme, nous gardons toutes et tous notre
téléphone dans notre poche pour travailler, pour vivre, pour aimer et
sous l’oreiller pour dormir.
Le numérique a cessé d’être un outil pour devenir un environnement
duquel on ne peut s’échapper. Autrement dit une prison.
> « Préserver le non numérique n’est pas un retour vers le passé, c’est
un devoir »
> — Giulio Cavalli
Lorsque la connexion, même non nécessaire, devient obligatoire, la
résistance ne consiste pas à détourner le système, mais bien à refuser
tout simplement d’en faire partie.
Comme l’écrit l’auteur belge de science-fiction et développeur
informatique Ploum, les punks de notre époque sont ceux qui osent vivre
sans smartphone. Ce sont des « offpunks », comme je les appelle
désormais.
La complainte du technopunk ringard (ploum.net)
https://ploum.net/2025-11-17-techpunk.html
La connexion est une arme de guerre
===================================
La première conséquence de cette centralisation monopolistique de la
technologie est que la fourniture d’un accès à Internet est devenue une
arme de guerre. Lorsque les grandes puissances entrent dans un conflit,
elles ne cherchent plus seulement à perturber l’approvisionnement en eau
ou en énergie, mais également à couper l’accès à Internet ou à certains
services en ligne. La Russie a utilisé plusieurs fois cette tactique
contre l’Ukraine. Israël fait de même contre la Palestine.
Fin 2025, le juge français Nicolas Guillou de la Cour Pénale
Internationale a perdu ses accès à plusieurs services en ligne
américains, dont Airbnb, Amazon et Paypal. La justification de cette
sanction prise par les États-Unis était que Nicolas Guillou avait signé
un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin
Netanyahu et son ministre de la défense Yoav Gallant, suite au caractère
génocidaire des attaques israéliennes contre les territoires
palestiniens. Les États-Unis sont pourtant l’un des seuls pays à
soutenir les actions d’Israël au Proche-Orient.
La philosophie Offpunk est née de constatations simples, mais
inconfortables : le monde numérique est fragile et notre vie sociale est
intrinsèquement liée à notre environnement. Le corollaire évident est
que nous ne devrions jamais dépendre entièrement de services
propriétaires virtuels, car nous pouvons en être exclus sans préavis.
De nombreux exemples illustrent notre dépendance envers cette fragile
infrastructure : le bug Microsoft qui a mis hors service des milliers de
banques, de transports et de services critiques en 2024, le gouvernement
brésilien qui a bloqué Twitter/X en 2024 ou la panne globale d’Amazon et
Cloudfare qui a rendu une bonne partie des sites web injoignables fin
2025.
Lorsqu’un système est injoignable, que ce soit à cause d’une panne,
d’une sanction politique ou d’une guerre, tout un univers virtuel
disparaît purement et simplement. Vous n’avez aucun recours si le
numérique connecté était votre seule option.
Après tout, une connexion permanente à haut débit n’est jamais garantie,
spécialement dans les pays en voie de développement ou qui connaissent
des troubles politiques. Même les pays riches et industrialisés ne sont
pas à l’abri. À cause de sa politique de gestion de l’énergie, la ville
de Sao Paulo, au Brésil, connait des coupures d’électricité fréquente
lorsqu’il pleut.
Dans ces pays, avoir un plan B « analogique » est une question de
survie.
Le minimalisme numérique et l’Offpunk
=====================================
Il ne faut pas confondre le mouvement « Offpunk » et le minimalisme
numérique.
Le minimalisme numérique est une vision individuelle et autonome de la
déconnexion, sans aucune remise en question des tendances sociétales et
des structures de pouvoir.
Puisqu’une vie complètement déconnectée n’est plus possible, le
minimalisme numérique tente de supprimer les aspects les plus addictifs
et les plus envahissants de la connexion permanente.
> Off, ma non troppo.
Mais ce dont nous avons réellement besoin c’est d’une possibilité de se
déconnecter réellement, d’avoir le droit de vivre et de nous déplacer
sans emporter avec soi un téléphone suffisamment récent, suffisamment
chargé et avec un forfait suffisant pour être connecté 24h sur 24.
Dans "Digital Detox: The Politics of Disconnecting" (2020), Trine
Syvertsen démontre comment la mouvance du minimalisme numérique
contribue à un agenda néo-libéral qui fait endosser par les individus,
comme l’utilisateur lambda d’un smartphone, la responsabilité de
résoudre les problèmes structurels auparavant gérés par des institutions
collectives. L’autrice identifie trois raisons principales qui motivent
le minimalisme numérique, les 3 « P » : présence, productivité et vie
privée. Les trois étant des motivations purement individuelles.
