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- 108 discussions
Une bulle d’intelligence artificielle et de stupidité naturelle
by Ploum.net (billets en français uniquement) 04 Apr '24
by Ploum.net (billets en français uniquement) 04 Apr '24
04 Apr '24
UNE BULLE D’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET DE STUPIDITÉ NATURELLE
by Ploum on 2024-04-04
https://ploum.net/2024-04-04-la-bulle-ai.html
La technologie derrière ChatGPT, Dall-E et autres n’est pas
révolutionnaire, elle est spectaculaire. C’est très différent. Et, comme
souvent, le spectaculaire attire une attention démesurée du grand public
par rapport aux capacités réelles de la technologie. C’est ce qu’on
appelle « une bulle ».
Et une bulle, ça finit toujours par imploser.
Mais en vrai, c’est quoi l’intelligence artificielle ?
======================================================
Rappelons qu’un logiciel est un ensemble d’instructions données à un
ordinateur par un programmeur pour donner un résultat (un « output »)
basé sur des paramètres modifiables (« l’input »). Un programme
« classique » est donc un programme qui donnera toujours un résultat
prévisible. Je vous expliquais d’ailleurs cela en détail dans un article
précédent.
L’histoire d’un bit (ploum.net)
https://ploum.net/lhistoire-dun-bit/index.html
Ce que nous appelons « intelligence artificielle » est un ensemble de
techniques, parfois très diverses, pour qu’un logiciel puisse être
« entrainé ». Au lieu de définir exactement comment va fonctionner le
logiciel, on va lui fournir des « données d’apprentissage » pour qu’il
en tire une forme de moyenne statistique. Exemple : lui montrer des
photos de terroristes et des photos de gens innocents pour, ensuite,
tenter de voir s’il détecte des terroristes inconnus parmi une foule sur
laquelle on n’a aucune information.
Mais qui est responsable si le programme développé de cette manière
désigne un innocent comme terroriste et entraine son élimination par un
drone ? Le programmeur qui a développé l’algorithme ? Il n’avait pas
conscience du cadre d’utilisation, il a juste fait un logiciel pour
différencier deux types de personnes sur base de photos. Celui qui a
sélectionné les données et qui a « oublié » d’inclure des barbus parmi
les innocents ? Celui qui, à la base de tout ça, a imaginé qu’un
terroriste était reconnaissable à son visage ?
La fameuse intelligence artificielle, ce n’est que ça : des algorithmes
statistiques sont très utiles dans certains cas très spécifiques à
condition d’être très surveillés. Mais qui diluent toute responsabilité
en cas d’erreur.
Un algo de type ChatGPT ne fait pas autre chose : pour simplifier à
outrance, il prend à chaque fois le texte de la conversation et tente de
prédire quel mot a la plus grande probabilité de suivre. Il prend
littéralement tous les mots de son dictionnaire, les rajoute à la fin de
la phrase et évalue un score pour le texte résultant basé sur la moyenne
statistique calculée durant son apprentissage.
Si je lui demande :
> Ploum: Quelle est la couleur d’un schtroumpf ?
Il va voir que, dans toutes ses données d’apprentissage, la suite de mot
« Quelle est la couleur de X ? La couleur de X est » est plus probable
que « Quelle est la couleur de X ? Banane volante à pistons ». Du coup,
il répond :
> IA: La couleur de…
Ben oui, parce que ça fonctionne aussi pour la couleur d’un marsupilami
ou de n’importe quoi d’autre. C’est une des raisons qui fait que ChatGPT
ne vous répond pas platement « bleu » comme n’importe quel humain le
fait. Parce que dans ses données d’apprentissage apparait régulièrement
qu’une réponse commence souvent en reformulant sa question.
> IA: La couleur d’un schtroumpf est…
Cette reformulation reprend des parties de la phrase. Ce n’est pas du
tout évident, mais cela donne l’impression que ChatGPT comprend ce qu’il
dit. C’est faux. C’est simplement le plus probable parmi les milliards
de possibilités de la langue française (ou de la langue schtroumpf).
> IA: La couleur d’un schtroumpf est bleue
Parce que, dans tous les textes du corpus où apparait le mot
« schtroumpf », c’est le mot « bleu » qui revient le plus souvent et qui
est souvent associé avec le mot « couleur ».
Évidemment, ce qui est le plus probable n’est pas toujours ce qui a le
plus de sens. Les personnages générés par Dall-E ont, par exemple,
souvent bien plus de doigts que nécessaire. Pour une raison toute
simple : sur une image, la probabilité est très grande que ce qui est à
côté d’un doigt soit un autre doigt. En fait, si vous me montriez une
partie de photo représentant un doigt en me demandant de parier sur ce
qu’il y a juste à côté, j’aurais tout intérêt à répondre : « un autre
doigt ! ». Ce n’est pas une hallucination, c’est un résultat entièrement
logique, statistique !
Quelques exemples de poignées de mains générées par AI. Les doigts sont
innombrables.
https://ploum.net/files/ai_fingers.jpg
Des résultats techniques spectaculaires…
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Nonobstant ce que nous appelons des « hallucinations » (un mot choisi à
dessein pour anthropomorphiser et rendre encore plus attirantes et
mystiques les IA), les résultats sont très impressionnants,
spectaculaires, imprévus. C’est un véritable show qui nous est offert
dont les hallucinations font intégralement partie.
À la base de tous les ChatGPT et consorts, on trouve une nouvelle
méthode de programmation appelée « Transformers » (oui, comme les robots
de mon enfance) inventée par 8 types chez Google (qui sont, depuis, tous
partis pour fonder leur startup AI sauf un qui a fondé une startup
blockchain).
[1706.03762] Attention Is All You Need (arxiv.org)
https://arxiv.org/abs/1706.03762
Le papier décrivant la méthode est devenu un « landmark paper ». Pour
les spécialistes, il est bouleversant, car il introduit de nouvelles
techniques, de nouvelles perspectives. Mais, pour le grand public, il
n’est finalement qu’une énième optimisation (impressionnante, je le
répète) de méthodes de machine learning qui existent et s’améliorent
depuis 40 ans. La grosse révolution, outre une amélioration
significative des performances générales, c’est d’avoir permis une mise
en parallèle des calculs. Du coup, plutôt que de devoir sans cesse
optimiser des algorithmes ou créer des superordinateurs, on peut se
contenter de mettre beaucoup d’ordinateurs en parallèle. Beaucoup comme
dans « beaucoup beaucoup beaucoup ». Et donc multiplier les performances
des algorithmes existants. Ce qui est très cool mais, selon ma
définition, pas vraiment « révolutionnaire ».
8 Google Employees Invented Modern AI. Here’s the Inside Story
(www.wired.com) visited on Mon Apr 1 20:51:01 2024
https://www.wired.com/story/eight-google-employees-invented-modern-ai-trans…
Ces améliorations de performances ont permis d’entrainer les algorithmes
sur des quantités astronomiques de données. De l’ordre de « tout ce qui
nous tombe sous la main ». Et de créer des produits attractifs pour le
grand public (ChatGPT, Dall-E, …) alors qu’à la base, l’algorithme
visait surtout à automatiser les traductions.
Un enthousiasme naïf qui l’est encore plus !
============================================
Si ces nouvelles techniques sont spectaculaires, la vitesse avec
laquelle les investisseurs et les entreprises se sont engouffrées dans
le buzz l’est encore plus. Comme le dit très bien Cory Doctorow, de
nombreuses boites AI se sont créées avec des technologies incapables de
remplacer un travailleur humain, mais avec une équipe marketing capable
de convaincre votre patron que c’est bien le cas.
Et chaque patron découvrant ChatGPT se sent soudain dans l’urgence
d’investir dans l’AI, de peur que le concurrent le fasse avant lui.
C’est parfois très con un CEO. Surtout quand ça a peur de rater le
coche.
Petit aparté : si vous apprenez l’existence d’une technologie à travers
la presse généraliste, c’est trop tard. C’est que vous êtes le dernier
couillon à en ignorer l’existence. Et c’est vous qui allez constituer la
dernière couche de la pyramide de ponzi qu’est la bulle spéculative sur
ce sujet. Bref, vous êtes le pigeon. Face à un enthousiasme exubérant
dans un domaine qui n’est pas le vôtre et sur lequel vous arrivez sur le
tard, il n’y a qu’une chose à faire : rien. Attendre que tout se tasse
et tirer les leçons des échecs ou réussites des uns ou des autres.
Se jeter dans la bulle AI, c’est un peu comme aller voir Titanic en
pariant qu’il ne va pas couler à la fin. D’ailleurs, ils sont déjà en
train de se casser la gueule : les fournisseurs d’AI ont dépensé 50
milliards de dollars pour des pelles, pardon des puces Nvidia et ont
fait… trois milliards de chiffre d’affaires. L’action Nvidia, elle, a vu
sa valeur multipliée par 9 en 15 mois. Comme dit le proverbe « Pour
s’enrichir durant une ruée vers l’or, vendez des pelles ! »
Tous les CEO qui ont investi dans l’AI commencent à se rendre compte que
c’est, en fait, très compliqué ce machin, qu’il y a peu de résultats,
qu’on ne peut pas faire confiance dans ces résultats et qu’ils ne
dorment plus la nuit par peur que des données privées soient exposées
par les AI ou qu’ils soient attaqués pour non-respect du copyright.
When Will the GenAI Bubble Burst? (garymarcus.substack.com)
https://garymarcus.substack.com/p/when-will-the-genai-bubble-burst/
D’ailleurs, je vous alertais déjà l’année passée sur la problématique
d’utiliser des datas privées pour entrainer une IA et sur le fait que, à
un moment ou un autre, un petit malin arriverait à les faire ressortir.
Ou, du moins, à faire croire qu’il les a ressorties, même si ce sont des
hallucinations.
Modern AI and the end of privacy (ploum.net)
https://ploum.net/2023-02-15-ai-and-privacy.html
La fin du film est encore plus prévisible qu’un Marvel du mois d’août :
les boites IA commencent à couler.
Stability AI reportedly ran out of cash to pay its AWS bills • The
Register (sebsauvage.net)
https://sebsauvage.net/links/?Vwkq4g
La décadence et la chute
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La technologie a beau être géniale, elle nécessite énormément
d’électricité et coute un pognon de dingue. Et puis il faut l’entrainer
sur le plus de données possible. C’est-à-dire sur tout ce qui a jamais
été posté sur Internet auquel on a accès. Sauf que, ben… ce n’est pas
suffisant. Surtout que les gens ne postent plus sur Internet, mais sur
des plateformes privées avec lesquelles il faut signer des contrats pour
avoir accès aux données.
Feeding the Machine (winter)
gemini://rawtext.club/~winter/gemlog/2024/4-02.gmi
Pour résumer, on assiste, comme d’habitude, à une belle bulle, une
parfaite ruée vers l’or. Avec des vendeurs de pelles (Nvidia) et des
vendeurs de mines (Reddit, Facebook et tous ceux qui ont les données).
Les mineurs vont, pour la plupart, faire faillite. Toute bulle finit par
imploser. La seule question est de savoir si ce que la bulle laissera
comme débris sera utile (comme l’ont été les infrastructures réseau
financées pendant la bulle du web en 2000) ou s’il ne restera que ruines
et destruction (comme la bulle des subprimes en 2008).
Ces dernières sont les pires bulles : elles détruisent activement une
infrastructure existante. Exactement ce que la bulle AI est en train de
faire avec le web en le merdifiant au-delà de tout espoir de sauver quoi
que ce soit. Et en pourrissant toutes les données avec lesquelles
s’entraineront les prochaines générations AI.
La bulle actuelle est peut-être en train d’utiliser la connaissance
accumulée pendant des décennies pour la diluer irrémédiablement dans sa
propre merde, détruisant, en quelques mois, le travail de milliers de
chercheurs pour les décennies à venir. Car, dans dix ans, comment
pourra-t-on créer des jeux de données importants dont on soit sûrs
qu’ils ne contiennent pas de données générées par d’autres algorithmes ?
Drowning in AI Generated Garbage : the silent war we are fighting
(ploum.net)
https://ploum.net/2022-12-05-drowning-in-ai-generated-garbage.html
Finalement, l’AI ne fait que répéter, en vitesse accélérée, ce que le
consuméro-capitalisme inspiré d’Ayn Rand applique à toute la planète
depuis Tatcher et Reagan : promettre un futur incroyable en détruisant
le présent pour en revendre les décombres dix fois le prix, ne léguant
finalement que des cadavres, des ruines fumantes, des déserts de déchets
et un air irrespirable.
Je me pose cette simple question : et maintenant ?
On a ChatGPT, on a Dall-E. On ne peut pas leur donner plus de données
d’apprentissage. On ne peut pas leur donner plus d’électricité ni plus
d’ordinateurs. Les augmentations de performance purement algorithmique
sont incroyablement rares, difficiles et imprévisibles. Du coup, on fait
quoi avec nos bots de discussion qui spamment tous le web ? On rend les
codeurs plus rapides avec Github Copilot ? Super, on va pondre encore
plus de code que personne ne comprend, dont personne n’a la
responsabilité. Mais pourquoi ?
