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17 Aug '26
L’ONANISME DES UTILISATEURS DE CHATBOTS
by Ploum on 2026-08-17
https://ploum.net/2026-08-17-onanisme_ia.html
Quand bien même les chatbots ne seraient pas les produits de
gigantesques entreprises centralisées qui cherchent à nous exploitent en
pourrissant nos cerveaux, Internet tout en étant une catastrophe
écologique et sociale, je le les utiliseraient pas.
Quand bien même l’outil serait éthique à tous les points de vue, je le
détesterais !
Le guitariste et le joueur de Guitar Hero
=========================================
John Scalzi explique enfin pourquoi je n’aime pas ça. Parce que ç’est
littéralement une perte de temps, un jeu vidéo qui ne sert à rien.
Generative “AI”: The Guitar Hero of Creativity (whatever.scalzi.com)
https://whatever.scalzi.com/2026/08/06/generative-ai-the-guitar-hero-of-cre…
Il prend l’analogie de Guitar Hero : oui, c’est fun. Mais,
fondamentalement, c’est inutile. Vous n’apprenez rien ! En demandant à
un chatbot de répondre à une question, de produire un texte ou une
image, vous n’avez littéralement rien appris. Les études le montrent :
un étudiant qui répond à une question d’un prof en utilisant ChatGPT est
incapable de répéter cette réponse quelques minutes plus tard.
L’investissement intellectuel est nul. L’étudiant est comme une
interface transparente entre le chatbot et le prof.
Je l’ai vécu lors d’un examen où j’avais autorisé l’usage de l’IA : un
étudiant a été incapable de répondre à une question alors que la réponse
était affichée sur son écran.
Giving University Exams in the Age of Chatbots (ploum.net)
https://ploum.net/2026-01-19-exam-with-chatbots.html
Mais, comme Guitar Hero, jouer avec un chatbot est amusant, voire
addictif.
Je le comprends très bien. J’ai pris une demi-heure pour jouer avec la
génération d’images de Lumo, le chatbot de Proton. Je lui ai demandé une
couverture de Bikepunk et j’ai itéré en notant les défauts. J’avais
plein de choses à dire sur l’output (notamment que, quoi qu’on fasse,
une jeune femme à vélo doit obligatoirement porter un crop top). C’était
très marrant de voir que quand j’ai précisé que je voulais que le
personnage masculin ressemble à Thierry Crouzet, il a soudainement
acquis une musculature impressionnante. Ce n’est pas que Thierry n’est
pas musclé en vrai, mais, quand même, j’évite d’éternuer trop fort dans
sa direction.
Et là, vous voyez le truc : c’était amusant. Ça me donnait envie de
partager les différentes images.
Mais, en réalité, quand on n’est pas dans le délire, c’est juste nul.
C’est comme regarder un pote jouer à Guitar Hero : il s’éclate, mais
c’est un peu emmerdant pour le public. Voir c’est gênant. Un peu comme
si vos amis vous racontaient à quel point leurs dernières séances
masturbatoires étaient jouissives.
L’utilisation de l’IA est un plaisir solitaire. Je n’ai rien contre le
fait que ça vous amuse, mais, par pitié, ne le partagez pas avec moi !
On ne gagne pas du temps en poussant sur un bouton
==================================================
Les gens disent gagner du temps avec l’IA, mais ils n’améliorent
pourtant pas leur productivité. Le paradoxe viendrait que le temps pris
à utiliser l’IA lui-même ne serait, intuitivement, pas pris en compte.
AI Isn’t Breaking Work. It’s Already Broken. (calnewport.com)
https://calnewport.com/ai-isnt-breaking-work-its-already-broken/
C’est un paradoxe bien connu des bons managers : le management prend du
temps et de l’énergie. Souvent plus que faire les tâches soi-même. Si tu
engages un jardinier pour tondre ta pelouse, tu dois trouver le
jardinier, le contacter, convenir d’un rendez-vous, négocier un tarif
puis, une fois qu’il est là, lui expliquer le travail, vérifier qu’il a
bien compris et puis vérifier qu’il a fait tout correctement.
Outre l’argent que ça coûte, cela n’est clairement pas une tâche
anodine. En fait, si c’est juste pour faire une seule fois un petit
jardin, c’est beaucoup plus rentable de tondre ta pelouse toi-même. Le
bénéfice ne se fait sentir que lorsque tu as confiance et que tu as un
accord pour que le jardinier vienne une fois par mois tondre une grande
pelouse, sans même avoir besoin de te prévenir.
Les jeunes parents connaissent tous cela : junior veut absolument aider
au montage du meuble Ikea, mais, honnêtement, ça te prend cinq fois plus
de temps que de le faire tout seul.
On en est là avec l’IA. Parfois on gagne un peu de temps (une vraiment
grande pelouse à tondre), parfois on en perd (l’armoire Ikea), mais
l’attrait de la nouveauté fait que c’est fun. Un peu comme le fait de
regarder un jardinier travailler depuis son salon en lui donnant des
ordres. Cela donne un sentiment de puissance. C’est littéralement
masturbatoire.
Le problème c’est que la rentabilité à long terme de notre jardinier se
base sur le fait de créer une confiance, un automatisme. Et là, on est
face à une entreprise de jardinage qui a un monopole mondial, qui
augmente ses tarifs arbitrairement et envoie, à chaque fois, un nouvel
ouvrier qui ne connait pas votre jardin, mais fait semblant du
contraire. En plus, il est sous ecstasy.