En d’autres termes, si vous avez l’impression de rater des moments
importants de sociabilité, si vous n’êtes pas productifs dans votre
travail ou vos projets à cause des notifications ou si vous n’aimez pas
être espionné en permanence par les grands monopoles de la tech, c’est
uniquement de votre faute, car vous n’avez pas assez d’autodiscipline.
Ce n’est en rien lié à l’économie de l’attention, au capitalisme de
surveillance et aux logiciels conçus pour être addictifs.
Ce déchargement de la responsabilité fait notamment partie de l’analyse
de la société contemporaine par l’intellectuel germano-coréen Byung-CHul
Han dans son livre « The Agony of Eros ». Il y dit notamment :
> L’auto-exploitation est bien plus efficace que l’exploitation par
d’autres, car elle donne une impression de liberté.
Un autre symptôme de ce déchargement des responsabilités sont les
caisses automatiques et les distributeurs en libre-service dans les
supermarchés, les banques voire les pharmacies. Le client doit désormais
faire le travail des employés, le plus souvent sans aucune aide et
pourtant sans payer moins cher. S’il y a une erreur dans le processus,
c’est de toute façon le compte en banque du client qui sera débité, pas
celui de l’entreprise.
Bien qu’initialement issue d’une tendance technophile, la mouvance
Offpunk, au contraire du minimalisme numérique, promeut une déconnexion
simple et sans prétention. Une déconnexion non excluante des activités
sociales ou de l’exercice de ses droits de citoyen·ne·s.
Quand le minimalisme numérique voit la détox numérique comme un outil
d’amélioration de la productivité, les offpunks envisagent la
déconnexion comme une attitude anti-consumériste.
Définitions
===========
Le mouvement Offpunk n’est pas un style de vie, c’est un positionnement
par rapport à notre usage du numérique, une forme de quête de sevrage
numérique collective qui explore les impacts sociaux et politiques de la
déconnexion. Le mouvement tente de permettre aux individus de se
réapproprier leurs loisirs, leur citoyenneté et leurs communications
sans passer par un intermédiaire numérique incontournable. L’Offpunk ne
s’oppose nullement à Internet ou à la technologie, il cherche juste à
rendre possible une vie sans connexion permanente.
Dans son positionnement, Offpunk se rapproche plus des méthodes non
dogmatiques comme la méditation ou les techniques de guérilla.
De plus, il est particulièrement remarquable que même les activités
professionnelles traditionnellement analogues, comme l’enseignement,
soient de plus en plus envahies par le numérique. L’utilisation
d’Internet est de plus en plus liée au travail et le terme même de
« déconnexion » implique le loisir ou l’oisiveté.
En conséquence de quoi, la philosophie Offpunk défend le fait de vivre
sa vie au sens large, au-delà de la séparation travail/vie privée.
Paradoxicalement, toutes ces couches inutiles numériques dans notre vie
quotidienne rendent l’interaction analogue et directe de plus en plus
efficace ou confortable pour résoudre nos problèmes du quotidien (voir
aussi la section « Instruments Offpunk »).
Offpunk embrasse autant l’adolescent qui achète un téléphone basique et
rejoins un club luddite, un audiophile qui quitte Spotify pour se créer
une collection de vinyles ou un lecteur MP3 hors-ligne, un expert qui
utilise des systèmes de cybersécurité minimalistes. Le mouvement
comprend également les militants qui luttent contre l’obsolescence
programmée, qui installent Linux ou des ROMs dédiées sur des appareils
normalement condamnés, un indépendant qui désactive Facebook et
Instagram pour se concentrer sur ses clients directs voire une personne
âgée qui refuse le smartphone pour effectuer ses démarches
administratives.
Offpunk n’est pas de la nostalgie ! Ce n’est pas une technophobie naïve
ou une idéalisation romantique d’un passé imaginaire. C’est, avant toute
chose, la quête d’une indépendance et d’une souveraineté. Pour
paraphraser Edouardo Fernandes :
> La révolution technologique n’est pas révolutionnaire et se laisser
dépasser n’est pas réactionnaire.
Geriatria da tecnologia (textosobretela.com)
https://textosobretela.com/p/geriatria-da-tecnologia
L’esthétique Offpunk
====================
Offpunk n’a pas encore de visage, mais certains indices peuvent nous
permettre de voir à quoi il va ressembler. La première vient d’une
définition que donne Ploum de ses propres actions sur Internet :
« Technopunk », un technophile antisystème.
La complainte du technopunk ringard (ploum.net)
https://ploum.net/2025-11-17-techpunk.html
Comme mentionné plus haut, Offpunk est un positionnement envers la
technologie contemporaine, pas une utopie/dystopie ou une esthétique
visuelle culturelle, comme le sont les mouvements Solarpunk ou
Cyberpunk.