Keynote Touraine Tech 2023 : Pourquoi ? (ploum.net)
https://ploum.net/2023-03-30-tnt23-pourquoi.html
Beaucoup pensent que ChatGPT est l’aube d’une révolution, d’un nouveau
paradigme. Je pense, au contraire, qu’il représente la fin,
l’aboutissement technologique à la fois des techniques algorithmiques,
mais également de la parallélisation et de la mise en réseau globale des
connaissances humaines.
Nous avons trop souvent tendance à confondre l’aube avec le crépuscule.
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CHANGEMENTS DE PARADIGMES
by Ploum on 2024-04-02
https://ploum.net/2024-04-02-paradigmes.html
Lorsque je lisais, dans les années 1990, des Spirou et Fantasio se
passant dans les années 50 ou 60, le monde me semblait très proche du
mien. Certes, les voitures avaient des formes différentes, les
téléphones avaient des cadrans rotatifs à la place des touches, il y
avait des pompistes pour servir l’essence et des juke-box à la place des
chaines hifis. Mais, globalement, tout était reconnaissable.
Lorsque mon aînée a dû passer un test de vue, vers 5-6 ans,
l’ophtalmologue lui a demandé de reconnaître des images stylisées sur
une vieille diapositive.
— Une maison !
Il s’approche alors de nous et nous dit qu’elle a un gros problème de
vue. Mon épouse et moi nous écrions en même temps : « Mais c’est un
téléphone à cadran ! Un objet qu’elle n’a jamais vu de sa vie et dont
elle n’a même pas entendu parler ! »
En 2007 est apparu le smartphone, qui succédait au GSM lui-même
popularisé fin des années 90, début des années 2000. Un GSM qui, jusque
là, à cause de son coût et de son manque de réseau, ne remplaçait jamais
totalement le téléphone fixe. Je me souviens d’un camp scout où les
chefs disposaient d’un GSM en cas d’urgence. Ledit appareil ne
fonctionnait qu’en haut de la colline… à côté de la cabine téléphonique.
Le changement de paradigme des téléphones mobiles est radical,
effrayant. Nous sommes en permanence connectés. Nous « chattons »
partout et tout le temps, un truc à peine imaginable avant les années
2000.
Je me souviens d’avoir lu, vers cette époque, un article expliquant que
certains nerds de San Francisco discutaient via Internet avec leurs
propres colocataires qui étaient dans la chambre d’à côté. C’était
hallucinant, incompréhensible. C’est aujourd’hui la norme.
Le monde de Spirou et Fantasio semble incroyable à mes enfants : pas
d’ordinateur, pas d’Internet, pas de téléphone mobile, pas de GPS. Pas
moyen de se contacter instantanément ni de savoir où on est ! La plupart
des auteurs de fiction modernes en sont réduits à utiliser des
subterfuges narratifs pour contourner l’hyperconnexion : il n’y a
justement pas de réseau dans la maison hantée, les randonneurs dans la
forêt ont justement laissé leur GSM tomber dans la rivière. Parfois, ils
utilisent cette psychose qui affecte désormais l’immense majorité de
l’humanité : « Mon Dieu, je n’ai presque plus de batterie ! »
Nous avons vécu, ces 20 dernières années, une révolution comparable à
l’électrification des ménages. Il est encore trop tôt pour en tirer les
impacts réels à long terme.
Mais une chose est sûre : ces impacts seront plus importants que tout ce
que nous pouvons imaginer.
Pourtant, la frénésie médiatique autour des blockchains puis de l’IA me
fait dire que cela sent la fin de la période « folle », de ce temps
d’exubérance, d’enthousiasme où l’on découvre chaque jour de nouvelles
applications à ce nouveau paradigme. Un peu comme l’enthousiasme pour la
voiture qui a eu lieu entre 1920 et 1960, nous promettant les voitures
volantes et, à la place, remplaçant les trains par des autoroutes. Le
paradigme une fois installé, le marketing a tenté, avec un succès
certain, de maintenir l’enthousiasme sur des détails : le look de la
voiture, le confort, l’ordinateur de bord, la frime ou, plus récemment
avec les voitures électriques, l’aspect pseudoécologique. Mais toujours
avec un paradigme bien installé.
Ce nouveau paradigme de l’ubiquité d’Internet, nous allons désormais en
découvrir le prix à payer, ses inconvénients, les changements qu’il va
avoir sur l’espèce toute entière. En bien comme en mal.
Inutile de lutter : comme pour l’électrification, il n’y aura pas de
marche arrière. Ce n’est d’ailleurs certainement pas souhaitable.
Il est sans doute fini le temps de l’innovation à tout prix comme outil
marketing, de la quête de nouvelles manières d’utiliser Internet afin de
faire le buzz. La révolution est là, elle a eu lieu. Elle a été
tellement rapide qu’elle a laissé de côté beaucoup d’enjeux à long
terme, qu’elle a donné un pouvoir démesuré à quelques psychopathes qui
comptent bien l’exploiter. Il est temps de consolider, d’observer et
d’analyser ce que nous avons fait, de développer plus « sagement » en
réfléchissant aux impacts de ce que nous faisons.
L’ubiquité de l’électricité, l’ubiquité de la voiture, l’ubiquité
d’Internet : des changements de paradigme fondamentaux.
Quel sera le suivant ? C’est la question à plusieurs centaines de
milliards. Personnellement, je ne peux que croiser les doigts pour que
ce soit remettre en cause l’ubiquité de la voiture.
> Adapté de mon journal du 29 mars 2024
Image issue de Camille Flammarion et coloriée par Heikenwaelder Hugo
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Universum.jpg
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Lectures : de la bouffitude du Web et de l’absurde quête d’une norme sociale
by Ploum.net (billets en français uniquement) 29 Mar '24
by Ploum.net (billets en français uniquement) 29 Mar '24
29 Mar '24
LECTURES : DE LA BOUFFITUDE DU WEB ET DE L’ABSURDE QUÊTE D’UNE NORME
SOCIALE
by Ploum on 2024-03-29
https://ploum.net/2024-03-29-lectures-bouffitude-web-norme-sociale.html
La quête absurde de norme sociale
=================================
Alexander Plaum appelle les diffuseurs européens à rejoindre Mastodon.
Public Broadcasters of Europe, Let's All Join Mastodon! (www.ebu.ch)
https://www.ebu.ch/news/2024/03/public-broadcasters-of-europe-lets-all-join…
Une fois de plus, l’article commence par énoncer ce qu’est la
"fédération". Je trouve ça déprimant, car, fondamentalement, c’est le
fonctionnement même d’Internet et de l’email. Le fait que l’on pense
nécessaire de l’expliciter à chaque fois que l’on parle de Mastodon est
effrayant : cela prouve que tous ceux qui viennent de comprendre comment
fonctionne Mastodon n’avaient, en fait, jamais compris comment
fonctionnait Internet et pensent que c’est un truc nouveau. Les
plateformes centralisées nous ont infligé un dommage intellectuel
peut⁻être irréparable en nous privant de tout modèle mental.
La conclusion est également déprimante : il ne comprend pas pourquoi
personne ne s’intéresse à Mastodon alors que tous ceux qui y vont disent
que ça fonctionne, qu’ils ont plein d’interactions.
Ce qui me fascine, c’est le concept de "normalité". Je constate que
beaucoup de personnes autour de moi refusent d’utiliser Signal, Mastodon
ou même autre chose que Google, car elles veulent activement être
"normales". Elles refusent de dévier de ce qu’elles imaginent être "la
norme".
Or, la norme est par définition la moyenne des comportements avec
lesquels vous interagissez. Elle est autocentrée. La norme est donc
différente pour chaque individu. Il n’existe aucune normalisation
sociale universelle. Les personnes qui cherchent à se normaliser se
basent donc sur une norme purement imaginaire. Il en va de même des
rebelles réactionnaires qui rejettent par principe ce qu’ils pensent
être la norme (alors que ce rejet est, parfois, la norme elle-même).
Une fois qu’on a compris l’absurdité du concept de norme sociale, on
peut commencer à s’affranchir des influences exogènes et se poser des
questions personnelles : qu’est-ce qui est juste pour moi ? Qu’est-ce
qui respecte mes valeurs humaines ?
C’est peut-être pour cela que vous voyez dans ces billets autant de
liens vers des articles publiés sur Gemini. Par essence, les personnes
qui postent sur Gemini ne cherchent pas à se normaliser. Elles ne
cherchent pas d’audience (vu qu’elle est à peu près inexistante sur
Gemini). Ce manque d’audience libère également de la pression sociale :
votre employeur ou votre famille a peu de chances de trouver vos écrits
sur Gemini et encore moins de les associer à votre identité si vous
utilisez un pseudonyme. Ce n’est certainement pas un hasard si le
fondateur de Gemini, Solderpunk, est lui-même pseudoanonyme. La
dynamique de ce réseau fait que ce que je lis sur Gemini est
essentiellement libre, spontané, naïf.
Bref, humain.
Rappelez-vous cela la prochaine fois que l’on vous obligera à mettre
votre nom réel sur une plateforme en justifiant que cela rend les débats
plus civils. En fait, l’expérience prouve que c’est exactement le
contraire : avec notre vrai nom, nous sommes forcés d’obéir à une norme
imaginaire sans possibilité d’abandonner nos anciennes idées périmées.
Vous êtes surveillance
======================
Piqûre de rappel régulière : votre nom véritable permet d’accentuer le
ciblage dont vous êtes l’objet. Car oui, vous êtes sous surveillance
permanente et, oui, ça peut avoir un impact. Une auteurice de romance
utilisant Google Drive pour écrire ses textes a vu son compte Google
suspendu pour avoir écrit des textes sexuellement explicites. Dans son
Google Drive.
Partage sur Mastodon d’un post Instagram décrivant la suspension d’un
compte Google
https://fandom.ink/@Rozzychan/112161902225538242
Je l’ai déjà dit et je le redis : vos comptes peuvent être suspendus
sans aucun avertissement, sans aucun recours et sans même une raison
valable. C’est arrivé à un de mes amis chercheur à l’université qui a
tout perdu, même l’accès à ses apps et n’a pu récupérer son compte que
parce qu’il connaissait quelqu’un travaillant chez Google. Il n’a jamais
eu d’explication.
Et si vos comptes disparaissaient demain ?
https://ploum.net/et-si-vos-comptes-disparaissaient-demain/index.html
Et même si vos comptes ne sont pas suspendus, chez les GAFAM, leur
contenu est en permanence analysé par des algorithmes qui tentent de
vous classifier comme pédophile, terroriste, pirate de contenu voire,
linuxien ou écologiste.
Et c’est bien pire que ce que vous pensez. Dernier exemple en date :
Facebook partage avec Netflix et Spotify les messages privés des ses
utilisateurs pour les aider à mieux cerner les tendances.
Facebook let Netflix see user DMs, quit streaming to keep Netflix happy:
Lawsuit (sebsauvage.net)
https://sebsauvage.net/links/?LZ9hxA
La pourriture volontaire du marketing
=====================================
Sur le Web traditionnel, « normal », j’entends régulièrement des
personnes pester contre les lois européennes qui nous pourrissent la vie
avec les popups nous forçant à accepter les cookies. Les commerçants se
plaignent également de devoir complexifier leur site web.
Rappelons une chose : le RGPD n’exige en aucun cas de vous ennuyer avec
les cookies. En fait, l’immense majorité des bandeaux qui vous embêtent
sont illégaux selon le RGPD.
There is no EU cookie banner law (www.bitecode.dev)
https://www.bitecode.dev/p/there-is-no-eu-cookie-banner-law
Sur Ploum.net, vous n’avez rien à accepter et pourtant je respecte le
RGPD. Tout simplement parce que je n’utilise pas ni ne revends pas vos
données. Et même si je le faisais, je pourrais simplement utiliser la
fonctionnalité « Do Not Track » de votre navigateur.
Les bandeaux d’acceptation de cookies que vous voyez ont tous été conçus
par une poignée d’entreprises qui ont, volontairement et consciemment,
décidé de vous rendre la vie la plus merdique possible afin de vous
faire croire que le RGPD était une mauvaise idée. C’est une
manipulation mensongère consciente, assumée et parfaitement illégale.
De la légalité des bannières de consentement IAB
(www.pixeldetracking.com)
https://www.pixeldetracking.com/fr/le-consentement-en-pratique
Vous sous-estimez à quel point les gens qui travaillent dans le
marketing sont de dangereux psychopathes connards et menteurs qui n’ont
qu’un seul objectif : vous pourrir la vie pour une poignée d’euros. En
fait, c’est la définition même de leur métier.