Vos outputs de chatbots sont de la pollution
============================================
Mon principal grief, c’est que les utilisateurs des chatbots sont
persuadés d’avoir une compétence ou une valeur ajoutée quelconque. J’en
ai été témoin de première main : les projets open source sont noyés de
contributions générées. Souvent, les utilisateurs sont de bonne foi :
ils ont réellement trouvé un bug et plutôt que de le rapporter, ils
demandent à un LLM de générer un patch.
Parfois, ils poussent le vice jusqu’à faire écrire le rapport de bug par
le LLM. Ils sont très fiers.
Fier de quoi ? D’avoir cliqué sur l’icône Claude ou ChatGPT ?
Et c’est une catastrophe : parce que le mainteneur doit désormais tenter
de comprendre dans tout ce charabia et ce jargon quel est le problème de
base. Au lieu d’avoir un utilisateur qui se plaint, parfois un peu
maladroitement, nous sommes face à une machine qui réinterprète tout et
il faut deviner ce que l’utilisateur avait en tête. En gros, il faut
essayer de déduire le prompt.
Ce n’est déjà pas évident de se comprendre entre humains en
communication directe alors si un chatbot sert d’intermédiaire…
Ou cette connaissance à qui je pose une question et qui m’envoie la
réponse de ChatGPT. Comme si c’était d’une aide quelconque. Parce que si
je demande quelque chose à quelqu’un, c’est vraisemblablement parce que
je ne trouve pas de réponse facile et que je pense que cette personne a
une expertise du domaine. Me renvoyer la réponse de ChatGPT est à la
fois injurieux (tu n’en as rien à foutre de m’aider) et hautain (tu
penses que je ne suis pas capable de faire une recherche Web).
Que ce soit clair : un output de chatbot n’est pas fait pour être
partagé. Si vous souhaitez le faire, alors partagez juste le prompt, ce
sera beaucoup plus efficace.
De plus en plus d’artistes professionnels se plaignent : plutôt que
d’avoir des instructions claires, les clients leur envoient des
« idées » générées par IA. Et les artistes doivent deviner ce que
veulent leurs clients.
Le chatbot, c’est comme la masturbation : pratiquez-le seul ou dans un
cercle restreint d’adultes consentants. Jamais en public. Jamais en
présence de personnes non consentantes. Jamais dans un cadre
professionnel.
Apprendre de ses expériences
============================
Mais le principal problème, outre l’opacité de la communication, c’est
ce que dit Scalzi avec Guitar Hero ou comme le montre l’analogie de la
masturbation : vous n’apprenez rien.
Vous ne saurez pas jouer bon anniversaire à la guitare même après des
centaines d’heures de Guitar Hero. Vous ne rencontrerez jamais un
partenaire amoureux en vous masturbant. Ce n’est pas un jugement de
valeur : c’est juste que ces activités n’ont pas le moindre rapport
entre elles !
L’énorme majeure partie des patches que je reçois pour mes projets Open
Source me prennent plus de temps à relire et à intégrer que si je le
faisais moi-même. Pourtant, j’apprécie cela, car je sais que la personne
a dû fournir un effort pour comprendre mon code. Elle a appris. Et,
petit à petit, elle va être de plus en plus à l’aise pour faire des
changements plus importants tandis que moi, j’aurais appris à lui faire
confiance. Je peux également poser des questions sur les choix
techniques qui ont été faits, en discuter, remettre en question mes
propres perspectives, mes propres choix.
Accepter un patch n’est jamais un gain de temps, c’est un investissement
sur le futur. C’est également une manière de faire grandir deux
personnes.
Ce qui n’est pas le cas avec les patchs générés. C’est même exactement
le contraire : accepter un patch généré va introduire dans le projet du
code qui fonctionne peut‑être aujourd’hui, mais que personne ne comprend
et, surtout, dont on ne peut même pas présupposer qu’il a une logique.
Si vous n’avez rien appris en utilisant un chatbot et si la personne qui
reçoit l’output n’apprend rien, pourquoi le faire tout court ?
Un tas de débris aléatoire n’est pas une maison
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Vous vous souvenez de l’expérience de pensée qui dit que si on assied
assez de chimpanzés qui tapent aléatoirement sur des machines à écrire,
on va finir par générer du Shakespeare ou du Proust ?
Et bien c’est exactement ce que font les chatbots avec le code : ils
génèrent presque aléatoirement des morceaux de code jusqu’à ce que le
code en question réponde superficiellement à la question. Ça fonctionne,
parfois, ici et maintenant, mais, bien entendu, ça va craquer de partout
dès qu’on bouge quelque chose.
Un peu comme si on construisait une maison en jetant aléatoirement des
poutres et des briques jusqu’à ce que, ô miracle de la loi des grands
nombres, l’édifice de matériau dégage un espace assez grand pour qu’on
l’appelle "chambre" avec une ouverture appelée "porte". Ce serait
cool.On prendrait des photos.
Mais pensez-vous sérieusement que cette "maison" tiendrait face à la
première pluie, au premier souffle de vent ou à la première vibration
d’un camion sur la route ?