Quelques exemples :
1) En informatique, le navigateur Offpunk, qui donne son nom à ce
manifeste, et le protocole Gemini.
Offpunk browser
gemini://offpunk.net
Project Gemini (geminiprotocol.net)
https://geminiprotocol.net/
2) En design, le concept du « Forever Computer » ou le téléphone Mudita
Kompakt.
The computer built to last 50 years (ploum.net)
gemini://ploum.net/the-computer-built-to-last-50-years/index.gmi
Mudita Kompakt, a minimalist E Ink® phone. (mudita.com)
https://mudita.com/products/phones/mudita-kompakt/
3) Dans la société, le New York Luddite Club
4) Dans la culture, le roman « Bikepunk » (2024) ou le film « One Battle
After Another » (2025)
Philosophie politique du bikepunk (distinguos.net)
https://distinguos.net/blog/philosophie-politique-du-bikepunk/
> Dans One Battle After Another, l’obsolescence, le « downgrade » est
une stratégie pour conquérir sa liberté. Les personnages reviennent à
des anciens appareils personnalisables pour créer un réseau de
communication parallèle. Lorsque les nouvelles technologies
apparaissent, comme le smartphone, elles ont pour objectif de mettre les
personnages en danger, de les empêcher de réaliser leurs plans voire de
les supprimer tout simplement.
> — Edouardo Fernandes
Dans le film Germano-japonais « Perfect Days » (2023), on peut voir la
routine idyllique de Hirayama, un nettoyeur de toilettes publiques à
Tokyo, qui, dans son temps libre, prend des photographies, écoute des
cassettes audio, se déplace à bicyclette et lit des livres avant de
dormir. La particularité étant qu’il semble apprécier chaque moment de
sa vie tout en étant totalement déconnecté.
Au Japon, un pays qui a toujours cherché l’équilibre entre la modernité
et la tradition, on trouve encore partout des terminaux pour payer en
espèce, des lignes téléphoniques fixes pour conduire la majorité des
communications professionnelles et d’anciennes technologies encore
utilisées par les plus grandes entreprises, comme le fax ou les
disquettes.
En Inde, qui possède l’un des meilleurs réseaux téléphoniques du monde,
un citoyen passe en moyenne 90 appels par jour !
Priorités du mouvement Offpunk
==============================
Offpunk s’inscrit dans les luttes sociétales plus larges telles que :
1) La lutte contre la surproduction
2) La lutte contre l’obsolescence programmée
3) La lutte contre « l’Internet of Things », qui veut que chaque objet,
même le plus mondain, soit connecté, récolte des données envoyées à Big
Data, nécessite des mises à jour et des applications externes.
4) La lutte contre l’économie de l’attention
5) La réduction des heures de travail qui sont de plus en plus
virtuelles
6) Le droit au loisir, à la citoyenneté et au travail sans avoir besoin
d’un appareil numérique connecté.
7) Le droit à l’inclusion des populations précarisées ou plus âgées qui
dépendent non seulement d’un accès à un appareil numérique connecté,
mais doivent également avoir les moyens de se former et de s’adapter
pour le mettre à jour et continuer à l’utiliser en dépit des changements
introduits.
L’éditorialiste italien Giulio Cavalli disait :
> C’est vrai : la digitalisation simplifie, accélère et standardise les
procédures. Mais seulement pour ceux qui ont les moyens d’en faire
partie. Pour tous les autres, la porte du futur est en train de se
fermer.
Garantire il non-digitale è un diritto, non un ritorno al passato
(www.lettera43.it)
https://www.lettera43.it/spid-digitalizzazione-pa-esclusione-diritti-sinist…
Les outils Offunk
=================
1) Le paiement en espèce. Pratique, ne nécessitant ni électricité ni
Internet et garantissant que vos données personnelles ne sont pas
stockées, agrégées, ni revendues.
2) Les médias analogues. Garantissant qu’une communication reste
possible sans Internet et que les données vous appartiennent bel et
bien. Disques, livres, journaux, radio…
3) Les médias numériques indépendants et décentralisés. Email, sites web
« brutalistes » ou minimalistes, flux RSS, appareils photo numériques
non connectés, lecteurs MP3, dumbphones…
4) Stockage et transfert physique des données. Disques durs, clés USB,
cartes mémoires ou solutions en ligne indépendantes et contrôlées
individuellement. Afin de garantir que nos données ne dépendent pas du
bon vouloir d’un « cloud » propriétaire.
5) Des protocoles de communications décentralisés : messagerie via
Bluetooth (Bitchat), protocole Gemini, emails chiffrés, Tor, XMPP…
Les challenges
==============
1) La première difficulté est la commodité, la convénience des outils
propriétaires : amusement, normes sociales, ubiquité.