Simplifier son usage du téléphone
=================================
Un autre exemple de la merdification que nous acceptons dans nos vies :
Corscada a enlevé Facebook Messenger et Instagram de son téléphone. Son
autonomie est immédiatement passée de 5-8h à 24h. L’utilisation de ces
plateformes à un coût énorme. Non seulement sur votre attention, sur
votre temps de vie disponible, mais également sur votre mode de vie :
lorsqu’on est addict à son téléphone et qu’on doit le charger toutes les
5h, on ne vit pas la même vie que si on le charge tous les deux jours.
Sans compter qu’on sera plus susceptible d’acheter un nouveau téléphone
lorsque l’ancien sera « mort » (bah oui, la batterie ne tient plus que
3-4h, il me faut un nouveau).
Accidentally optimising for battery life (corscada.uk)
gemini://corscada.uk/dump/2024-03-19-optimising-for-battery-life.gmi
Booteille a poussé l’expérimentation encore plus loin en passant 3 ans
sans téléphone. Mais, pour être honnête, il n’avait ni femme ni enfant.
C’est d’ailleurs à cause de ses sentiments pour une fille qui ne
répondait pas à ses emails qu’il a fini par craquer et en reprendre un.
3 ans sans téléphone portable, mon expérience (blog.dreads-unlock.fr)
https://blog.dreads-unlock.fr/3-ans-sans-telephone-portable-mon-experience/
La « bouffitude » du web
========================
L’impact du web moderne n’est pas tellement sur la taille des sites web,
qui n’a finalement été « que » multipliée par 1000. Mais surtout sur la
puissance des processeurs nécessaires à faire le rendu. Dans cet
exemple, Dan Luu montre qu’il n’est pas capable d’utiliser un forum
Discourse (pourtant pas le site le plus lourd) avec un processeur qui
n’est « que » 100.000x plus rapide que son vieux 286. Vieux 286 qui lui
permettait exactement le même usage que Discourse à travers les BBS sur
une connexion de 1200 bauds.
How web bloat impacts users with slow devices (danluu.com)
https://danluu.com/slow-device/
Il faut donc des appareils un million de fois plus puissant que ceux
d’il y a 40 ans pour accomplir… la même chose ! Nous sommes en train de
recréer artificiellement une fracture numérique en excluant celleux qui
n’ont pas la possibilité ou la volonté de mettre à jour leurs appareils
tous les 4-5 ans. Et cela, sans raison… Dan Luu note que la plupart des
appareils qui n’arrivent pas à afficher des pages web « modernes » sont
capables de faire tourner des jeux 3D comme PUBG à 40FPS. Des jeux
inimaginables il y a 30 ans peuvent tourner sur le processeur. Mais des
pages web pas tellement différentes de celles d’il y a 30 ans ne passent
plus.
Le reste de l’article plonge dans les détails et explore les délices des
arguments des développeurs qui considèrent qu’on tend vers une puissance
CPU infinie et qu’il faut donc optimiser pour la bande passante, pas le
CPU. Ce que je trouve fascinant avec cette approche, c’est de considérer
que puisqu’il existe des CPUs puissants, il faut absolument les faire
travailler ! Et tout le monde peut se les payer. Du moins, les gens qui
comptent. Voilà…
Offline Fur Sock
================
Vous savez que je pratique la démarche exactement opposée en développant
un navigateur web minimaliste en ligne de commande et fonctionnant
déconnecté.
Offpunk, un navigateur déconnecté pour le smolnet
https://sr.ht/~lioploum/offpunk/
À propos d’offline, Solderpunk, le créateur du protocole Gemini, annonce
la création d’un challenge consistant à développer en un mois une petite
application offline permettant de se passer d’une interaction en ligne.
Announcing OFFLFIRSOCH 2024 (solderpunk)
gemini://zaibatsu.circumlunar.space/~solderpunk/gemlog/announcing-offlfirsoch-2024.gmi
Quand on y pense, c’est particulièrement absurde que, pour calculer une
température en Farenheit ou la valeur en euro d’un prix en dollar, nous
chargions une page web bourrée de traqueurs, que nous lancions des
centaines de requêtes qui seront interprétées par des algorithmes
"intelligents" hyper consommateurs de ressource dans d’immenses data
centers. Tout ça pour faire une satanée multiplication que n’importe
quel ingénieur de plus de soixante ans fait de manière bien plus rapide
avec sa règle à calcul !
Du coup, grâce à Solderpunk, j’ai découvert l’application en ligne de
commande "units" qui est parfaite et hyper intuitive à utiliser (un
petit "sudo units_cur" est cependant nécessaire pour mettre à jour les
taux de change).
Être moins en ligne est également incroyablement positif pour la
programmation. Je pense que lorsqu’on cherche "comment résoudre un
problème" et qu’on trouve plein de solutions à tester, on n’apprend
rien. On ne fait que répéter aveuglément. Le problème de base en
informatique est de ne pas avoir un modèle intellectuel sous-jacent. Or,
ce modèle se crée et s’affine par l’apprentissage. En appliquant
aveuglément des solutions, nous n’apprenons pas. Nous n’améliorons pas
notre modèle mental.
En étant déconnecté, je me suis surpris à lire les pages de manuel des
applications que j’utilise, forçant la construction d’un modèle mental.
Dans certains cas, j’ai même été jusqu’à lire le code source afin de
comprendre exactement ce que je devais faire. Cette étape a été une
révélation : soudainement, au lieu d’appliquer des paramètres aléatoires
en tentant de "deviner" ou retenir par cœur, je me suis surpris à
comprendre exactement ce que le code faisait et donc comment il fallait
utiliser l’application, gagnant du temps sur le moyen et le long terme.
Mais il est tellement difficile d’accepter de sacrifier un peu de temps
sur le court terme. Il est tellement rare dans notre société de ne pas
chercher une solution "rapide", mais, au contraire, d’investir sur le
long terme dans la compréhension et la maitrise des outils que nous
utilisons.
D’ailleurs, ce n’est peut-être pas un problème confiné à l’informatique…
À demain !
==========
Bon, ce n’est pas tout, mais on se voit samedi à Trolls & Légendes sur
le stand PVH ?
Ploum - Trolls & Légendes (trollsetlegendes.be)
https://trollsetlegendes.be/ploum/
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Se rencontrer prochainement à Mons ou à Paris
by Ploum.net (billets en français uniquement) 25 Mar '24
by Ploum.net (billets en français uniquement) 25 Mar '24
25 Mar '24
SE RENCONTRER PROCHAINEMENT À MONS OU À PARIS
by Ploum on 2024-03-25
https://ploum.net/2024-03-25-rencontres-paris-avril.html
> En bref : je serai à Trolls & Légendes le samedi 30 mars et au
Festival du livre de Paris le samedi 13 avril. Avant une soirée ouverte
à tou·te·s le même jour à la librairie « À Livr’Ouvert ».
Ces derniers temps, j’ai l’énorme chance de recevoir pas mal de mails de
votre part, dont beaucoup pour me remercier ou m’encourager. Lorsque le
message ne le demande pas, je n’y réponds pas. À la fois par besoin de
gérer mon temps, mais aussi, en toute honnêteté, parce que c’est un peu
absurde de surcharger le réseau avec des « Merci pour votre merci ».
Mais que les choses soient claires : je lis (et relis parfois plusieurs
fois) chacun de vos messages. Ils m’encouragent et me font chaud au
cœur. Que soient ici mille fois remerciés ceux qui prennent le temps de
me contacter ! Et je lis tous les liens que vous me recommandez, je suis
très intéressé par vos propres écrits.
Mais ce qui est vraiment chouette, c’est de se rencontrer en chair et en
os lorsque l’occasion s’y prête. Et, justement, c’est le cas !
Trolls & Légendes, Mons, samedi 30 mars
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Le samedi 30 mars, je serai au festival Trolls & Légendes à Mons.
Rendez-vous sur le stand des éditions PVH.
Ploum - Trolls & Légendes (trollsetlegendes.be)
https://trollsetlegendes.be/ploum/
Je ne serai présent que le samedi. Je le précise, car, l’année passée,
certains ont demandé après moi le dimanche. Et ça me fait mal au cœur de
se rater. Cette année, je prends mes boules quies. Parce qu’une journée
complète à se taper des reprises d’Iron Maiden au biniou dans un hangar
qui résonne, ça laisse des séquelles.
Paris, samedi 13 avril
======================
Le samedi 13 avril à Paris sera pour moi une grosse journée. Tout
d’abord, le matin, je vais souhaiter un joyeux anniversaire à ma maman
(rappelez-le-moi si j’oublie !).
Ensuite, je serai au Festival du livre de Paris de 13h30 à 15h sur le
stand « Livre Suisse » (B21).
Ploum au Festival du Livre de Paris (www.festivaldulivredeparis.fr)
https://www.festivaldulivredeparis.fr/fr/dedicaces/view/4679/stagiaire-au-s…
Si vous êtes dans le coin, venez faire un coucou parce que quand je vois
la liste des auteurs présents, j’ai vraiment l’impression d’être le
petit belge bouseux qui débarque de sa cambrousse. En plus, je serai sur
un stand suisse (parce qu’y’a des blagues, c’est plus rigolo quand c’est
un Belge. Si ! Si on est suisse…).
À 15h, je m’éclipse pour me rendre dans le 11e arrondissement, en
compagnie de Gee (mais si, celui de Grisebouille et de Superflu Riteurnz
himself!), à la librairie « À Livr’Ouvert » tenue par Bookynette, la
présidente de l’April (rien que ça).
Samedi 13 avril - Présentation des éditions PVH avec Gee et Ploum
(www.alivrouvert.fr)
https://www.alivrouvert.fr/rencontres/2024/0413-pvh/
Au menu, une rencontre en toute décontraction avec deux auteurs
profondément geeks et libristes ainsi qu’une présentation de la
philosophie de l’édition libre et de la maison d’édition PVH par son
fondateur, Lionel Jeannerat qui, cerise sur le gâteau, offre un apéro
typiquement suisse ! À ne pas manquer si vous êtes sur Paname ce jour-
là, ça va vraiment être très cool !
Les rencontres, comme mes écrits, sont libres
=============================================
Je le précise parce qu’on me l’a déjà demandé : l’achat de livres est
entièrement facultatif (sauf quand mon éditeur surveille, bien entendu).
Vous êtes les bienvenus pour discuter et échanger sans aucune obligation
d’achat. Oui, vous avez le droit d’apprécier mon blog et de ne pas être
intéressé par des romans de SF (ou de préférer les pirater sur libgen).
D’ailleurs, entre nous, ça me fait très plaisir de rencontrer des
lecteurs de mon blog. Il y a des moments où, sur un stand de dédicace,
on se sent parfois seul. Sauf si, bien sûr, on s’appelle Henri
Lœvenbruck et qu’on a en permanence trois cents lecteurs qui font la
queue en hurlant votre prénom. Ce n’est heureusement pas mon cas,
n’hésitez pas à venir faire un coucou, à me conseiller vos lectures ou
vos BDs préférées.
Cette année, je fais l’impasse sur les Imaginales et ne serai finalement
pas à Ouest Hurlant, mon prochain roman n’étant disponible qu’en
octobre. Il est très différent de Printeurs et je pense qu’il va vous
plaire. Je suis impatient de vous le partager. Si vous êtes libraire ou
organisateur d’une conf ou d’un festival, n’hésitez pas à me contacter
ou à contacter mon éditeur. Ce sera un plaisir de voyager en
francophonie pour vous le présenter.
Au plaisir de vous rencontrer !
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LA NOUVELLE INFORMATIQUE
by Ploum on 2024-03-21
https://ploum.net/2024-03-21-nouvelle-informatique.html
Je suis un geek addict. L’informatique est ma passion, ma drogue.
J’aime la sensation de poser mes doigts sur un clavier. J’aime
configurer, mettre à jour, découvrir des nouveautés, investiguer les
problèmes, trouver des solutions.
Comme beaucoup de passionnés d’informatique, j’aime l’outil plus que le
résultat.
Parfois, je tente de me convaincre que mon seul objectif est d’être plus
productif ou plus ergonomique. Si je dois accomplir une tâche répétitive
et barbante de deux heures, je vais à la place passer deux jours à créer
un programme qui le fera pour moi. Avec l’impression d’avoir gagné du
temps. Lorsqu’une mise à jour d’un logiciel que j’utilise est annoncée,
je suis intéressé, voire, parfois, excité par l’attrait de la nouveauté.
L’immense majorité de l’humanité n’est pas dans mon cas. Mais
l’infrastructure informatique mondiale est conçue par des gens comme
moi. Des gens qui aiment chipoter et qui, consciemment ou non, forcent
leurs utilisateurs à devenir comme eux.
Ce chipotage auquel je prenais naturellement du plaisir nous est
désormais imposé uniformément. Nous devons tout le temps mettre à jour
notre ordinateur, nous habituer aux changements d’interface, regarder
les notifications du système lui-même nous annonçant des mises à jour.