De la même façon, communiquer par écrit est une compétence qui se
travaille. C’est même plus important que cela : l’écrit permet de
structurer ses propres pensées. Tant que vous n’avez pas écrit vos
idées, elles ne sont pas réelles, pas claires.
Tant que vous n’avez pas fixé votre idée sur un support, elle ne vaut
rien. Et si ce n’est pas vous qui la fixez, ce n’est pas votre idée.
Votre idée ne vaut rien (ploum.net)
https://ploum.net/votre-idee-ne-vaut-rien/index.html
En déléguant l’écriture de vos emails et de vos rapports, non seulement
vous perdez la compétence communicationnelle, mais, pire, vous perdez
simplement vos idées.
Les singes bientôt remplacés ?
==============================
Dans le cliquetis des milliards de machines à écrire actionnées par les
singes, une feuille tomba soudainement sur le sol. Un entrepreneur s’en
saisit et lu : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure… »
— Ça y est, hurla-t-il ! Nous avons réussi ! Ce singe écrit du Proust !
Le singe en question fut mis sur un piédestal, choyé, dorloté. Mais les
entrepreneurs avaient beau faire, il n’écrivait plus que du charabia
sans signification.
— Dommage, fit un entrepreneur. Peut-être n’est-ce pas la bonne
approche.
— Et si nous remplacions les singes par des utilisateurs de ChatGPT ?
— Pas bête. Statistiquement, ça devrait fonctionner…
— Et puis, on ferait des économies de bananes !
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L’ARNAQUE DU BILAN CARBONE
by Ploum on 2026-08-10
https://ploum.net/2026-08-10-bilan_carbone.html
Pourquoi nous nous sommes fait avoir dans notre soi-disant lutte contre
=======================================================================
le réchauffement climatique
===========================
Ne plus prendre l’avion, acheter des électroménagers de moindre
consommation ou se déplacer en voiture électrique semblent être les
mesures antiréchauffement climatique dont j’entends le plus parler. Ça
et guillotiner les milliardaires qui voyagent en jet privé. D’ailleurs,
les estimateurs de bilan carbone pullulent.
Mais je suis de plus en plus convaincu que c’est une grossière erreur.
Nous sommes en train de compter nos grammes de CO² produits et cela a
probablement autant d’impact que faire pipi sous la douche. Cela nous
occupe pour nous donner l’impression de faire quelque chose tout en
permettant aux politiciens de ne surtout rien changer.
Comprendre le réchauffement climatique.
=======================================
Revenons à la base. Il existe sur la planète une quantité fixe de
carbone qui est invariable (on peut oublier les très rares apports de
météorites). De ce carbone, une grande quantité est prisonnière dans le
centre de la terre dont elle s’échappe parfois lors des éruptions
volcaniques. Mais simplifions et oublions cela.
Nous avons donc une quantité de carbone fixe pour la surface et
l’atmosphère, que j’appelle « le système surface ».
Il y a des milliards d’années, il n’y avait pas d’oxygène dans
l’atmosphère, mais énormément de gaz carbonique. L’abondance de CO² a
permis une explosion de la vie, principalement le plancton, extrayant le
carbone de l’atmosphère grâce à la photosynthèse. Mais la photosynthèse
produit un déchet éminemment toxique pour beaucoup de formes de vies :
l’oxygène !
Cette période porte le nome de « Grande Oxydation ».
Grande Oxydation (fr.wikipedia.org)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Oxydation
Heureusement, ce processus ayant eu lieu sur des centaines de millions
d’années, des formes aérobiques ont eu le temps d’évoluer, formes de vie
qui survivaient grâce au processus inverse : consommer de l’oxygène et
produire du CO². Nous faisons nous-mêmes partie de cette forme de vie.
Nous devons donc ingérer du carbone, via l’alimentation, afin de le
brûler avec de l’oxygène pour produire de l’énergie et expirer le
déchet, le CO².
Un point particulièrement important est que la somme du carbone de la
surface et du carbone de l’atmosphère n’est jamais modifiée. S’il y a
plus de plantes et de planctons, le carbone est fixé sur la surface et
dans les océans. S’il y a plus d’humains et d’animaux, il y a un peu
plus de carbone dans l’atmosphère. Mais la somme des deux reste
constante.
Lorsqu’un être vivant meurt, quel qu’il soit, son carbone est soit rendu
à l’atmosphère via la décomposition (qui est une forme de combustion),
soit intégré à un autre être vivant via l’alimentation.
La fossilisation du carbone
===========================
Une troisième voie est cependant possible. Lorsqu’un « cadavre »
s’enfonce dans le sol ou dans un fond marin, son carbone est comme
capturé par la planète. Il ne peut plus rejoindre l’atmosphère ni être
consommé. Avec le temps et les très hautes pressions, ce carbone se
fossilise.
Les plantes fossilisées deviennent essentiellement du charbon tandis que
les autres formes de vie, principalement les espèces de planctons, se
transforment en hydrocarbures : pétrole et gaz fossile (aussi appelé
« gaz naturel »).
Le point le plus important de cette fossilisation est qu’elle a retiré
énormément de carbone de la surface. Au fil des milliards d’années, le
taux de CO² de l’atmosphère a donc chuté de manière extrêmement
importante, entraînant un refroidissement climatique. Le CO² a en effet
la propriété de « capturer » la chaleur du soleil comme le ferait une
serre. Cette particularité du CO² a été mainte fois observée et prouvée
depuis la moitié du 19e siècle.