2) L’accès aux espaces sociaux qui nécessitent de plus en plus un outil
numérique : concerts, parking, cinémas, clubs de sport voire menus de
restaurants.
3) Construire des réseaux de relations, y compris professionnelles, sans
intermédiaire numérique.
Nous défendons le droit non négociable à un monde non numérique. Le
droit de partager sans algorithmes, de nous organiser socialement sans
plateformes centralisées. Le droit de ne pas être en permanence connecté
ni espionner.
Tant qu’une poignée de sociétés maintiendra un monopole sur la
technologie, tant qu’une surveillance de masse sera en place avec la
complicité des états, sans la moindre transparence sur les moyens mis en
œuvre ni l’utilisation de ces données, tant que l’économie de
l’attention pourra monnayer nos temps libres contre de la publicité,
tant que les infrastructures mettront à mal l’indépendance des pays du
Sud, tant qu’il y aura une digitalisation forcée alors que les accès à
Internet ne sont pas considérés comme un droit basique, alors la
révolution ne sera pas numérique !
Ce texte a été initialement rédigé en Portugais par Arlon de Serra
Grande et cosigné par Ploum (Lionel Dricot)
Versão em português
https://blog.ayom.media/ideiasdechirico/manifesto-offpunk
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UN PETIT MOT DE NOS SPONSORS…
by Ploum on 2026-06-26
https://ploum.net/2026-06-26-sponsor-canicule.html
Comme pour les stades ou les équipes cyclistes, il est important de
nommer les vagues de chaleur et les canicules selon les sponsors qui ont
rendu cela possible. C’est après tout la moindre des choses.
Ne dites plus « la vague de chaleur de mai 2026 » ou « la canicule de
juin 2026 » mais « la canicule Bolloré 26 » et « la canicule
TotalEnergies 26 ».
Avouez que « TotalEnergies 26 a déjà fait 115 morts » en gras dans la
presse, ça fournit une belle visibilité médiatique au sponsor !
Du coup, Patlabar s’est improvisé public-reléchionne pour les sponsors
et a fait de chouettes stickers à imprimer et à coller là où le rappel
est le plus utile. J’espère qu’il va leur envoyer sa facture.
La canicule de juin 2026 vous a été offerte par TotalEnergies.
https://ploum.net/files/sticker_total.png
Il a également fait les stickers pour celle de mai :
La canicule de mai 2026 vous a été offerte par Bolloré.
https://ploum.net/files/sticker_bollore.png
Et il prévoit déjà celle de juillet :
La canicule de juillet 2026 vous a été offerte par Lafarge.
https://ploum.net/files/sticker_lafarge.png
En 2026, TotalEnergies a clairement écrasé Bolloré. Lafarge pourra-t-
elle tenir le niveau ? Rien n’est moins sûr, les supporters lancent déjà
les paris.
Pour les prochains stickers, vous pouvez suivre Patlabar sur Mastodon:
@patlabar sur Mastodon
https://h4.io/@patlabar
PS: À propos de sponsor, l’équipe cycliste Israël-Startup Nation avait,
en 2025, subit les foudres du public sur la Vuelta, entraînant son
retrait de l’épreuve et le changement de sponsor pour 2026. Je me
demande si on verra un jour des protestations similaires pour des
équipes comme TotalEnergie ou Uno-X, qui sponsorisent le vélo en vendant
de l’essence.
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QUCOCOMA PHILIPPE SAMYN ?
by Ploum on 2026-06-01
https://ploum.net/2026-06-01-samyn.html
J’apprends avec tristesse le décès de l’architecte Philippe Samyn, un
esprit incroyable aux idées fulgurantes avec qui j’ai eu de longues et
passionnantes discussions.
Philippe Samyn - Wikipédia (fr.wikipedia.org)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Samyn
Car l’architecture était pour lui une porte d’entrée vers une
compréhension plus globale du monde. Comme lorsqu’il m’a asséné :
> — Le monde entier ne tourne qu’autour d’une seule et unique unité, qui
est le cœur de tout.
> — Euh, le dollar ?
> – Tu me déçois Lionel ! C’est le joule bien entendu. Tout tourne
autour du joule. Produire, stocker, échanger des joules. La monnaie
internationale devrait être le joule ! Les puissants sont ceux qui
exploitent la différence entre le dollar et le joule, les faibles ceux
qui fournissent des joules pour rien ou si peu.
Ou cette discussion qui me revient régulièrement où il m’exposa que
l’architecte devait construire des « ruines utiles ». Car un bâtiment ne
va être utilisé que 50, 100 ou 300 ans. Mais ses ruines durent parfois
10 ou 100 fois plus longtemps. Certaines ruines dureront autant que la
planète ! L’essentiel de la vie d’un bâtiment se fait à l’état de ruine
et il faut le prévoir dès la conception.