Les systèmes informatiques, y compris votre montre connectée et votre
téléphone, ont été conçus par des geeks comme moi qui aiment la
nouveauté, qui aiment améliorer sans cesse. Ces geeks sont désormais
noyautés par des designers qui justifient leur salaire en changeant
constamment les interactions, en annonçant en fanfare un nouveau logo.
Voire en créant le débat sur l’introduction ou le retrait d’une nouvelle
fonctionnalité.
Toutes ces actions ne sont pas anodines. Elles servent à mettre les
plateformes elle-même au centre de l’attention. Les modifications des
algorithmes Facebook ou le changement de l’icône d’Instagram sont
désormais des faits de société qui font la une des plus grands médias.
Ce ne sont pas des outils, contrairement à ce qu’ils prétendent. Ce sont
des superorganismes qui cherchent à monopoliser l’attention et le
pouvoir. Les dénoncer ne fait que les renforcer. La seule lutte valable
c’est la seule action qu’ils redoutent : l’indifférence.
C’est exactement l’effet qu’à eu sur moi la suppression de mes comptes.
La plupart des plateformes me sont devenues indifférentes. Je ne suis
plus un critique acerbe de Facebook, de Twitter ou de LinkedIn : je n’y
suis plus, ces plateformes n’ont plus rien à voir avec moi.
En tant que développeur logiciel, cette expérience m’a également ouvert
les yeux sur la direction globale prise par l’industrie : le non-respect
de l’utilisateur. Non seulement ses données sont exploitées, mais le
logiciel est souvent intrusif. Les changements permanents empêchent
l’utilisateur d’apprendre, de se former, d’acquérir des réflexes. Il est
devenu impossible de maitriser l’outil parce que l’outil change
constamment, il échappe au contrôle de l’utilisateur. La migration vers
ce qu’on appelle "le cloud" ne fait qu’accentuer de manière dramatique
cette tendance. L’outil est mis à jour sans aucun contrôle de
l’utilisateur. Les données sont arbitrairement confisquées, que ce soit
temporairement ("problème technique"), de manière permanente ("compte
supprimé pour un non-respect non précisé de clauses de toute façon
illisibles") ou lors d’une extorsion ("l’espace des comptes gratuits est
désormais réduit, upgradez vers notre offre professionnelle pour
récupérer les fonctionnalités auxquelles vous êtes désormais habitué").
Dans l’école primaire de mes enfants, des initiations à l’informatique
enseignent… à créer des présentations PowerPoint. En Belgique, les sites
officiels du gouvernement qui ont besoin de situer précisément votre
adresse utilisent… Google Maps. Ma commune annonce le don de matériel
informatique aux associations en précisant qu’elle fournira également
une licence Windows récente. D’une manière générale, il est communément
admis que chaque citoyen "normal" dispose d’un compte Google, compte
connecté à un appareil contrôlé soit par Apple, soit par Google. Un
appareil auquel nous devons en permanence donner le droit de contrôler
notre temps et notre emploi du temps.
Si j’ai abandonné Whatsapp, de plus en plus de mes contacts sont sur
Signal. Et Signal n’échappe pas à la "malédiction de la messagerie", à
savoir que tout message reçu mérite une réponse immédiate. La
propriétaire de la maison que je louais s’est emportée de ne pas
recevoir de réponse à ses messages Signal parce que j’ai eu le malheur
de couper mon téléphone durant 24h pour cause de maladie. À l’opposé,
consultant mon téléphone en voyage pour vérifier l’heure d’un train, il
m’est arrivé de recevoir des messages stressants, mais absolument non
urgents, me décentrant complètement du moment présent. Ou d’être informé
qu’une mise à jour devait absolument avoir lieu juste au moment où je
souhaitais trouver en urgence un numéro de téléphone.
Le fil conducteur de toutes ces interactions est que nous n’avons plus
aucun contrôle sur ces couches technologiques. Nous n’en sommes plus des
utilisateurs, nous en sommes les ressources exploitées, les victimes. Et
nous inculquons à nos enfants à faire de même. Nous nous transmettons
une pression sociale permanente les uns aux autres. Avoir le dernier
modèle avec les dernières fonctionnalités, la dernière app, le dernier
mot dans la discussion. Nous acceptons la grossièreté ultime qu’est une
notification intrusive. Ces notifications qui interrompent nos
conversations, nos pensées, nos moments, nos méditations, notre travail
et que nous infligeons aux autres, n’acceptant plus la moindre latence
avant d’obtenir une réponse.
Ces interruptions permanentes nous empêchent de penser et de réaliser
que nous ne contrôlons plus rien, que notre travail lui-même n’est plus
qu’une série de microtâches reliées de plus en plus faiblement. Nous
perdons toute perspective et c’est bien là l’objectif le plus abject des
plateformes monopolistiques. Comme l’explique Danièle Linhart dans « La
comédie humaine du travail », cette perte de relation entre les tâches
est, dans le monde professionnel, une volonté managériale explicite, une
taylorisation du travail intellectuel : l’employé est un rouage qui doit
agir sans penser de manière à être facilement remplaçable et à ne pas
remettre en question les décisions hiérarchiques.
Depuis que j’ai décidé de me consacrer à l’écriture, je réalise combien
mon temps de vie est compté. Lorsque je souhaite écrire, les outils
informatiques deviennent des adversaires. Ils alimentent mes démons en
tentant de me distraire de la tâche que je me suis fixée. Mais ils se
permettent également de l’interrompre techniquement. Une plateforme sur
laquelle se trouve une ressource dont j’ai besoin me dit soudain que mon
mot de passe n’est plus valable. Après quelques minutes à vérifier, je
contacte le support qui me répond prestement qu’un problème rend
certains comptes indisponibles, que ce sera réglé dans quelques heures.
Sans aucune malveillance, mes outils viennent de me couper dans mon
élan, de me faire perdre au mieux une heure, au pire une journée.
Depuis trois ans, beaucoup de mes écrits sont désormais réalisés à la
machine à écrire mécanique. Parfois, les tiges se coincent ou le
mécanisme d’enroulement du ruban se grippe. Pourtant, j’arrive à chaque
fois à résoudre le problème en quelques secondes sans perdre ma
concentration, sans perdre le fil de mes idées. Mes mains agissent sur
un problème mécanique sans interférer avec mon cerveau.
Sur mon ordinateur, j’accomplis l’essentiel de mes tâches en ligne de
commande. Mes écrits, qu’ils soient originaux ou retranscrits depuis un
tapuscrit, sont réalisés dans Vim, un éditeur dont les commandes de base
sont plus âgées que moi. Il m’a fallu quelques semaines d’apprentissage
conscient, mais, depuis, Vim est une extension de mes doigts. Je ne
réfléchis plus : j’écris.
Le design des interfaces modernes a permis aux utilisateurs de se passer
de quelques heures d’apprentissage. Mais ces heures donnaient en réalité
une réelle compréhension, offraient un réel pouvoir, participaient à
l’élaboration d’un modèle mental de l’outil. Elles sont désormais
diluées en changements aléatoires arbitraires tout au long de la
carrière de l’utilisateur. Il n’y a plus de modèle mental, juste des
gestes à apprendre par cœur, nous transformant en la version
informatique de Charlie Chaplin dans « Les temps modernes ».
Je ne sais pas quelle sera la prochaine plateforme web à la mode. Je
n’ai aucune idée du framework que tous les développeurs aduleront
l’année prochaine. Mais j’ai la certitude que, dans trente ans, je
pourrai toujours taper sur mes machines à écrire mécaniques, utiliser
Vim et faire tourner des scripts Bash ou Python pour générer mon blog et
des PDFs à envoyer aux éditeurs.
Ce faisant, je suis passé du côté obscur de la force geek. Je suis
redevenu l’utilisateur novice que les nouveautés en informatique
n’intéressent pas. Les mises à jour m’ennuient, car je me demande le
temps qu’elles vont me faire perdre. Je n’ai pas besoin de nouveaux
logiciels, mes besoins sont comblés.
L’informatique technique m’est devenue inintéressante. Elle m’ennuie.
J’ai l’impression d’avoir lu mille fois les annonces marketing annonçant
le nouveau système à la mode. Le problème de base de l’informatique
peut pourtant désormais être considéré comme résolu : nous savons
comment nous envoyer des textes, des images et du son.
La solution est tellement bien connue que toute l’industrie qui nous
entoure consiste essentiellement à complexifier cette solution pour que
ce ne soit pas trop facile et que les acteurs économiques puissent nous
soutirer des rentes sur nos échanges de bits.
Une nouvelle question se pose, passionnante : comment nous envoyer du
texte, des images et du son de la manière la plus simple, la plus
efficace, la plus indépendante, la plus pérenne et la plus libre
possible ?
Une question qui n’est plus technologique, cet aspect étant résolu, mais
sociologique, morale, éducationnelle, collaborative, éthique, voire
écologique. Une question qui remet en cause certains fondements
économiques de notre société. Une question qui s’inscrit dans la durée.
Après soixante années d’explosion technologique, l’informatique est
arrivée à un plateau. Nous n’avons plus besoin d’innovation, mais de
stabilisation. De démocratisation. D’une nouvelle informatique.
L’informatique est et reste ma passion. La nouvelle informatique.
La nouvelle informatique est une science humaine, une exploration en
profondeur de l’humanité et de sa psyché. La nouvelle informatique est
un projet d’ingénierie visant à construire une plateforme libre et
libératrice dont la durée de vie se compterait en décennies, en siècles.
La nouvelle informatique est un projet d’émancipation, d’éducation, de
collaboration, d’échange.
La nouvelle informatique est également une lutte. Une lutte pour la
création d’un nouveau type de superorganisme qui n’aurait pas pour
objectif la maximisation de l’exploitation des ressources.
Une lutte pour la survie de l’humanité.
Photo par CEphoto, Uwe Aranas.
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Olivetti_Teleprinter_T1.jpg
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15 Mar '24
LECTURES : UNE SOCIÉTÉ DE MENSONGES
by Ploum on 2024-03-15
https://ploum.net/2024-03-15-lectures-mensonges.html
Productivisme
=============
En lisant ce simplissime et magnifique texte de Bruno Leyval décrivant
la condition ouvrière, je ne peux m’empêcher d’avoir « Tranche de vie »
de François Béranger en tête. Et de prendre pleinement conscience à quel
point le fonctionnement en pause des usines est inhumain.
Ouvriers (brunoleyval)
gemini://gemlog.blue/users/brunoleyval/1708774999.gmi
Le travail de nuit est nécessaire pour plein de raisons : la santé, la
sécurité, l’aide aux personnes. Ou bien dans l’agriculture, dans le soin
de tout ce qui est vivant, des plantes aux animaux. Mais que dire du
fait qu’on force des humains à travailler de nuit et se détruire
irrémédiablement la santé pour fabriquer des bagnoles ou empaqueter des
petits pois dont personne ne voudrait s’il n’y avait pas ce matraquage
incessant du marketing ? Qui est ce « on » qui force ? Les patrons ? Les
politiciens ? Ou nous-mêmes, les consommateurs ?
Surveillance généralisée
========================
Les caméras de surveillance partout, ça ne peut pas faire de tort, hein
? Y compris dans les distributeurs automatiques. Et puis voilà qu’à
cause d’un bug, la population étudiante d’une université canadienne
découvre que les vendeurs automatiques de chocolats font de la
reconnaissance faciale. Le visage de chaque client est scanné, à son
insu, et des statistiques sur l’âge, le genre et potentiellement plein
d’autres choses sont envoyées au département marketing. Afin de nous
vendre les merdes produites par les travailleurs passant leurs nuits sur
des chaînes de production.
Big Candy Is Watching You: Facial Recognition In Vending Machines Upsets
University (hackaday.com)
https://hackaday.com/2024/02/27/big-candy-is-watching-you-facial-recognitio…
La question qui se pose : mais qui a accès à ces millions de données qui
sont capturées autour de nous en permanence, que ce soit par notre
montre, notre voiture, une caméra de surveillance ou un distributeur de
boissons ?
Aram Sinnreich et Jesse Gilbert ont trouvé la réponse. Elle est simple :
tout le monde. Il suffit de payer et ce n’est vraiment pas très cher.
Spying on Trump's Mar-a-Lago Club Was Easy. Is Your Privacy Safe?
(www.rollingstone.com)
https://www.rollingstone.com/culture/culture-features/data-brokers-trump-te…
Et même si vous n’avez aucun engin connecté, que vous faites très
attention, aux États-Unis il est possible d’acheter les données
concernant toutes les personnes se rendant à une adresse. Votre maison
par exemple. Et savoir d’où elles viennent. Quel est leur niveau de vie.
Mais, dans ce cas-ci, le fabriquant du distributeur tente de rassurer :
la machine respecte les lois, y compris le RGPD européen.
En fait, non. Le RGPD ne permet pas le scan de visage sans consentement.
Mais si l’entreprise dit respecter le RGPD, qui ira vérifier ? Et
comment vérifier ?