Eunice Newton Foote (fr.wikipedia.org)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Eunice_Newton_Foote
Avec moins de CO² dans l’atmosphère, la terre s’est lentement refroidie,
au détriment de certaines espèces, mais au plus grand bonheur d’autres
dont l’Homo Sapiens Sapiens. Le « lentement » est important. On parle de
dizaines de millions d’années.
L’extraction du fossile
=======================
Le grand malheur de notre espèce est que, depuis la révolution
industrielle, nous avons découvert que ce carbone fossile brûle très
bien. C’est donc un formidable réservoir d’énergie, de joules, que
chacun veut exploiter. En fait, on sait depuis longtemps qu’il brûle
bien, mais les réserves étaient inaccessibles : il fallait plus de
joules pour extraire du charbon que ce qu’il produisait en brûlant.
L’invention du moteur à vapeur va changer la donne et permettre
l’industrialisation des mines de charbon puis des puits de pétrole
(relisez « À l’ombre des derricks »).
Comme me le disait Philippe Samyn, le Joule est l’unité qui fait tourner
le monde. Et le carbone fossile en est une fameuse réserve.
Qucocoma Philippe Samyn ? (ploum.net)
https://ploum.net/2026-06-01-samyn.html
Mais, en brûlant ce fossile, nous remettons en circulation dans
l’atmosphère du carbone qui était séquestré depuis des millions ou des
milliards d’années.
Le changement climatique est bel et bien humain, la question ne devrait
même pas se poser vu que chaque puits de pétrole, chaque mine de charbon
et chaque gisement de gaz n’a, au fond, qu’une seule utilité : remettre
dans l’atmosphère du carbone qui n’y était plus depuis des milliards
d’années.
J’espère que cette explication cloue aussi définitivement le bec aux
idées absurdes comme le fait que les cyclistes contribuent également au
réchauffement climatique en respirant et en mangeant des côtelettes. Que
vous mangiez un steak ou une salade de pois chiche, tout le carbone que
vous consommez était encore dans l’atmosphère il y a quelques jours.
Vous n’ajoutez aucun atome au système de la surface. Par contre, allumez
la flamme d’un briquet et vous êtes littéralement en train d’envoyer
dans l’atmosphère du carbone qui n’y était plus depuis des milliards
d’années.
Ce billet est également la réponse à l’idée parfois entendue que cette
recarbonisation serait « naturelle ». Il a fallu des milliards d’années
pour capturer ce carbone que nous relâchons presque totalement en moins
de 200 ans ! C’est 10 millions de fois plus vite ! Aucune adaptation du
vivant ne peut se faire à cette vitesse !
Le renouvelable est-il la solution ?
====================================
Intuitivement, vous vous dites qu’il suffit de ne pas utiliser de
briquet et de passer à une énergie dite « renouvelable », des joules
propres produits sans carbone fossile. Qu’il faudrait consommer
« intelligemment » pour savoir combien de grammes de CO² ont été
produits pour tel ou tel objet.
Mais c’est à la fois très compliqué à calculer et complètement inutile.
Tout l’effort pour passer vers le renouvelable se base sur la théorie
(essentiellement fausse dans le monde réel) de l’offre et la demande en
se disant que « si le renouvelable devient moins cher, les gens
n’achèteront plus de pétrole et les puits ne seront plus rentables et
donc se fermeront ».
Cela permet aux néolibéraux de se déclarer écologistes, mais c’est
évidemment complètement et dangereusement faux. À l’heure actuelle, la
moitié du pétrole extrait sert à déplacer l’autre moitié jusqu’aux
pompes ou aux centrales tout en restant l’un des produits les plus
rentables du monde !
Tout le pétrole, charbon et gaz déjà extrait sera consommé, quoi que
vous fassiez. Une fois extrait, le carbone fait littéralement partie du
système de la surface. À moins d’arriver à convaincre 100% des humains
de ne plus utiliser de pétrole ou de charbon et de laisser intactes les
réserves mondiales, ce dont je doute fort, il sera brûlé. Même si le
pétrole devenait soudain beaucoup trop cher, il serait revendu à perte
(vu que déjà extrait). Et il restera toujours un atout stratégique
essentiel des armées, ce qui lui confère une valeur intrinsèque
importante (le jet supersonique, le missile balistique et le char
d’assaut sont difficilement imaginables en version électrique).
La seule mesure réaliste et efficace pour lutter contre le réchauffement
climatique est d’arrêter l’extraction de carbone fossile. Point à la
ligne. Tout le reste n’est que poudre aux yeux malhonnête ou confondante
naïveté.
Entendons-nous bien : toutes les mesures « écologiques » sont
généralement positives et procurent bien des avantages (moins de
particules fines, moins de pollution dans les océans ou les sols …). Je
les encourage fortement. Mais, quand on parle du réchauffement
climatique, elles nous distraient de l’essentiel.
Capturer le carbone
===================
Planter des arbres, c’est pas mal. J’aime beaucoup les arbres. Cela
permet de modifier l’équilibre sol/atmosphère, ce qui est toujours
appréciable. Mais il faut en planter beaucoup et s’assurer qu’ils ne
brûlent pas. Même avec beaucoup d’arbres, le carbone fait désormais
partie de notre cycle de surface !