Avant de le rencontrer, je n’avais jamais envisagé les choses sous cet
angle. Ce qui m’a frappé en généralisant son discours, c’est à quel
point le fait de tenter d’oublier l’étape des ruines est la maladie qui
pourrit l’humanité tout entière à tous les niveaux.
Nous produisons, nous tentons de produire plus et plus rapidement sans
jamais nous préoccuper de ce que nous allons faire de toute cette
production. Nous en sommes au point d’automatiser la production
d’images, d’écrits et de code informatique avec les chatbots sans nous
poser la question des ruines que nous préparons.
Depuis plusieurs années, chaque fois que j’ai envie de me procurer un
bien matériel, je me pose consciemment deux questions : « Où vais-je le
ranger ? » et « Comment vais-je m’en débarrasser ? ». Penser
consciemment à cette question au moment de l’achat rend l’achat en lui-
même extrêmement anxiogène. Philippe Samyn avait lui poussé cette
réflexion jusque dans la conception des bâtiments.
Mais l’ingénieur architecte était également un artiste attaché à son
œuvre. Lorsque mon épouse et moi avons un jour critiqué « son » Aula
Magna, bâtiment emblématique de Louvain-La-Neuve coincé entre un cinéma
et un hôtel, il nous a déroulé, des larmes pleins les yeux, le plan de
Louvain-la-Neuve tel qu’il l’avait imaginé et comment l’Aula Magna
aurait du s’intégrer dans une superbe perspective bien plus vaste et
cohérente. Une boule de colère et de tristesse dans la gorge, il nous a
expliqué comment son projet avait été complètement dénaturé en n’en
prenant qu’une partie et en l’encadrant d’autres immeubles qu’il
trouvait hideux.
Philippe Samyn m’avait fait l’honneur de me compter parmi les bêta-
lecteurs de l’œuvre de sa vie : un ouvrage exhaustif sur l’architecture
et la société humaine, projet qu’il avait intitulé: « Qucocoma, Quoi
Comment Construire Maintenant ».
Je lui avais prédit que cette œuvre risquait de ne jamais être achevée
tant elle était ambitieuse, qu’il fallait absolument la publier par
petite partie sous peine de laisser cette tâche à ses héritiers.
Je ne pensais pas avoir raison si tôt…
Philippe Samyn s’est éteint, mais le territoire reste à jamais marqué
par ses idées.
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NE RIEN AVOIR À PENSER
by Ploum on 2026-04-10
https://ploum.net/2026-04-10-rien-a-penser.html
Se faire prendre pour des crétins parce que ça fonctionne
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Google l’annonce : il y a plus de personnes dans le monde avec un
smartphone Android que de personnes qui ont accès à de l’eau propre et
des égouts.
Cela implique, toujours selon Google, qu’il faut plus d’IA pour ces
personnes.
Non, sérieusement, je ne déconne pas. C’est vraiment ce que les gens de
Google vont raconter dans les universités dans des événements qui
ressemblent un peu à ce que des vendeurs de cigarettes pourraient
organiser dans des clubs de sport pour former la jeunesse à fumer en
offrant un an de cigarettes gratuites.
When Google brought its monorail to my campus (kconrad.substack.com)
https://kconrad.substack.com/p/when-google-brought-its-monorail
Et ils enfoncent le clou: de toute façon, personne n’a le choix
d’utiliser l’IA ou non. C’est comme ça. Exactement ce que disait
Anthropic: « Que vous le vouliez ou non, préparez-vous pour ce monde
stupide ! »
Prepare for That Stupid World (ploum.net)
https://ploum.net/2025-12-19-prepare-for-that-world.html
Mon exemple du vendeur de cigarettes semble exagéré, mais je viens
d’être témoin, dans ma ville universitaire de Louvain-La-Neuve, d’une
compétition qui consistait à faire le tour du lac en courant tout en
buvant quatre bières de 33cl. La course était sponsorisée par… une
marque de bière, bien entendu. L’université semble avoir donné sa
bénédiction pour cet événement et beaucoup d’étudiants sont assez naïfs
pour trouver ça cool…
Je suis moi-même un grand naïf. Je croyais que les personnes étaient
majoritairement moralement « bonnes ». Elles produisent souvent un
impact négatif lorsqu’elles travaillent à maximiser le profit d’une
entreprise. C’est juste qu’elles ne s’en rendent pas compte.