En utilisant le RGPD, j’ai fait effacer plus de 300 comptes en ligne à
mon nom (ça m’a pris trois ans). Après plusieurs années, certains
comptes soi-disant effacés ont recommencé à m’envoyer des
« newsletters ». Donc, en fait, rien n’était effacé du tout. Mention
spéciale au restaurant de sushis qui avait remplacé mon login "ploum"
par "deleted_ploum" et prétendait que tout était effacé alors que
j’avais encore accès au compte via le cookie de mon ordinateur. Ou le
site d’immobilier qui a soudainement commencé à m’envoyer
journalièrement les résultats d’une recherche que j’avais enregistrée…
il y a 10 ans ! (et je ne pouvais pas me désinscrire vu que j’avais
officiellement effacé mon compte depuis plus de deux ans).
Le marketing est, par définition, du mensonge. Les gens travaillant dans
le marketing sont des menteurs. Dans les écoles de marketing, on apprend
à mentir, le plus outrageusement possible. Tout ce qu’ils disent doit
être considéré comme un mensonge. Nous sommes entourés d’un nuage de
mensonges. Toute notre société est construite sur le rejet de toute
forme de vérité.
Lorsqu’un menteur est pris en flagrant délit, ce n’est pas le mensonge
détecté le problème. C’est, au contraire de réaliser tous les autres
mensonges que nous n’avons jamais détectés.
Les hallucinations de Turing
============================
Le test de Turing dit qu’une intelligence artificielle est véritablement
intelligente si on ne peut pas distinguer ce qu’elle écrit de ce
qu’écrirait un humain. Turing n’avait pas envisagé que l’immense
majorité des écrits humains seraient des piles de mensonges produits par
des départements marketing. Dans tout ce débat, ce qui m’impressionne
n’est pas tellement l’intelligence de nos ordinateurs, mais la bêtise
humaine…
Oops! We Automated Bullshit. (www.cst.cam.ac.uk)
https://www.cst.cam.ac.uk/blog/afb21/oops-we-automated-bullshit
Ce n’est même pas caché. Quand un journaliste de The Verge fait un
article pour dire qu’une imprimante fonctionne bien (parce qu’elle
imprime et pis c’est tout, ce qui est un truc de dingue dans le monde
moderne), il est obligé de rajouter, de son propre aveu, du bullshit
généré par ChatGPT afin que l’article paraisse sérieux aux yeux de
Google. Lui, il le reconnait et préviens de ne pas lire. Mais pour un
article comme cela, combien ne le disent pas ?
Best printer 2023: just buy this Brother laser printer everyone has,
it’s fine (www.theverge.com)
https://www.theverge.com/23642073/best-printer-2023-brother-laser-wi-fi-its…
Les modèles de langage larges (LLM) sont condamnés à « halluciner », le
terme politiquement correct pour « raconter absolument n’importe quoi ».
Exactement comme les départements marketing. Ou comme les religions ou
n’importe quelle superstition. L’être humain a une propension à aimer le
grand n’importe quoi et à y trouver un sens arbitraire (c’est le
phénomène de paréidolie, qui permet notamment de voir des formes dans
les nuages).
Donc, ma question : vous espériez quoi, très sincèrement, des
intelligences artificielles ?
Les mensonges que nous nous racontons
=====================================
Et vous espérez quoi de l’humanité ? Non seulement nous passons notre
temps à nous mentir, mais à « débattre » nos propres actions qui ne
devraient même pas être discutables.
Allez, je vous donne un exemple de comportement que nous trouvons
« normal » simplement parce que nous sommes trop crétins pour dire aux
marketeux qu’ils sont de dangereux menteurs psychopathes et que donc, on
se dit qu’ils ne doivent pas avoir toujours complètement tort.
> Oui, je veux sauver la planète ! Chaque jour, je prends sur mon
salaire pour faire un don de dix ou vingt euros à une énorme
organisation multinationale qui fait travailler les enfants dans des
conditions horribles et qui est responsable de près de 1% de toutes les
émissions de CO2 de la planète. Sans compter les polluants : je
participe chaque jour à l’une des plus importantes sources de pollution
des nappes phréatiques et des océans.
>
> C’est pour ça que je les soutiens chaque jour. Ça me coûte cher, mais
je continue ! Et en les soutenant, je participe à tuer 8 millions de
personnes chaque année, à causer 50x plus de cancers en France que
n’importe quelle autre pollution et je participe activement à empirer
toutes les maladies respiratoires dans mon entourage, surtout les plus
jeunes.
>
> Bref, je fume.
>
> En plus, je pue. Je dérange tout le monde, mais personne n’ose me le
dire, car c’est « ma liberté ». Les non-fumeurs sont tellement bien
élevés, ils n’osent pas me dire que, si, ça les dérange que je m’en
grille un. Alors, j’emmerde les non-fumeurs, j’emmerde les asthmatiques,
j’emmerde la planète, car fumer, c’est ma liberté. Donner mon argent à
l’une des entreprises les plus polluantes du monde, c’est ma liberté.
Rendre asthmatiques mes enfants, c’est ma liberté. D’ailleurs, je vais
manifester pour le climat en m’en grillant une !
We Need to Talk About Tobacco and the Environment (exposetobacco.org)
https://exposetobacco.org/news/effects-of-tobacco-on-environment/
Tabac sur le site de l’OMS (www.who.int)
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/tobacco
Le tabac est un exemple très symptomatique : il est hyper dangereux,
hyper polluant, hyper nocif y compris pour les non-fumeurs et n’a aucune
justification pratique. Aucune, zéro, nada. L’interdiction de la vente
de tabac aux jeunes ne devrait même pas être discutable. L’interdiction
de fumer à moins de cent mètres d’un mineur devrait vous paraître une
évidence.
Ce n’est pas le cas. Et beaucoup trouvent que simplement dire à un
fumeur « tu pues, tu m’empestes » c’est « pas très respectueux », mais
que se taper une crise d’asthme ou un cancer de tabagisme passif, c’est
« normal ». Socialement, je ne comprends pas comment on ne considère pas
un type qui allume une clope en public comme quelqu’un qui enlève son
pantalon et se met à déféquer au milieu de la rue : comme un gros
dégueulasse qui n’a aucune éducation et qui empeste son environnement
(avec la différence que la merde n’est pas cancérigène).
Pour mettre en rapport, le tabac c’est trois crises du COVID chaque
année. Rien que les morts annuels du tabagisme passif sont au même
niveau que les victimes du COVID. Mais, contrairement au COVID, on ne
prend aucune mesure alors que celles-ci sont faciles et évidentes. Pire,
on encourage activement notre jeunesse à fumer !
Il faut en déduire que tant qu’on tolère la vente et la fumée dans
l’espace public, c’est qu’on n’a pas envie de sauver la planète ni la
vie des humains. Voilà, au moins les choses sont claires. Ce n’est pas
qu’on ne peut pas. On ne veut pas. Point. C’est bon ? On peut arrêter de
faire semblant et détacher les capuchons des bouteilles en plastique ?
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Lectures : petite écologie de l’éducation et de l’informatique
by Ploum.net (billets en français uniquement) 05 Mar '24
by Ploum.net (billets en français uniquement) 05 Mar '24
05 Mar '24
LECTURES : PETITE ÉCOLOGIE DE L’ÉDUCATION ET DE L’INFORMATIQUE
by Ploum on 2024-03-05
https://ploum.net/2024-03-05-lectures-education-informatique-ecologie.html
De l’importance de l’écriture manuelle
======================================
L’écriture à la main, que ce soit avec un stylo, un crayon, un marqueur
ou ce que vous voulez est une étape primordiale dans le développement du
cerveau et dans la compréhension future de la langue écrite.
Handwriting but not typewriting leads to widespread brain connectivity:
a high-density EEG study with implications for the classroom
(www.frontiersin.org)
https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2023…
La littérature à ce sujet semble unanime, mais l’étude suscitée va
encore plus loin en mesurant l’activité neuronale lors de l’écriture à
la main ou avec un clavier. Il n’y a pas photo : l’apprentissage de
l’écriture se fait donc d’abord, et c’est essentiel, en écrivant à la
main et en déchiffrant différentes écritures.
Ensuite, si l’outil informatique vous intéresse, je conseille très
fortement d’apprendre la dactylographie. Cela ne demande que quelques
semaines d’efforts et cela change complètement l’interaction avec un
ordinateur. Pour rappel, la dactylographie sur un clavier se base sur
deux principes fondamentaux :
Premièrement, chaque touche correspond à un doigt particulier. On
n’utilise pas les doigts au hasard.
Deuxièmement, la dactylographie doit impérativement s’apprendre à
l’aveugle. Il ne s’agit pas de connaître par cœur la disposition du
clavier ou de la visualiser. Il s’agit de créer un réflexe musculaire,
un mouvement d’un doigt particulier pour chaque lettre.
C’est comme ça que j’ai appris à taper en Bépo et c’est, je pense, le
meilleur investissement en temps que j’aie jamais fait de toute ma vie.
Le fait de taper à l’aveugle et au rythme de ma pensée a transformé
l’écriture en une véritable extension de mon cerveau. Je n’écris pas ce
à quoi je réfléchis, mes pensées se contentent d’apparaitre sur l’écran.
Le bépo sur le bout des doigts (ploum.net)
https://ploum.net/216-le-bepo-sur-le-bout-des-doigts/index.html
Je tape tout en Bépo dans Vim car Vim me permet d’étendre les
automatismes dactylographiques aux actions sur le texte lui-même : se
déplacer, supprimer, remplacer, copier-coller. Mes enfants sont peut-
être encore jeunes pour se mettre à Vim, mais si jamais une envie de Vim
(une envim quoi) vous titille, je vous conseille le court manuel de
Vincent Jousse.
Vim pour les humains (vimebook.com)
https://vimebook.com/fr
Digitalisation de l’éducation
=============================
La « digitalisation » à l’aveugle des salles de classe est une hérésie
absolue. Surtout que l’immense majorité des professeurs sont
complètement incompétents en informatique et ne comprennent pas eux-
mêmes ce qu’est un ordinateur (ce qui est normal et attendu, ils n’ont
jamais été formés à cela).
Dans l’école primaire de mes enfants, ils sont tout fiers de proposer
des séances d’explications… de PowerPoint !
Alors, deux petits rappels importants :
Premièrement, apprendre à utiliser des logiciels commerciaux, ce n’est
pas de l’informatique. C’est de l’utilisation d’un outil commercial qui
n’est pas généralisable et donc foncièrement inutile sur le long terme.
Les enfants ont appris à cliquer sur deux boutons ? À la prochaine
version, les boutons seront ailleurs et les enfants n’auront aucune
connaissance intuitive de leur outil. Et c’est sans doute parce que le
professeur n’en a aucune lui-même, mais c’était le prof de l’école qui
« aime bien l’informatique », qui clique sur des .exe sans transpirer à
grosses gouttes, du coup on lui confie ce rôle.
En deuxième lieu, si vous voulez qu’un enfant se débrouille avec
n’importe quel logiciel, il y a une solution très simple : laissez-le
faire. Sérieusement, laissez-le chipoter, essayer, faire n’importe quoi.
Dans le cas du PowerPoint, je suis certain que si on laisse une classe
une heure avec le logiciel, elle en saura plus que l’adulte qui peine.
Mettez-leur en main des ordinateurs où ils ont le droit de « tout
casser ».
Après, il y’a un énorme problème avec la génération actuelle à qui on
fourgue une tablette dès la couveuse : ils n’ont jamais chipoté. Ils
sont nés avec des appareils avec des grosses icônes sur lesquelles il
suffit de cliquer pour acheter des applications. Des appareils qui sont
conçus à dessein pour empêcher de comprendre comment ils fonctionnent et
qui ne peuvent pas être « cassés ». Les outils propriétaires sont, par
essence, des boîtes noires qui se veulent arbitraires et
incompréhensibles.
Ce n’est pas de l’informatique. Ce n’est pas une connaissance utile. Ce
n’est pas le rôle de l’école de s’occuper de cela.
Je réfléchis beaucoup à une méthode d’enseignement de l’informatique. Et
j’en suis arrivé à une conclusion : apprendre les bases de
l’informatique doit se faire sans ordinateur. Il y a tant de choses
amusantes à faire sur un tableau noir : compter en binaire, écrire des
petits algorithmes, créer des groupes d’enfants appliquant chacun un
algorithme et voir ce qui se passe si on se passe des « données » dans
un ordre plutôt qu’un autre…
Le concept de boîte noire
=========================
L’ingénieur tente d’utiliser une boîte noire avec laquelle il a appris à
interagir grâce au scientifique. Le scientifique, lui, cherche à
comprendre comment fonctionne l’intérieur de la boîte noire (qui
contient elle-même d’autres boîtes noires).
Méfiez-vous des gens qui vous vendent des boîtes noires, mais sont
étonnés à l’idée que vous demandiez ce qu’il y a à l’intérieur.