Prétendre que planter des arbres contrebalance l’extraction fossile est
une escroquerie pure et simple, car, en pourrissant ou en brûlant, le
carbone de l’arbre va bientôt revenir dans l’atmosphère. Et quand bien
même c’est utile, le mécanisme économique des certificats de
compensation carbone est une arnaque qui entraîne plus d’émissions !
Les mécanismes de compensation carbone expliqués à mon hamster
(ploum.net)
https://ploum.net/2024-06-17-compensation-carbone.html
C’est également la raison pour laquelle les tentatives d’extraction
industrielles du carbone de l’atmosphère sont vouées à l’échec. Il
faudrait non seulement extraire plus de carbone qu’on en produit, mais
aussi arriver à le fossiliser, à faire en sorte que celui-ci ne puisse
plus jamais revenir dans l’atmosphère.
Certains imaginent capturer le carbone dans le béton de constructions,
mais l’échelle est ridicule par rapport à la quantité de carbone fossile
qui est extraite à chaque seconde. Et, au fond, mettre du carbone dans
nos constructions, ça s’appelle des planches en bois. Mais comparez cela
avec la quantité de barils de pétrole extrait à chaque instant.
De nouveau, on tente de se distraire, d’imaginer toutes les solutions
les plus absurdes les unes que les autres. Toute sauf la seule réelle :
arrêter l’extraction.
Parce que je ne vois pas d’autres solutions
===========================================
Il suffira de quelques jours froids cet hiver pour faire oublier les
canicules de 2026 et entendre les habituels poncifs sur le déni du
réchauffement climatique. Et puis, quand bien même le sujet reviendrait
dans l’actualité, les militants accuseront les jets privés et les
politiques annonceront une prime pour l’installation de panneaux
photovoltaïques. Les geeks se rassureront en achetant un smartphone
« éthique » avec un chiffre arbitraire de grammes de CO² sur la boîte
(qui est bien, car entouré en vert).
Il n’en reste pas moins que chaque litre de pétrole, chaque kilogramme
de charbon extrait contribue au réchauffement climatique. Que les
entreprises qui se livrent à cette activité sont criminelles, que leurs
cadres devraient être traduits en justice pour tous les morts et toutes
les catastrophes climatiques. Bref, pour crime contre l’humanité.
Les états devraient en prendre la mesure et interdire toute importation
de produits issus de l’extraction du carbone fossile.
C’est la seule solution réelle si nous voulons efficacement ralentir
puis stopper le réchauffement climatique. Il n’y a pas de demi-mesures
possibles. Et, en plus, c’est techniquement assez simple. Il
« suffirait » d’une résolution de l’ONU suivie d’un Nuremberg du climat.
Mais, franchement, vous y croyez vous ?
Vous connaissez un seul politicien qui pourrait être élu avec cette
idée ?
Alors on va aller faire pipi sous la douche en tentant de se convaincre
que la fameuse parabole du colibri n’est pas une pure intoxication
néolibérale pour rejeter la culpabilité d’une catastrophe planétaire sur
les choix de consommation de l’individu.
Je suis sans cesse tiraillé entre l’idée qu’il faut que je produise
moins de CO² et la certitude que, de toute façon, cela ne sert à
rien : tout carbone fossile extrait sera bientôt dans l’atmosphère, que
ce soit demain ou dans dix ans.
Il n’y a pas de bilans carbone honnêtes. Il n’y a que le carbone de
surface et le carbone fossile. Si nous ne condamnons pas rapidement et
durement ceux qui extraient le carbone fossile, le trou qu’ils sont en
train de creuser sera la tombe de l’humanité…
Photo d’un puit de pétrole en feu au Koweit par Habib Hassan Kuwait
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kuwaiti_oil_fires_in_Al-Maqwa_0.tif
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UN MANIFESTE OFFPUNK
by Ploum on 2026-08-03
https://ploum.net/2026-08-03-offpunk_manifesto.html
> Ce texte est une traduction en français du Offpunk Manifesto rédigé
par Arlon de Serra Grande et que j’ai co-signé
An Offpunk Manifesto (English version)
https://blog.ayom.media/ideiasdechirico/offpunk-manifesto
Versão em português
https://blog.ayom.media/ideiasdechirico/manifesto-offpunk
La révolution ne sera pas numérique
===================================
Alors que l’hyperconnexion apparait comme le symptôme d’un futur
inéluctable, un timide mouvement semble prendre de l’ampleur : celui de
la déconnexion volontaire et intentionnelle. L’adoption des « dumb
phones » est en train de croître. Les appareils photo numériques font
leur retour. Tout comme les cassettes audio et les machines à écrire… Il
existe un mouvement pour se réabonner à la presse papier. Même le
minidisc, vite oublié après le succès des lecteurs MP3, semble renaître
de ses cendres.
Au début du siècle, Internet semblait être la dernière pièce pour mettre
en place le fameux « village global » de Marshall McLuhan. Les
ordinateurs, rares et chers (et donc parfois partagés) étaient des
portails vers un autre monde. Les gouvernements consacraient beaucoup
d’argent pour s’assurer que même les plus pauvres ne soient pas des
exclus numériques.