Mais c’est faux. Nous savons aujourd’hui que des personnes comme Mark
Zuckerberg sont tout simplement moralement inhumaines et que toutes les
personnes impliquées savent très bien ce qu’elles font et pourquoi elles
le font. Les produits Meta sont spécifiquement modifiés pour rendre les
adolescents les plus addicts possibles, pour les perturber durant leur
scolarité. Ce n’est pas une conséquence, c’est le but premier du
produit. La distraction incessante n’est pas un effet insoupçonné, c’est
littéralement ce que cherchent à faire les ingénieurs de Facebook.
TECH OVERSIGHT REPORT: UNSEALED COURT DOCUMENTS SHOW TEEN ADDICTION WAS
BIG TECH’S “TOP PRIORITY” (techoversight.org)
https://techoversight.org/2026/01/25/top-report-mdl-jan-25/
Et dire que la plupart des profs sont en mode : « Il faut vivre avec, il
faut apprendre à utiliser raisonnablement ».
Non. C’est faux et c’est complètement stupide. C’est comme donner aux
adolescents des formations, sponsorisées par Philip Morris, où ils
apprendraient à fumer « sans inhaler la fumée ». Ou leur dire que c’est
cool de courir en buvant plus de bières que ton estomac ne peut en
supporter.
La vérité c’est que la plupart des profs sont complètement addicts à
leur smartphone et que c’est plus rassurant d’enseigner son addiction
comme un truc positif que de se remettre en question.
De l’utilisation des smartphones et des tablettes chez les adolescents
(ploum.net)
https://ploum.net/2025-04-10-smartphone_ado.html
La pub nous prend pour des crétins. Elle prend les politiciens pour des
crétins. Et, expérimentalement parlant, elle a bien raison. Nous le
sommes ! Ça fonctionne encore mieux que prévu parce que, du coup, nous
allons leur donner raison et soutenir ceux qui se foutent de notre
gueule !
Regardez le RGPD et les bannières de cookies qui ennuient tout le monde
et pour lesquelles on accuse « l’Europe ».
Contrairement à une idée reçue, les ennuyeuses bannières de cookies sur
les sites ne sont pas la faute du RGPD. D’ailleurs, dans l’immense
majorité des cas, ces bannières sont illégales. Gee l’explique très
bien en BD :
Marre des bannières de cookies ? (grisebouille.net)
https://grisebouille.net/marre-des-bannieres-de-cookies?utm_source=GBRSS
Mais il y a pire : si ces bannières sont ennuyeuses, c’est parce
qu’elles ont été explicitement conçues pour ça. Et oui, pour faire
baisser le degré d’adhésion du peuple envers le RGPD. C’est une pure
manipulation politique volontaire et consciente de l’industrie
publicitaire. Ils savent très bien ce qu’ils font : nous pourrir la vie
pour décrédibiliser les institutions politiques afin de nous fourguer
plus de pub.
Lectures : de la bouffitude du Web et de l’absurde quête d’une norme
sociale (ploum.net)
https://ploum.net/2024-03-29-lectures-bouffitude-web-norme-sociale.html
La fin de l’intellectualisme
============================
Un article important sur le retour à l’oralité et le déclin de la
lecture. L’oralité, c’est l’émotion au lieu de l’information, c’est le
charisme au lieu de la vérité, c’est la manipulation au lieu de la
rationalité. C’est également la disparition de l’effort sur le long
terme.
Vers un internet post-alphabétique ? (danslesalgorithmes.net)
https://danslesalgorithmes.net/2025/12/09/vers-un-internet-post-alphabetiqu…
Cela semble alarmiste, mais, factuellement, lorsque les chercheurs
scientifiques, censés représenter l’élite intellectuelle du monde, en
sont réduits à générer des articles qui citent des articles qui
n’existent pas, cela pose quand même des questions.
Oui, c’est la fin du monde, la fin d’un monde !
La fin d’un monde ? (ploum.net)
https://ploum.net/2025-04-08-la-fin.html
Mais ChatGPT n’est que la cerise sur le gâteau. La raison réelle, c’est
que nous dévalorisons l’intellectualité depuis des décennies. Nous
valorisons le CEO qui prend des décisions aléatoires en 5 minutes. Nous
demandons à tout le monde de creuser des trous et de les reboucher pour
« faire tourner l’économie ». Nous vivons dans un monde où Julius grimpe
les échelons !
Creusez un trou et rebouchez-le ensuite (ploum.net)
https://ploum.net/creusez-un-trou/index.html
Mon collègue Julius (ploum.net)
https://ploum.net/2024-12-23-julius-fr.html
Bref, nous ne faisons que mener le monde vers sa destination la plus
logique en regard des indicateurs que nous utilisons pour l’optimiser.