The black box (njms.ca)
gemini://njms.ca/gemlog/2024-02-23.gmi
Réseaux sociaux
===============
Outre comprendre l’informatique, il est vrai que les nouvelles
générations doivent apprendre à vivre dans un monde de réseaux sociaux.
Mais, une fois encore, la plupart des adultes ne comprennent rien et
tentent d’imposer leur vision étriquée de ce qu’ils n’ont pas compris.
J’écrivais qu’un véritable réseau social ne peut pas être un succès.
Tout le monde ne peut pas être dessus, sinon ce n’est plus vraiment un
réseau social.
Stop Trying to Make Social Networks Succeed (ploum.net)
https://ploum.net/2023-07-06-stop-trying-to-make-social-networks-succeed.ht…
Winter traduit très bien ce sentiment avec ses mots : sur chaque
plateforme, nous avons une identité différente, une créativité qui
s’accompagne parfois d’une grande pudeur.
Facebook as Containment Field: Rebuilding the Partition (winter)
gemini://rawtext.club/~winter/gemlog/2024/2-26.gmi
Après tout, lorsque j’ai créé ce blog, j’ai évité consciencieusement
toute référence à mon nom officiel pour pouvoir m’exprimer sans crainte
d’être jugé par mes proches. Ce n’est que petit à petit que j’ai pu
prendre l’assurance de lier l’identité de Ploum avec celle de Lionel
Dricot. J’ai tenu deux autres sites web, aujourd’hui disparus, dont un
qui était un blog avant la lettre, sous des identités qui n’ont jamais
été liées à moi. Dans son livre « Mémoires Vives », Edward Snowden
insiste sur cet aspect multi-identitaire fondamental à sa vocation.
Aaron Swart a également utilisé ces outils pour contribuer à définir la
norme RSS en cachant qu’il était encore adolescent.
Cet apprentissage, ces libertés et ces explorations de ses propres
identités sont malheureusement complètement perdus dans la vocation des
réseaux sociaux centralisateurs qui imposent une et une seule identité.
La seule chose que les jeunes peuvent faire désormais, c’est de créer un
compte sous un faux nom "réaliste", ce qui les incite à se faire passer
pour un camarade et, de ce fait, à se porter préjudice l’un à l’autre,
au grand dam des établissements scolaires et des parents qui doivent
prendre des mesures énergiques pour dire que « Ça ne se fait pas
d’usurper l’identité d’un autre ».
Non, ça ne se fait pas. Mais ça se fait de s’inventer des identités. De
se créer des univers différents, qui interagissent dans des communautés
différentes.
Et nous avons revendu cette liberté contre la possibilité d’être fliqué
par la publicité avec l’obligation d’avoir notre vrai nom partout parce
que « c’était plus facile ».
Bloat JavaScript
================
Et même sur le côté « plus facile », nous nous sommes fait avoir par le
côté « boîte noire sans cesse changeante ».
Niki, blogueur sur tonsky.me, s’est amusé à calculer la quantité de
JavaScript que chargent les sites principaux… par défaut ! Sur le
« minimaliste » Medium, c’est 3Mo. Sur LinkedIn, c’est 31Mo.
JavaScript Bloat in 2024 (tonsky.me)
https://tonsky.me/blog/js-bloat/
Pour rappel, il y a zéro JavaScript sur ploum.net. En fait, pour un
rendu relativement similaire (du texte aligné au milieu d’un écran),
vous devriez télécharger 1000 fois plus de données pour lire un de mes
billets sur Medium et 10.000 fois plus de données pour lire un de mes
billets sur LinkedIn.
En plus du temps de téléchargement, le processeur de votre appareil
serait mis à rude épreuve pendant quelques dixièmes de secondes voire
des secondes tout court, augmentant la consommation d’électricité (de
manière significative) et vous donnant une légère impression de lenteur
ou de difficulté lors de l’affichage. Si vous avez un appareil un peu
ancien ou une connexion un peu mauvaise, ces difficultés sont
multipliées exponentiellement.
Ah oui. En plus de tout, sur Medium et LinkedIn, vous êtes complètement
pistés et les données de votre lecture vont grossir les milliers de
bases de données marketing.
Il y a même des chances que, pour lire l’article sur Medium ou LinkedIn,
vous utilisiez le mode « lecture » de votre navigateur ou d’un logiciel
quelconque. Mode qui après avoir tout téléchargé et tout calculé va
tenter d’extraire le contenu de l’article pour l’afficher dans un style
similaire à ploum.net.
Tous ces allers et retours alors qu’il est tellement simple, en temps
que webmaster, d’offrir le texte directement, sans fioriture. De
simplifier la vie de tout le monde…
Gaspillage et sécurité
======================
Ces systèmes sont donc plus lourds, plus énergivores, beaucoup plus
compliqués à produire. Pourquoi les produit-on ?
Keynote Touraine Tech 2023 : Pourquoi ? (ploum.net)
https://ploum.net/2023-03-30-tnt23-pourquoi.html
Mais ce n’est pas tout ! Leur complexité augmente la surface d’attaque
potentielle et donc le nombre de failles de sécurité. Une joie pour les
script-kiddies. Sauf que plus besoin des script-kiddies, les
intelligences artificielles peuvent désormais automatiquement exploiter
les failles de sécurité.
Schneier on Security (www.schneier.com)
https://www.schneier.com/blog/archives/2024/02/ais-hacking-websites.html/
On va donc avoir, d’une part, des sites de spam/SEO générés
automatiquement et, d’autre part, des sites légitimes qui se sont fait
pirater et sur lesquels a été injecté du contenu spam/SEO.
Voilà, voilà, ne me dites pas que je ne vous avais pas prévenu.
Splitting the Web (ploum.net)
https://ploum.net/2023-08-01-splitting-the-web.html
Écologie
========
Le plus difficile, dans tout cela, c’est certainement la pression
sociale. Si on aime vivre en ermite comme moi, c’est simple de refuser
Whatsapp, Google. Mais lorsqu’on est ado, on se fout de ces principes.
On veut faire partie du groupe. Avoir un iPhone. Être sur Tiktok. Jouer
au dernier jeu à la mode en parlant du dernier Youtubeur sponsorisé par
une marque d’alcool ou de tabac. Porter des fringues de marque produit
par des enfants dans des caves en Thaïlande.
Pour l’adolescence, les préceptes moraux et les interdictions sont là
pour être contournés (et c’est une bonne chose). Tout ce que nous
pouvons offrir, c’est l’éducation. La compréhension des enjeux et des
conséquences des actes posés dans leur univers de vie.
Bref, dans l’informatique comme dans tout autre domaine, nous devons
enseigner l’écologie.
Mais encore faut-il que nous la comprenions nous-mêmes.
Nous vivons dans un monde où l’eau de pluie est désormais contaminée par
des polluants dangereux… partout sur la planète ! Il n’existe plus une
goutte d’eau de pluie qui soit considérée comme potable.
Rainwater unsafe to drink due to chemicals: study (phys.org)
https://phys.org/news/2022-08-rainwater-unsafe-due-chemicals.html
Alors, peut-être que nous devons accepter n’avoir pas de leçons
écologiques à donner à nos enfants…
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Lectures : utopies, écologie, pirates et meta-bullshit
by Ploum.net (billets en français uniquement) 23 Feb '24
by Ploum.net (billets en français uniquement) 23 Feb '24
23 Feb '24
LECTURES : UTOPIES, ÉCOLOGIE, PIRATES ET META-BULLSHIT
by Ploum on 2024-02-23
https://ploum.net/2024-02-23-culture-ecologie-pirates-metabullshit.html
Les conséquences de l’utopie
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Je suis tombé sur plusieurs analyses du cycle de la Culture, de Iain M.
Banks, une série de livres de SF que j’aime beaucoup et dont Elon Musk
et Jeff Bezos disent s’inspirer.
The Culture War: Iain M. Banks's Billionaire Fans (bloodknife.com)
https://bloodknife.com/culture-war-iain-m-banks-jeff-bezos/
Science-fiction utopique, le cycle de la Culture est une véritable
réflexion sur la notion même d’utopie. À ne pas confondre avec la SF
pseudo-utopique (et, pour moi, profondément ennuyeuse) de type Becky
Chambers où le monde a été détruit, l’humanité décimée, mais comme tout
le monde boit du thé avec de l’eau recyclée chauffée par des panneaux
solaires, alors tout va bien et on balaie d’un revers de la main tout
questionnement sur les millions de morts du passé.
Tout le contraire des romans « Feel Good », La Culture décrit, avec une
approche parfois ardue, une société post-scarcité où chaque humain (ou
intelligence artificielle) peut poursuivre sa voie personnelle à sa
guise et où toutes les tentatives d’obtenir un pouvoir quelconque sont
réprimées gentiment (et n’ont de toute façon aucun sens vu que tout le
monde peut obtenir tout ce qu’il veut). Vu comme ça, difficile de voir
en quoi cela peut inspirer des milliardaires capitalistes.
Deux théories possibles : la première est qu’ils se soient arrêtés à
l’aspect prépubère des vaisseaux spatiaux super-cool qui franchissent
l’espace en faisant piou-piou. La seconde, c’est qu’ils se voient eux-
mêmes comme des dieux dont tous les désirs sont satisfaits, nonobstant
complètement leur propre impact sur les autres. Dans tous les cas, ils
ont complètement raté le sous-titre d’un auteur qui est, de son propre
aveu, profondément socialiste et anti-capitaliste.
'Better to Create Your Own': On the Legacy and Utopianism of Iain M.
Banks’s Culture Series (www.thebottleimp.org.uk)
https://www.thebottleimp.org.uk/2023/11/better-to-create-your-own-on-the-le…
Un des sujets principaux de la Culture, c’est le sens de la vie d’une
humanité qui n’a plus aucune contrainte matérielle. Avec cette superbe
analogie : non, l’invention de l’hélicoptère n’a pas tué l’alpinisme. Si
le but était de se tenir au sommet d’une montagne, il n’y aurait plus
d’alpinistes. Mais l’objectif n’est pas de se tenir quelques secondes au
sommet. Il est de grimper. De tracer son chemin.
Et nous sommes prêts à suivre les aventures de ceux qui grimpent. Nous
nous foutons complètement de la vie de quelqu’un qui prend
l’hélicoptère. Il en va de même pour l’art : l’art n’a rien à redouter
de l’intelligence artificielle, car l’art, par essence, est un processus
de création. Un chemin. Il y a quatre ans, je décrivais le processus
créatif comme un lien entre humains.
Les écrivains bientôt remplacés par un algorithme ? (ploum.net)
https://ploum.net/les-ecrivains-bientot-remplaces-par-un-algorithme/index.h…
L’art-gorithme…
===============
Je définis personnellement l’art comme ce qu’un humain ne peut pas ne
pas faire. Un écrivain n’est pas quelqu’un qui écrit. C’est quelqu’un
qui ne peut pas ne pas écrire. Un musicien ne peut pas ne pas faire de
la musique. Un programmeur ne peut pas ne pas programmer.
C’est toute la différence entre l’art et le travail. C’est aussi la
raison pour laquelle certains grands artistes s’éteignent en devenant
professionnels. Car l’art devient alors une obligation plutôt qu’une
pulsion.
Nous sommes d’accord, les algorithmes menacent les rentrées financières,
souvent précaires, des artistes. Mais c’est parce que les artistes ne
vivent, dans une immense majorité, pas de leur art. Ils vivotent en
prostituant leurs capacités techniques et leur talent pour faire du
marketing, des logos, du webdesign et des images à coller sur les
emballages. Affamés par une société ultra-consumériste, ils survivent en
en devenant l’esclave.
Avec l’AI, la société consumériste ne menace pas les artistes. Elle a
juste rajouté une corde à son arc pour négocier les salaires de ses
esclaves à la baisse. Comme dit Cory Doctorow : « Les AI ne sont pas
capables de vous remplacer à votre travail. Mais les producteurs d’AI
sont capables de convaincre votre patron qu’elles le sont. ».
De mon côté, j’aime rappeler qu’on n’est pas encore capable de faire une
putain de toilette qui se nettoie toute seule de manière efficace, qu’on
doit tous, tous les jours, racler notre merde (ou, payer quelqu’un pour
le faire à notre place), mais que, ne vous inquiétez pas, on dépense des
milliards pour automatiser le travail des artistes… Le sens des
priorités est clair.
Personnellement, je pense que la première manière de soutenir les
artistes, c’est de le découvrir et de les faire connaître autour de
vous, d’en parler comme des humain·e·s en train d’escalader des
montagnes plutôt que d’aduler la photo où ils sont au sommet. Le partage
inclut bien entendu le piratage (oui, piratez mes livres ! Prêtez-les !