Et nous y sommes arrivé ! Nous allons bientôt passer le cap de trois
appareils connectés par humain, selon l’estimation du Cisco Visual
Network 2020.
Global_2020_Forecast_Highlights.pdf (www.cisco.com)
https://www.cisco.com/c/dam/m/en_us/solutions/service-provider/vni-forecast…
Le numérique est partout et considéré comme acquis. Que nous le voulions
ou nous, nous sommes tous connectés en permanence. Car nous ne nous
connectons plus à Internet : nous y vivons sans plus jamais le quitter !
Comme si nous portions un uniforme, nous gardons toutes et tous notre
téléphone dans notre poche pour travailler, pour vivre, pour aimer et
sous l’oreiller pour dormir.
Le numérique a cessé d’être un outil pour devenir un environnement
duquel on ne peut s’échapper. Autrement dit une prison.
> « Préserver le non numérique n’est pas un retour vers le passé, c’est
un devoir »
> — Giulio Cavalli
Lorsque la connexion, même non nécessaire, devient obligatoire, la
résistance ne consiste pas à détourner le système, mais bien à refuser
tout simplement d’en faire partie.
Comme l’écrit l’auteur belge de science-fiction et développeur
informatique Ploum, les punks de notre époque sont ceux qui osent vivre
sans smartphone. Ce sont des « offpunks », comme je les appelle
désormais.
La complainte du technopunk ringard (ploum.net)
https://ploum.net/2025-11-17-techpunk.html
La connexion est une arme de guerre
===================================
La première conséquence de cette centralisation monopolistique de la
technologie est que la fourniture d’un accès à Internet est devenue une
arme de guerre. Lorsque les grandes puissances entrent dans un conflit,
elles ne cherchent plus seulement à perturber l’approvisionnement en eau
ou en énergie, mais également à couper l’accès à Internet ou à certains
services en ligne. La Russie a utilisé plusieurs fois cette tactique
contre l’Ukraine. Israël fait de même contre la Palestine.
Fin 2025, le juge français Nicolas Guillou de la Cour Pénale
Internationale a perdu ses accès à plusieurs services en ligne
américains, dont Airbnb, Amazon et Paypal. La justification de cette
sanction prise par les États-Unis était que Nicolas Guillou avait signé
un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin
Netanyahu et son ministre de la défense Yoav Gallant, suite au caractère
génocidaire des attaques israéliennes contre les territoires
palestiniens. Les États-Unis sont pourtant l’un des seuls pays à
soutenir les actions d’Israël au Proche-Orient.
La philosophie Offpunk est née de constatations simples, mais
inconfortables : le monde numérique est fragile et notre vie sociale est
intrinsèquement liée à notre environnement. Le corollaire évident est
que nous ne devrions jamais dépendre entièrement de services
propriétaires virtuels, car nous pouvons en être exclus sans préavis.
De nombreux exemples illustrent notre dépendance envers cette fragile
infrastructure : le bug Microsoft qui a mis hors service des milliers de
banques, de transports et de services critiques en 2024, le gouvernement
brésilien qui a bloqué Twitter/X en 2024 ou la panne globale d’Amazon et
Cloudfare qui a rendu une bonne partie des sites web injoignables fin
2025.
Lorsqu’un système est injoignable, que ce soit à cause d’une panne,
d’une sanction politique ou d’une guerre, tout un univers virtuel
disparaît purement et simplement. Vous n’avez aucun recours si le
numérique connecté était votre seule option.
Après tout, une connexion permanente à haut débit n’est jamais garantie,
spécialement dans les pays en voie de développement ou qui connaissent
des troubles politiques. Même les pays riches et industrialisés ne sont
pas à l’abri. À cause de sa politique de gestion de l’énergie, la ville
de Sao Paulo, au Brésil, connait des coupures d’électricité fréquente
lorsqu’il pleut.
Dans ces pays, avoir un plan B « analogique » est une question de
survie.
Le minimalisme numérique et l’Offpunk
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Il ne faut pas confondre le mouvement « Offpunk » et le minimalisme
numérique.
Le minimalisme numérique est une vision individuelle et autonome de la
déconnexion, sans aucune remise en question des tendances sociétales et
des structures de pouvoir.
Puisqu’une vie complètement déconnectée n’est plus possible, le
minimalisme numérique tente de supprimer les aspects les plus addictifs
et les plus envahissants de la connexion permanente.
> Off, ma non troppo.
Mais ce dont nous avons réellement besoin c’est d’une possibilité de se
déconnecter réellement, d’avoir le droit de vivre et de nous déplacer
sans emporter avec soi un téléphone suffisamment récent, suffisamment
chargé et avec un forfait suffisant pour être connecté 24h sur 24.
Dans "Digital Detox: The Politics of Disconnecting" (2020), Trine
Syvertsen démontre comment la mouvance du minimalisme numérique
contribue à un agenda néo-libéral qui fait endosser par les individus,
comme l’utilisateur lambda d’un smartphone, la responsabilité de
résoudre les problèmes structurels auparavant gérés par des institutions
collectives. L’autrice identifie trois raisons principales qui motivent
le minimalisme numérique, les 3 « P » : présence, productivité et vie
privée. Les trois étant des motivations purement individuelles.