C’est tout à fait normal. C’est tout à fait attendu. On ne réduira
jamais les émissions de CO₂ tant qu’on tentera de maximiser le PIB d’un
pays. Faire tourner l’économie implique de maximiser le travail et donc
de consommer le plus de joules possible. Joules qu’il faut produire en
émettant du CO₂. Les énergies dites « renouvelables » ne sont qu’une
manière d’émettre « moins de CO₂ par joule ». Ce qui est une bonne chose
en soi, mais ne résout pas le problème de base que nous cherchons
justement à consommer le plus de joules possible. Le résultat du succès
des énergies renouvelables est d’ailleurs évident : nous consommons plus
de joules, tout simplement.
Nous sommes en train de connaître la fin de l’intellectualité comme nous
avons traversé la fin de la vie privée. Non, ce n’est pas réellement la
fin. C’est juste que l’intellectualité, tout comme la vie privée avant
elle, a perdu son statut de valeur fondamentale pour devenir un truc
underground, uniquement valorisée par quelques cercles de plus en plus
considérés comme marginaux, y compris, surtout, au sein des plus
prestigieuses institutions académiques.
« Je n’ai rien à cacher » s’est subtilement transformé en « Je n’ai rien
à penser ».
Depuis les smartphones à ChatGPT en passant par les séries en streaming,
les géants technologiques se sont ligués pour nous convaincre de ne plus
penser, que penser est has been, que c’est fatigant, que ça ne sert à
rien. Nul besoin d’avoir un doctorat en sciences politiques pour
comprendre que ça arrange beaucoup de monde.
Ma défense : l’effet bibliothèque
=================================
Les chatbots ne font, au fond, qu’augmenter la disponibilité de
l’information, y compris fausse. Cette disponibilité réduit l’engagement
cognitif et donc le développement du cerveau. Cet effet était déjà
visible et étudié en 2011 comme "l’effet Google". Si nous savons qu’une
information est disponible en ligne, nous ne tentons plus de nous la
rappeler, nous la cherchons (combien de fois avez-vous pris votre
téléphone parce que vous ne vous souveniez plus du nom d’un acteur dans
un film?)
Generative AI: the risk of cognitive atrophy (www.polytechnique-
insights.com)
https://www.polytechnique-insights.com/en/columns/neuroscience/generative-a…
Ce qui est amusant à constater c’est que, bien avant d’avoir lu ces
études, j’ai instinctivement adopté la posture inverse depuis quelques
années. Je me refuse de chercher immédiatement une info. Ma motivation
était de ne pas interrompre une conversation en cours (je dissuade
d’ailleurs mon interlocuteur de sortir son téléphone) ou ne pas
interrompre mon travail en cours (je me connais, je sais que si je
cherche l’info, je suis 30 minutes plus tard en train de lire la page
Wikipédia consacrée à la biographie d’Henri IV ou à une espèce rare de
méduse en Nouvelle-Calédonie).
On pourrait arguer qu’il en est de même avec une bibliothèque. Mais je
vois des différences fondamentales.
Premièrement, il y a la composante physique : lorsque je cherche une
information dans un livre, je me déplace, je cherche dans un rayon. Mon
cerveau associe le mouvement avec la mémorisation. Ma bibliothèque a
beau être fluide et mouvante, elle garde une structure. Avec le temps,
se souvenir d’une information revient à se souvenir du déplacement à
effectuer pour aller chercher le livre.
En second lieu, les informations dans les livres sont stables et figées.
Elles peuvent être fausses, mais je sais qu’elles ne sont pas générées
pour améliorer le SEO du livre ou obtenir des likes. Elles ne se
transforment pas subitement en erreur 404.
Cette stabilité rassure mon cerveau. Celui-ci n’est pas dans la
"perception", la tentative de comprendre un environnement changeant, ce
qui est source de stress. Il est au contraire dans le familier et peut
se permettre d’extrapoler, d’imaginer, de faire des liens imprévus.
Mon bibliotaphe (ploum.net)
https://ploum.net/2024-02-19-mon-bibliotaphe.html
Bref, je donne à mon cerveau la possibilité d’être créatif, je lui offre
un espace stable où il peut expérimenter la mouvance et le changement
dans ce qu’il crée : les mots, les histoires. Ce n’est pas un hasard si
je n’écris que sur une machine à écrire ou depuis mon terminal dans un
éditeur qui change très peu depuis 40 ans (Vim). Je veux libérer de
l’espace mental pour créer et réfléchir.
Si vous avez déjà été dans une bibliothèque juste pour être au calme et
réfléchir, vous voyez très bien ce que je veux dire.
Bref, je suis un technopunk ringard… Mais ça, vous le saviez déjà !