Donnez-les !). Si vous voulez aller plus loin, voyez avec l’artiste en
question la meilleure manière de le soutenir et celle qui vous convient
le mieux. Personnellement, j’aime que mon éditeur et que les libraires
indépendants soient également soutenus, du coup je vous encourage à
acheter mes livres sur arbres morts dans des petites librairies. Mais
pour d’autres, cela peut être un don, un crowdfunding… Enfin, faites ce
que vous voulez !
Piratage et médias
==================
En parlant de piratage justement, mon attention a été attirée sur
l’étagère de livres « à donner » de la bibliothèque publique de ma
ville. Mon bibliothécaire m’a expliqué qu’ils avaient une obligation
formelle d’avoir plus de 50% de livres de moins de 10 ans dans leur
stock. Régulièrement, la bibliothèque se débarrasse donc de livres qui
ont dépassé l’âge fatidique. Dans ce cas-ci, le livre qui a retenu mon
attention s’intitule « Capitaine Paul Watson : Entretien avec un
pirate », de Lamya Essemlali. Comme mon épouse venait de m’offrir un
pull Sea Sheperd, j’avais justement le personnage en tête je me suis
approprié le livre.
Absolument non littéraire, le livre n’est qu’une grande interview du co-
fondateur de Greenpeace et puis de Sea Shepperd. Ce qui est fascinant,
c’est de découvrir un personnage « no bullshit » comme j’en voudrais
plus.
Le personnage de Paul Watson n’est pas vraiment sympathique. Mais il
s’en fout.
> Notre objectif n’est pas de protester contre la chasse à la baleine,
il est de l’arrêter.
> – Entretien avec un pirate, p. 77
Tout au long du livre, il assène qu’il est stupide de tenter de lutter
pour la préservation des emplois et contre la pauvreté si cela se fait
au détriment de la planète. Parce que si l’écosystème est détruit, on
sera bien avec nos emplois et nos richesses. On sera tous pauvres. Ou
morts. L’écologie est le combat de base de tout militant. Elle vient
avant le social. Il pousse la cohérence jusqu’à interdire la cigarette à
bord de toute la flotte Sea Sheperd. Les repas sont également végans.
Il tire à boulets rouges sur Greenpeace qui est devenue une association
qui a pour but de récolter les dons. Il prétend que Greenpeace gagne
désormais plus d’argent avec la chasse à la baleine que l’industrie
baleinière elle-même. Tout en ne faisant aucune action : les démarcheurs
Greenpeace vont jusqu’à utiliser les images des campagnes… Sea Sheperd.
Greenpeace fait du marketing et, comme toute industrie du marketing,
tire son profit de ne pas résoudre le problème. Le problème est
l’essence du business, il faut le préserver, voire l’amplifier (en
prétendant développer des solutions). Paul Watson va plus loin dans sa
critique du marketing : rien ne sert de convaincre les gens de ne pas
tuer de baleine vu qu’ils ne l’auraient de toute façon pas fait. Il faut
agir directement sur les baleiniers. Le parallèle avec l’industrie
informatique est laissé en exercice au lecteur.
Les gens qui agissent sont, par essence, décriés dans les médias.
> Tout ce que l’on fait et ce que l’on pense est défini et contrôlé par
les médias. Ce sont eux qui définissent notre réalité. Et c’est la
raison pour laquelle nous nous trouvons sur une voie rapide au bout de
laquelle nous attend une récompense darwinienne collective :
l’extinction de notre espèce.
> — Entretien avec un pirate, p. 158
Avec cynisme, Paul Watson invite donc des célébrités qui n’ont rien à
voir avec la cause afin d’asséner, durant la conférence de presse, que
s’il avait invité un spécialiste du domaine au lieu d’un acteur de
cinéma, les médias ne seraient pas là.
Paul Watson est également placé sur la liste rouge d’Interpol. Il est
considéré comme un « écoterroriste ». Ce qui est fascinant, c’est qu’il
respecte parfaitement les lois et n’a jamais été condamné ni arrêté pour
quoi que ce soit, malgré ses tentatives en se rendant de lui-même dans
les commissariats. Sea Shepperd ne fait qu’ennuyer voir éperonner des
navires qui pratiquent des activités complètement illégales. Et donc,
personne ne porte plainte parce que les navires éperonnés n’avaient rien
à faire là en premier lieu !
Il va plus loin en se demandant qui sont réellement les
« écoterroristes » alors que personne n’a jamais été tué ni même blessé
dans une action Sea Sheperd.
> Les gens nous accusent de jeter des bombes puantes sur les baleiniers
japonais. Oui, on fait ça, c’est vrai. […] Ceci dit, j’ai du mal à
imaginer Oussama Ben Laden en train de jeter une bombe puante sur un bus
de touristes.
> — Entretien avec un pirate, p. 169
La médiatisation et la corruption de la rébellion
=================================================
Dans « Mémoires vive », Edward Snowden raconte son incroyable histoire
et un point m’a frappé : travaillant à l’intérieur même du service de
renseignement, Snowden sait exactement ce qui va lui arriver. Il sait
comment on va l’attaquer. Il prédit même comment il va être
décrédibilisé dans les médias. Le même phénomène est à l’œuvre avec Paul
Watson. Face aux rebelles, le capilo-consumérisme passe par trois lignes
de défense:
Premièrement, en rendant la vie aussi difficile au rebelle en rendant
ses ressources rares, en l’épuisant, en le décourageant voire en le
harcelant. C’est normal, c’est le jeu.
En second lieu, si le rebelle persiste, en l’achetant, en le rémunérant
pour sa complicité. Ce que nous faisons tous en travaillant pour payer
notre shopping afin de nous changer les idées après une dure semaine de
boulot… pour payer le shopping.
Mais les véritables rebelles charismatiques, les artistes, sont achetés
bien plus chers. Ils deviennent des stars. Ils sont célébrés par le
système, ils sont riches. Ils n’ont plus envie de se rebeller et
utilisent leur image de rebelle pour exhorter leur audience à se
conformer. Leur situation leur fait perdre toute crédibilité et
légitimité dans la rébellion. Comme les vieux et riches musiciens qui
luttent de toutes leur force contre le piratage. Ou les groupes punk
postant sur Facebook et Instagram. Riches, on se contentera de faire des
dons à des associations adoubées par le système et servant à relancer la
carrière médiatique de chanteurs has been et de stars de télé-réalité
autrement oubliées.
Facebook, au fait, n’est qu’une gigantesque machine à corrompre à
moindre coût les rebelles. On étouffe la rébellion en échange… de likes
et de followers ! Toute association écologiste présente sur Facebook
est, en soit complètement corrompue, car, de par sa seule présence sur
la plateforme, elle justifie et promeut le consumérisme et un monde
soumis à la publicité. Facebook, c’est la « Planète à gogos » virtuelle
(en référence au chef-d’œuvre de Pohl et Kornbluth). Même plus besoin de
payer les rebelles, ils viennent gratuitement pour quelques likes.
Quoi ? Ce sont eux qui paient pour mettre en avant leur site web et
obtenir encore plus de followers ?
Comment Facebook gagne de l’argent (ploum.net)
https://ploum.net/comment-facebook-gagne-de-largent/index.html
Je suis sûr qu’on va me dire que Sea Shepperd a malheureusement une page
Facebook. J’en suis triste. La convergence des luttes n’a pas encore
percolé à ce niveau-là…
Mais il reste les rebelles incorruptibles, inaliénables. De type Watson
ou Snowden. Face à eux, on utilise la troisième ligne de défense. Les
médias, littéralement financés par la publicité, vont alors mener une
destruction en règle de l’image publique. Il va s’agir de construire de
toutes pièces et de manière consciente un personnage détestable. Un
mauvais digne d’un film afin de décrédibiliser ses actions.
C’est tellement puissant qu’il est parfois intéressant de prendre un peu
de recul et de réaliser ce qu’on reproche vraiment à la personne. À
Julian Assange, on reproche littéralement… d’avoir fait un travail de
journaliste. Essayez d’imaginer « Les hommes du président », mais où
Dustin Hoffman et Robert Redford seraient les méchants qui veulent faire
tomber le bon président qui surveille ses opposants politiques pour le
bien de son peuple. Et bien voilà, on est en plein dedans. Et à Paul
Watson, on reproche… d’empêcher des massacres illégaux de faune marine !
> Imagine que tu te rendes dans la ville de La Mecque, que tu marches
jusqu’au centre vers la pierre noire et que tu craches dessus. Eh bien,
tes chances de sortir de là en vie sont pour ainsi dire très minces et
peu de gens éprouveront une quelconque sympathie à ton égard, car tu
auras commis un blasphème […] et les gens comprendraient la violence qui
te serait faite en réponse.
> […]
> Si les forêts tropicales, si les océans et toute la vie qu’ils
contiennent avaient autant de valeur, s’ils étaient aussi sacrés à nos
yeux qu’une vieille pierre, […] nous taillerons en pièce ces bûcherons
et ces chaluts pour leurs actions. Nous ne le faisons pas, car nous
sommes totalement aliénés du monde naturel.
> — Entretien avec un pirate, p. 143
L’impact de l’homme sur le climat
=================================
Étant fanatique d’apnée, je vois chaque année les dégâts que l’humanité
inflige aux océans. Se retrouver dans une mer magnifique, au large, pour
se rendre compte que ce que je prenais pour des reflets à la surface
sont des billes de polystyrène qui couvrent l’océan. Ou réaliser que,
dès que mes palmes me portent en dehors d’une minuscule zone « réserve
naturelle », la végétation laisse place au sable à perte de vue et que
les poissons sont plus rares que les sacs plastiques et les bouteilles
vides.
Nous sommes huit milliards. C’est un chiffre inimaginable. Si vous
rencontriez une personne sur la planète toutes les secondes, il vous
faudrait… 350 ans pour voir tous les humains. Huit milliards de
personnes qui tentent de se faire consommer le plus possible les uns les
autres. La consommation étant définie comme l’extraction d’une ressource
naturelle pour la transformer en déchet (la consommation proprement dite
se faisant au milieu). Nous sommes huit milliards à transformer la
planète en déchet, en récompensant comme nos maîtres absolus ceux qui le
font le plus efficacement et le plus rapidement possible.
Notre impact est énorme, inimaginable. Et l’était déjà il y a des
siècles.
La colonisation des Amériques par les Européens entraina, en un siècle,
la mort de près de 90% des indigènes. Que ce soit par des massacres
directs ou via les épidémies, certaines ayant été propagées à dessein,
par exemple en distribuant des couvertures ayant servi à recouvrir des
malades de la variole.
European colonization of Americas killed so many it cooled Earth's
climate (www.theguardian.com)
https://www.theguardian.com/environment/2019/jan/31/european-colonization-o…
On estime que les Européens ont causé 56 millions de morts entre
Christophe Colomb et l’année 1600. Un mort chaque minute pendant plus
d’un siècle ! C’est un nombre tellement important que d’immenses
étendues de champs se sont soudainement retrouvées en friche, que la
végétation a explosé capturant beaucoup de carbone présent dans
l’atmosphère et contribuant au « petit âge de glace » de cette époque.
Le massacre serait, à lui seul, responsable pour une diminution de
0,15°C du climat mondial, avec un effet bien plus prononcé en Europe.
Conclusion et meta-bullshit
===========================
J’aime bien tenter de trouver une sorte de conclusion commune à ces
réflexions en vrac (qui ne deviendront pas quotidienne, je vous rassure.
C’est juste que j’avais du retard dans mes notes). Ici, il y en a une
qui me frappe : c’est l’importance, la prépondérance des médias
entièrement financés par la publicité sur ce qui fait notre culture et
notre perception de la réalité.
Nous vivons dans une société où le bullshit, le mensonge sont l’état de
base. Nous sommes tellement accros que l’on discute de la moralité
d’installer un bloqueur de publicité sur notre navigateur alors que
l’acte même de se rendre sur un site publicitaire devrait être vu comme
l’équivalent climatique de la consultation d’un site pornographique : on
devrait avoir honte de le consulter et encore plus d’y travailler.
Mais nous revenons toujours, pour nous tenir « informés ». Aaron Swartz,
je t’en supplie, reviens !
I Hate the News (Aaron Swartz's Raw Thought) (www.aaronsw.com)
http://www.aaronsw.com/weblog/hatethenews
L’intelligence artificielle est la cerise sur le gâteau. Le bullshit ne
sert plus à nous vendre de la merde, mais il se produit tout seul pour
vendre de générateurs de bullshit !
Ça y’est, nous sommes entrés dans l’ère du meta-bullshit
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Meta-blogging, lectures sur Gemini et conquête spatiale
by Ploum.net (billets en français uniquement) 22 Feb '24
by Ploum.net (billets en français uniquement) 22 Feb '24
22 Feb '24
META-BLOGGING, LECTURES SUR GEMINI ET CONQUÊTE SPATIALE
by Ploum on 2024-02-22
https://ploum.net/2024-02-22-metablogging-lectures-gemini-spatial.html
Meta-blogging
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Pluralistic, le blog de Cory Doctorow, fête ses quatre ans.