En d’autres termes, si vous avez l’impression de rater des moments
importants de sociabilité, si vous n’êtes pas productifs dans votre
travail ou vos projets à cause des notifications ou si vous n’aimez pas
être espionné en permanence par les grands monopoles de la tech, c’est
uniquement de votre faute, car vous n’avez pas assez d’autodiscipline.
Ce n’est en rien lié à l’économie de l’attention, au capitalisme de
surveillance et aux logiciels conçus pour être addictifs.
Ce déchargement de la responsabilité fait notamment partie de l’analyse
de la société contemporaine par l’intellectuel germano-coréen Byung-CHul
Han dans son livre « The Agony of Eros ». Il y dit notamment :
> L’auto-exploitation est bien plus efficace que l’exploitation par
d’autres, car elle donne une impression de liberté.
Un autre symptôme de ce déchargement des responsabilités sont les
caisses automatiques et les distributeurs en libre-service dans les
supermarchés, les banques voire les pharmacies. Le client doit désormais
faire le travail des employés, le plus souvent sans aucune aide et
pourtant sans payer moins cher. S’il y a une erreur dans le processus,
c’est de toute façon le compte en banque du client qui sera débité, pas
celui de l’entreprise.
Bien qu’initialement issue d’une tendance technophile, la mouvance
Offpunk, au contraire du minimalisme numérique, promeut une déconnexion
simple et sans prétention. Une déconnexion non excluante des activités
sociales ou de l’exercice de ses droits de citoyen·ne·s.
Quand le minimalisme numérique voit la détox numérique comme un outil
d’amélioration de la productivité, les offpunks envisagent la
déconnexion comme une attitude anti-consumériste.
Définitions
===========
Le mouvement Offpunk n’est pas un style de vie, c’est un positionnement
par rapport à notre usage du numérique, une forme de quête de sevrage
numérique collective qui explore les impacts sociaux et politiques de la
déconnexion. Le mouvement tente de permettre aux individus de se
réapproprier leurs loisirs, leur citoyenneté et leurs communications
sans passer par un intermédiaire numérique incontournable. L’Offpunk ne
s’oppose nullement à Internet ou à la technologie, il cherche juste à
rendre possible une vie sans connexion permanente.
Dans son positionnement, Offpunk se rapproche plus des méthodes non
dogmatiques comme la méditation ou les techniques de guérilla.
De plus, il est particulièrement remarquable que même les activités
professionnelles traditionnellement analogues, comme l’enseignement,
soient de plus en plus envahies par le numérique. L’utilisation
d’Internet est de plus en plus liée au travail et le terme même de
« déconnexion » implique le loisir ou l’oisiveté.
En conséquence de quoi, la philosophie Offpunk défend le fait de vivre
sa vie au sens large, au-delà de la séparation travail/vie privée.
Paradoxicalement, toutes ces couches inutiles numériques dans notre vie
quotidienne rendent l’interaction analogue et directe de plus en plus
efficace ou confortable pour résoudre nos problèmes du quotidien (voir
aussi la section « Instruments Offpunk »).
Offpunk embrasse autant l’adolescent qui achète un téléphone basique et
rejoins un club luddite, un audiophile qui quitte Spotify pour se créer
une collection de vinyles ou un lecteur MP3 hors-ligne, un expert qui
utilise des systèmes de cybersécurité minimalistes. Le mouvement
comprend également les militants qui luttent contre l’obsolescence
programmée, qui installent Linux ou des ROMs dédiées sur des appareils
normalement condamnés, un indépendant qui désactive Facebook et
Instagram pour se concentrer sur ses clients directs voire une personne
âgée qui refuse le smartphone pour effectuer ses démarches
administratives.
Offpunk n’est pas de la nostalgie ! Ce n’est pas une technophobie naïve
ou une idéalisation romantique d’un passé imaginaire. C’est, avant toute
chose, la quête d’une indépendance et d’une souveraineté. Pour
paraphraser Edouardo Fernandes :
> La révolution technologique n’est pas révolutionnaire et se laisser
dépasser n’est pas réactionnaire.
Geriatria da tecnologia (textosobretela.com)
https://textosobretela.com/p/geriatria-da-tecnologia
L’esthétique Offpunk
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Offpunk n’a pas encore de visage, mais certains indices peuvent nous
permettre de voir à quoi il va ressembler. La première vient d’une
définition que donne Ploum de ses propres actions sur Internet :
« Technopunk », un technophile antisystème.
La complainte du technopunk ringard (ploum.net)
https://ploum.net/2025-11-17-techpunk.html
Comme mentionné plus haut, Offpunk est un positionnement envers la
technologie contemporaine, pas une utopie/dystopie ou une esthétique
visuelle culturelle, comme le sont les mouvements Solarpunk ou
Cyberpunk.
Quelques exemples :
1) En informatique, le navigateur Offpunk, qui donne son nom à ce
manifeste, et le protocole Gemini.
Offpunk browser
gemini://offpunk.net
Project Gemini (geminiprotocol.net)
https://geminiprotocol.net/
2) En design, le concept du « Forever Computer » ou le téléphone Mudita
Kompakt.