La complainte du technopunk ringard (ploum.net)
https://ploum.net/2025-11-17-techpunk.html
Picture of Charles Babbage brain in a jar, by cogdogblog
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_Brain_Machine_(4906298386).jpg
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La première Madame Pipi de l’espace profond
by Ploum.net (billets en français uniquement) 03 Apr '26
by Ploum.net (billets en français uniquement) 03 Apr '26
03 Apr '26
LA PREMIÈRE MADAME PIPI DE L’ESPACE PROFOND
by Ploum on 2026-04-03
https://ploum.net/2026-04-03-madame-pipi-espace.html
Outre la première victoire au Tour de France d’Eddy Merckx, 1969 fut une
année qui marqua trois événements très importants.
1. Le premier homme sur la Lune
2. L’invention du système UNIX
3. La naissance de Linus Torvalds.
Deux de ces événements ont encore aujourd’hui un impact quotidien dans
votre vie.
Adolescent, j’étais fasciné par les vidéos de Neil Armstrong descendant
l’échelle du module lunaire et faisant quelques pas. Je tentais
d’imaginer ce que j’aurais ressenti si j’avais vécu cet instant.
J’espérais d’ailleurs aller un jour moi-même dans l’espace.
Il y a 20 ans, je suivais en quasi direct la découverte de Titan par la
sonde Huygens.
Mon dieu, c’est plein d’étoiles ! (ploum.net)
https://ploum.net/35-mon-dieu-cest-plein-detoiles/index.html
Aujourd’hui, pour la première fois depuis 1972, quatre humains ont
quitté l’orbite basse terrestre et sont en route vers la Lune. Cela
devrait être un truc incroyablement excitant. Mais comme le dit très
bien Kevin Boone, tout le monde semble s’en foutre.
Did somebody just launch a Moon rocket? (larsthebear.me)
gemini://larsthebear.me/moon_rocket.gmi
Le même lien sur le Web
http://larsthebear.me/moon_rocket.html
Kevin donne plusieurs explications : la catastrophe climatique et les
guerres nous rendent beaucoup moins enthousiastes envers la technologie.
Mais, surtout, notre attention est trop fragmentée pour nous rendre
compte de l’exploit, pour nous y intéresser.
> Among the many crimes that can be attributed to Google and the other
tech giants, perhaps the worst is that they've created a world in which
a Moon landing is unexciting.
Il n’empêche que quatre humains vont tourner autour de la Lune pour la
première fois de mon vivant. Trois hommes et une femme, Christina Koch,
qui est donc d’ores et déjà la femme la plus éloignée de la Terre de
l’histoire de l’humanité.
Christina Koch - Wikipédia (fr.wikipedia.org)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Christina_Koch
Et devinez quel est le rôle de Christina à bord du vaisseau sachant
qu’elle est l’astronaute la plus expérimentée des quatre ?
Je vous le donne en mille !
Elle est responsable des toilettes !
Je n’invente rien, je l’ai lu sur Wikipédia dans la section
« Spécialiste de Mission 1 ».
Page Wikipédia de la mission Artemis II
https://fr.wikipedia.org/wiki/Artemis_II#Sp%C3%A9cialiste_de_mission_1_:_Ch…
Christina Koch est donc la première Madame Pipi de l’espace profond !
Ça semble terriblement sexiste, mais, en réalité, les toilettes sont
réellement critiques dans l’espace. Les astronautes des missions Apollo
déféquaient dans des sacs en plastique à l’étanchéité douteuse et les
étrons flottants n’étaient pas rares. Il me semble avoir lu qu’un cas de
diarrhée faillit causer l’annulation d’une des missions, car il y en
avait partout.
Artemis II’s toilet is a moon mission milestone
(www.scientificamerican.com)
https://www.scientificamerican.com/article/artemis-iis-toilet-is-a-moon-mis…
Dans « Stagiaire au spatioport Omega 3000 », j’ironisais sur le fait que
les femmes astronautes n’étaient pas prêtes à laisser la responsabilité
d’être Madame Pipi à un homme.
À voir si, comme mon héros Nathan Pasavan, Chrisina Koch recevra à
l’atterrissage l’emblématique cache-poussière rose et l’assiette à
piécette, insigne historique de cette fonction honorifique…
Bref, pendant qu’ils tournent là-haut, je vous invite à (re)lire cette
nouvelle et toutes les autres qui peuplent le recueil, dont « Les filons
chocolatifères de la Lune », qui se passe également sur notre satellite.
Présentation de Stagiaire au spatioport Omega 3000 (ploum.net)
https://ploum.net/et-autres-joyeusetes-que-nous-reserve-le-futur/index.html
Commander Stagiaire au spatioport Omega 3000 (pvh-editions.com)
https://pvh-editions.com/product/stagiaire-au-spatioport-omega-3000-papier
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