Pluralistic: Pluralistic is four; The Bezzle excerpt (Part III) (20 Feb
2024) (pluralistic.net)
https://pluralistic.net/2024/02/20/fore/
Cory est une énorme source d’inspiration pour moi. Il poste presque tous
les jours, appliquant une méthode qu’il intitule Memex. Je le lis depuis
son tout premier billet, je me demande comment il tient un tel rythme.
Et je crois avoir percé une partie de son secret : son blog n’est qu’un
ensemble de notes qu’il prend durant la journée et qu’il poste le soir
ou le lendemain. Je me suis pris à penser à toute cette énergie
d’écriture que je passe à répondre à de longs mails, à poster sur des
forums, à poster et à lire sur Mastodon, à mettre dans mes notes
personnelles. Et si je m’inspirais encore plus de sa méthode ?
Avec la croissance du lectorat de ploum.net, je me suis inconsciemment
imposé une forme de perfectionnisme dans l’écriture de mes billets. Je
rejette beaucoup de brouillons qui ne sont pas satisfaisants, je relis,
je corrige parfois pendant des jours, des semaines ou des mois jusqu’au
moment où le billet n’est de toute façon plus pertinent. J’ai énormément
perdu en spontanéité. J’ai également peur de vous « spammer ».
Parfois, je me laisse aller à poster un billet spontané. Je le poste en
me forçant à ne pas trop réfléchir. Et ça me fait plaisir. J’avais
également tenté de faire des billets « en vrac » inspiré par Tristan
Nitot. Deux exemples au hasard :
Lectures 1 (ploum.net)
https://ploum.net/lectures-1/index.html
Lectures 6: Épanadiplose sur la peur, la sécurité et la résistance
(ploum.net)
https://ploum.net/lectures-6-epanadiplose-sur-la-peur-la-securite-et-la-res…
Quand j’y repense, ces billets m’ont vraiment été utiles. Je m’y suis
référé plusieurs fois pour trouver des liens, pour revenir à des
réflexions que j’avais.
On me demande très souvent des conseils pour se mettre à bloguer. Le
plus important que je donne est toujours de bloguer pour soi. De ne pas
réfléchir à ce qu’on pense qui pourrait plaire à son audience, mais de
publier. De publier ce qu’on a soi-même dans les tripes.
J’ai suffisamment d’expérience avec le buzz pour savoir que le succès à
court terme d’un billet de blog est très difficilement prévisible. Et
même lorsque le billet fait un buzz incroyable, cela n’est généralement
pas perceptible si l’on n’a pas de statistiques et si on n’est pas sur
les réseaux sociaux. Être le sujet d’un buzz procure une décharge de
dopamine et puis… c’est tout ! C’est addictif, mais souvent plus nocif
qu’autre chose, car on se surprend à en vouloir toujours plus, à guetter
les votes sur Hackernews, à s’énerver sur les commentaires de ceux qui
ne sont pas d’accord avec vous.
L’impact à long terme d’un billet est, lui, encore moins prévisible. Il
est également très personnel : je me surprends à relire certains de mes
billets, à y refaire référence, à m’en servir comme point d’ancrage pour
certaines idées quand bien même tout le monde semble s’en foutre.
Je dis bien « semble s’en foutre » parce qu’on ne peut jamais savoir.
Sous la masse d’internautes qui postent sur les réseaux sociaux, sur les
forums et qui commentent, il y a dix fois plus de personnes qui lisent
en silence, qui partagent en privé.
« Ploum, je suis heureux de te rencontrer. Ton billet X a changé ma
vie ! » m’a un jour dit un·e lecteurice en faisant référence à un billet
publié cinq ans plus tôt et pour lequel je n’avais eu aucun retour.
« J’ai imprimé ton billet Y pour le faire lire à mon père. Nous avons
passé la soirée à en discuter » m’a dit un·e autre.
Je conseille à tous les apprentis blogueurs de lâcher prise, de publier
ce qu’ils ont dans la tête. Mais pourquoi ne pourrais-je pas appliquer
mes propres principes ?
Car c’est difficile de lâcher prise, de ne pas apparaître comme ayant
toujours une prose bien construite, bien arrêtée. C’est dur de montrer
ses doutes, de faire des raccourcis de raisonnement dont on aura honte
après les premiers retours, de reconnaitre ses erreurs.
Et du coup, sans transition…
Quelques liens de ma journée
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Une courte tranche de vie d’un parent dont l’enfant a un diabète de type
1. Tellement courte que l’on dirait un pit-stop en formule 1.
Pit Stop (arcticfire.sytes.net)
gemini://arcticfire.sytes.net/posts/pit_stop.gmi
Oui, c’est un lien Gemini. Gemini est un réseau où l’absence de
métriques telles que les statistiques ou les likes rend l’écriture
beaucoup plus personnelle, beaucoup moins calibrée. Je me retrouve à
lire des tranches de vie, des réflexions qui n’ont aucune prétention et
c’est très inspirant. À l’inverse, j’ai vu plusieurs personnes
abandonner ce réseau parce qu’elles n’avaient pas de likes ni de
statistiques et avaient l’impression de publier dans le vide. Le fait
que je les lisais se plaindre prouvait qu’elles ne parlaient pas dans le
vide. Mais ce qui est effrayant, c’est de se rendre compte qu’un simple
chiffre articifiel sous un cœur ou sur un tableau Google Analytics nous
fait croire que, ouf, là je n’écris pas dans le vide.
J’ai justement eu un échange à ce sujet avec un lecteur qui me pointait
vers le concept du Web Revival:
Intro to the Web Revival #1: What is the Web Revival?
(thoughts.melonking.net)
https://thoughts.melonking.net/guides/introduction-to-the-web-revival-1-wha…
Je tiens à préciser que je suis assez contre le terme « revival ». Il
tend à idéaliser un passé qui n’a jamais existé. Le Web a très vite été
envahi de publicité, de popups. Mais, évidemment, je soutiens l’idée
d’un web minimaliste. Mon correspondant m’apprend que le site Melonking
se targue de faire 38 millions de vues par mois (je n’ai pas la source).
Or, c’est exactement là tout le problème du Web : comment le webmaster
compte-t-il ces 38 millions de vues ? Pourquoi les compte-t-il ?
Pourquoi s’en vante-t-il ? Et pourquoi cela impressionne-t-il tellement
les lecteurices ?
J’ai désactivé toutes les statistiques possibles sur mon blog. Les seuls
chiffres que je ne peux pas cacher son mon nombre de followers sur
Mastodon (qui est public) et le nombre d’abonnés à mes mailing-listes
(sauf si vous vous abonnez à la version text-only sur Sourcehut, là je
n’ai aucune visibilité). Idéalement, j’aimerais n’avoir accès à aucune
de ces statistiques. Et c’est peut-être pour cela que j’apprécie
tellement Gemini.
Gemini, le protocole du slow web (ploum.net)
gemini://ploum.net/gemini-le-protocole-du-slow-web/index.gmi
Mais, rassurez-vous, le contenu est identique que sur la version Web de
mon blog. Vous ne ratez donc rien en ne venant pas sur Gemini. Pour ceux
que ça intéresse, le protocole Gemini est très simple et doit son nom au
programme spatial Gemini. Le port utilisé, 1965, est d’ailleurs une
référence explicite à l’année du premier vol Gemini habité de Virgil
Grissom et John Young. Pour entériner la simplicité du protocole Gemini,
Solderpunk, son créateur, vient d’annoncer son intention de clôturer
définitivement le travail sur la spécification au plus tard le 18 mars
2027, mais, si tout va bien, le 8 mai 2025. Oui, ces jours ont une
signification spéciale en lien avec la conquête spatiale.
2024-02-21 - Introducing "Apollo days", some rough scheduling
(geminiprotocol.net)
gemini://geminiprotocol.net/news/2024_02_21.gmi
La conquête spatiale
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La sonde Voyager 1 est en train de rendre l’âme.
Death, Lonely Death (crookedtimber.org)
https://crookedtimber.org/2024/02/19/death-lonely-death/
Le fait qu’elle ait fonctionné jusqu’ici est proprement hallucinant.
Adolescent, j’avais dévoré le livre de Pierre Kohler racontant son
épopée. Aujourd’hui, lorsqu’une sonde est envoyée dans l’espace, une
réplique exacte, au bit et au boulon prêt, est gardée dans un
laboratoire pour déboguer tout problème et tester toute solution. L’ESA
avait notamment dû reprogrammer en urgence la sonde Cassini alors
qu’elle s’approchait de Saturne, car ils s’étaient rendu compte que
l’effet Doppler n’avait pas été correctement pris en compte dans les
calculs initiaux du récepteur.
Mon dieu, c’est plein d’étoiles ! (ploum.net)
https://ploum.net/35-mon-dieu-cest-plein-detoiles/index.html
Mais, à l’époque de Voyager 1, personne n’avait encore pensé à cette
technique. Cela signifie qu’il n’existe pas de copie de la sonde Voyager
et que le code informatique embarqué a complètement disparu. La sonde
est en train de boguer, mais personne ne sait exactement quel code ni
même quel système d’exploitation tourne. Ce qui rend le débogage
particulièrement difficile, surtout lorsque le ping est de 48h. Il y a
donc, dans l’espace intersidéral, hors de la zone d’attraction du
soleil, un ordinateur qui tourne avec un système d’exploitation qui
n’existe pas sur terre.
Conclusion
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Je n’avais pas prévu de poster de billet de blog aujourd’hui. Mais
regardez où m’amène la méthode de Cory Doctorow. Contrairement à lui, je
ne compte pas faire cela tous les jours. Mais j’espère bien me permettre
de poster sans arrière-pensée. Je vais également (encore) moins répondre
à vos emails (que je lis toujours avec autant de plaisir). Plutôt que de
réponses individuelles, parfois très longues, je vais m’inspirer de vos
réflexions pour créer des billets publics.
En espérant que vous comprendrez que ces billets sont des réflexions
mouvantes, parfois imprécises ou erronées. Comme l’ont d’ailleurs
toujours été tous mes billets de blog. C’est juste que j’essayais de me
convaincre (et vous convaincre) du contraire.
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MON BIBLIOTAPHE
by Ploum on 2024-02-19
https://ploum.net/2024-02-19-mon-bibliotaphe.html
Les quelques milliers de livres qui composent notre bibliothèque
familiale se mélangent, se transportent, se déplacent et s’étalent,
colonisant les chambres, le salon, la salle à la manger, la toilette.
Mais ils gardent un semblant d’ordre, une ébauche de discipline
obéissant à une logique que je dois être le seul à comprendre : les
bandes dessinées vont plus ou moins par genre, les rayonnages de fiction
suivent l’ordre alphabétique des auteurs, etc.
Il n’en reste pas moins une grosse centaine d’ouvrages qui s’entasse
dans les rayonnages de mon bureau et forme ma liste de lecture vivante,
un bibliotaphe dont tout ordre est absolument proscrit.
> Malheureux ! Un bibliotaphe, cela ne se classe pas ! Ranger les
livres, c’est empêcher les idées de communiquer entre elles. En outre,
cela prive le chercheur de découvertes fortuites !
>
> — Henri Lœvenbruck, Les Disparus de Blackmore, page 278
Le pouvoir magique d’un bibliotaphe est parfois effrayant.
J’étais plongé dans « Lettre Ouverte à cet Autre qui est Moi », nouvelle
clôturant le recueil « Les Cahiers du labyrinthe » que m’a partagé son
auteur, Léo Henry. Dans ce récit qui m’a particulièrement interpellé,
Léo Henry imagine que tout écrivain possède un double et explore jusqu’à
son paroxysme les conséquences d’un tel postulat.
La lecture est comme l’œnologie. Savourer un passage ou une idée
requiert de la tourner et retourner dans son esprit, de l’inspecter, de
la humer. Me levant au milieu de la lecture de la nouvelle pour me
diriger vers mon bureau, mon regard fut attiré par un fin volume qui
dépassait de mon bibliotaphe, exactement à hauteur de mon nez. Le titre
me fit sursauter.
Le Double, de Dostoïevski.
Je m’en saisis et contemplai sa couverture, un peu effrayé par la
coïncidence.
J’hésitai. Je n’avais pas prévu de lire du Dostoïevski. Mais je n’avais
pas le choix. Mon bibliotaphe venait de me donner un ordre implacable,
ma prochaine lecture était toute trouvée.
Obéissant à cette force impérieuse, je me glissai ce soir-là sous la
couette entre les pages du génial auteur de L’idiot.
Désormais, lorsque je passe à côté de la masse chamarrée de mon
bibliotaphe, une forme de crainte m’envahit. Il me toise, semble pouvoir
m’écraser sous sa masse. Je me rappelle alors qu’il est mon double
bienveillant, qu’il est moi, me connait mieux qui quiconque et me
protège. Et qu’il avait, encore une fois, parfaitement raison.
J’aime toujours autant Dostoïevski.
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