The computer built to last 50 years (ploum.net)
gemini://ploum.net/the-computer-built-to-last-50-years/index.gmi
Mudita Kompakt, a minimalist E Ink® phone. (mudita.com)
https://mudita.com/products/phones/mudita-kompakt/
3) Dans la société, le New York Luddite Club
4) Dans la culture, le roman « Bikepunk » (2024) ou le film « One Battle
After Another » (2025)
Philosophie politique du bikepunk (distinguos.net)
https://distinguos.net/blog/philosophie-politique-du-bikepunk/
> Dans One Battle After Another, l’obsolescence, le « downgrade » est
une stratégie pour conquérir sa liberté. Les personnages reviennent à
des anciens appareils personnalisables pour créer un réseau de
communication parallèle. Lorsque les nouvelles technologies
apparaissent, comme le smartphone, elles ont pour objectif de mettre les
personnages en danger, de les empêcher de réaliser leurs plans voire de
les supprimer tout simplement.
> — Edouardo Fernandes
Dans le film Germano-japonais « Perfect Days » (2023), on peut voir la
routine idyllique de Hirayama, un nettoyeur de toilettes publiques à
Tokyo, qui, dans son temps libre, prend des photographies, écoute des
cassettes audio, se déplace à bicyclette et lit des livres avant de
dormir. La particularité étant qu’il semble apprécier chaque moment de
sa vie tout en étant totalement déconnecté.
Au Japon, un pays qui a toujours cherché l’équilibre entre la modernité
et la tradition, on trouve encore partout des terminaux pour payer en
espèce, des lignes téléphoniques fixes pour conduire la majorité des
communications professionnelles et d’anciennes technologies encore
utilisées par les plus grandes entreprises, comme le fax ou les
disquettes.
En Inde, qui possède l’un des meilleurs réseaux téléphoniques du monde,
un citoyen passe en moyenne 90 appels par jour !
Priorités du mouvement Offpunk
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Offpunk s’inscrit dans les luttes sociétales plus larges telles que :
1) La lutte contre la surproduction
2) La lutte contre l’obsolescence programmée
3) La lutte contre « l’Internet of Things », qui veut que chaque objet,
même le plus mondain, soit connecté, récolte des données envoyées à Big
Data, nécessite des mises à jour et des applications externes.
4) La lutte contre l’économie de l’attention
5) La réduction des heures de travail qui sont de plus en plus
virtuelles
6) Le droit au loisir, à la citoyenneté et au travail sans avoir besoin
d’un appareil numérique connecté.
7) Le droit à l’inclusion des populations précarisées ou plus âgées qui
dépendent non seulement d’un accès à un appareil numérique connecté,
mais doivent également avoir les moyens de se former et de s’adapter
pour le mettre à jour et continuer à l’utiliser en dépit des changements
introduits.
L’éditorialiste italien Giulio Cavalli disait :
> C’est vrai : la digitalisation simplifie, accélère et standardise les
procédures. Mais seulement pour ceux qui ont les moyens d’en faire
partie. Pour tous les autres, la porte du futur est en train de se
fermer.
Garantire il non-digitale è un diritto, non un ritorno al passato
(www.lettera43.it)
https://www.lettera43.it/spid-digitalizzazione-pa-esclusione-diritti-sinist…
Les outils Offunk
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1) Le paiement en espèce. Pratique, ne nécessitant ni électricité ni
Internet et garantissant que vos données personnelles ne sont pas
stockées, agrégées, ni revendues.
2) Les médias analogues. Garantissant qu’une communication reste
possible sans Internet et que les données vous appartiennent bel et
bien. Disques, livres, journaux, radio…
3) Les médias numériques indépendants et décentralisés. Email, sites web
« brutalistes » ou minimalistes, flux RSS, appareils photo numériques
non connectés, lecteurs MP3, dumbphones…
4) Stockage et transfert physique des données. Disques durs, clés USB,
cartes mémoires ou solutions en ligne indépendantes et contrôlées
individuellement. Afin de garantir que nos données ne dépendent pas du
bon vouloir d’un « cloud » propriétaire.
5) Des protocoles de communications décentralisés : messagerie via
Bluetooth (Bitchat), protocole Gemini, emails chiffrés, Tor, XMPP…
Les challenges
==============
1) La première difficulté est la commodité, la convénience des outils
propriétaires : amusement, normes sociales, ubiquité.
2) L’accès aux espaces sociaux qui nécessitent de plus en plus un outil
numérique : concerts, parking, cinémas, clubs de sport voire menus de
restaurants.
3) Construire des réseaux de relations, y compris professionnelles, sans
intermédiaire numérique.
Nous défendons le droit non négociable à un monde non numérique. Le
droit de partager sans algorithmes, de nous organiser socialement sans
plateformes centralisées. Le droit de ne pas être en permanence connecté
ni espionner.
Tant qu’une poignée de sociétés maintiendra un monopole sur la
technologie, tant qu’une surveillance de masse sera en place avec la
complicité des états, sans la moindre transparence sur les moyens mis en
œuvre ni l’utilisation de ces données, tant que l’économie de
l’attention pourra monnayer nos temps libres contre de la publicité,
tant que les infrastructures mettront à mal l’indépendance des pays du
Sud, tant qu’il y aura une digitalisation forcée alors que les accès à
Internet ne sont pas considérés comme un droit basique, alors la
révolution ne sera pas numérique !
Ce texte a été initialement rédigé en Portugais par Arlon de Serra
Grande et cosigné par Ploum (Lionel Dricot)
Versão em português
https://blog.ayom.media/ideiasdechirico/manifesto-offpunk
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